‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 25 sur 62 · AD MAHI · texte numérisé non relu

AD MAHI

NohuI, B ItinUt Iffli.

Cher ami, Je vous remercie (j'ai toujours à remercier avec voust) de m'a voir envoyé le livre de Quînet*t Nous sommes en Irain de le lire. Il est magnifique de Torme, un peu enfantin, quant au fond, en ce sens qu'il découvre à chaque pas des choses très connues, qu'il ■')( dA connaître depuis longtemps avant d'écrire l'histoire des peuples. Il edi dû s'aviser plus tàt que, nour faire l'histoire des hommes, il faut connaître

1. Le MrticB daUpoilais Taltait alort p«r a la voiture dtnlt munie d'une botle aux lettrei. 1. la Révolution.

COKBESPONDiNCB DU GEORGK SAND 189

celle de l'homme. Il avoue qu'il ne la connaissait pas; mais il ne l'avoue pas naïvement, il encadre de trop d'orgueil ce qui n'est chez lui qu'une facilité d'assimilation de la Torme lilléraire à un sujet qui ne lui était pas familier. Cette facilité est très grande et très belle. Cela ne suffit pas pour l'autoriser à découvrir — en tremblant et en invoquant la nature comme une Uivinité dont il serait l'oracle inspiré — qu'en mËme temps que le monde modifie ses formes, les êtres organisés modifient les leurs; un enfant de six ans sait cela. Il faut avoir en tonte sa vie l'esprit à l'envers pour ne pas l'avoir vu.

Je fais hon marché de beaucoup d'affirmations qui ne sont pas justes par rapport à la succession des formes et à l'époque certaine de leur apparition. Il se (rompe sur la foi de beaucoup d'autres. Pour les redresser, il eût fallu une vie d'études spéciales, et il écrit, impatient de faire connaître ce qu'il vient d'apprendre. Mais il est généralement trop affirmatif sur des points que la science n'a pu juger sans appel ou qu'elle aura à redresser plus tard. Conclusion : on n'entre pas dans certains sanctuaires, quand on a passé le temps d'y entrer porté par l'amour du dieu qui s'y révèle. On tourne alentour, à force d'intelligence et d'habilité, on en approche, on saisit quelques rayons, on ne voit pas la figure du dieu. Ceux qui l'ont vue n'ont pas de paroles pour la peindre et point de compas pour la mesurer. Il en restent éblouis et préfèrent l'aridité des savants, qui n'expliquent rien,

m COItltBSPOllDAftOE BB 6IOk&B SâNB aux eiplicatfbns des littérateurs, qui vedlellt iont fltpliqueh C'est II mon impfedSiDd que je vodâ donfle ent^e nous. 11 y a si peii de beau* livfeS, qQ'il no i^Ut pds criliqtt6r lietiil'fci; Il est beau qùatld mèine, aimable & lire, beiit-eui d'eipresïioilâ. Il a U clarté enseignante et petil Cire trëè utile k éCux ^Ul n'ôtit jamais songé à cè giii Ht. POur mol, il est sans profondeur vraie et ne in apprend rien jusqu'ici. Peutêtre chàngeraf-je d'aVis ail âecond Volume. Je vous avoue que je n'ai de respect que pour Ce qui tne présente UD aspect tiouvëau. Trois ligries d'dn btimffle sans nom qui pousse ma pensée èfl a*dnt (Cela ItTlte quelqiierois) me frappent et me saisissent bëaueAup plus que dé gros livrés oi) Je piircoiir« on pays eipioré et où l'on ne me si^nàlfe ^ii ce qui à dû m'écbapper.

Au lieu de bavarder, je devrais bien fïir« mon feuilleton 1 Je vais m'y mettre. J'espérais pouvoir le faire sur ce livre de Quloet. Il de t&'insplr« pas, el, commç J'aime Qilidet, Je ne veux pas parler de lui pour fdire des restrictions.

PlauchUt TOUS remercie de U conflance que vous aves en lui, et je vdus en remercié àUSsi, moi. Il écrit son enttée en matière et promet de «té la lire.

Voilà donc M. Vautraiii nommé ! Oh nous envoie la dépêche, -te pense absolument ctitnme VoUâ sur l'eiïet de celte nomination. Voilà bien assez de défis lanCés par Paris à la province. Il Me semble qu'il «fit fôllu causer ensemble avant de s'envoyer des caHes et des témoins, et Victor Hugo est la ptrËOtifliDation de

CORnE9I'onBANVk bt GBbRCb SAttD 191 cette politique, lui qui, à Bordeaux, s'est fôché avaat toute discussioD.

Bonsoir, cher ami; tout Nohantvous embrasse. Les bals du soir continueni. Les petites s'y exercent à une pantomime échevelée ; ce qui n'empêche pas de prendre très biea les leçons le lendemain.

A vous de coeur.

tina disait hier au ioit, à propos de Qulnet, qbe, si elle Était fa tlatitre, elle aimerait mieiil un jeuile amoureilit bste qu'un vieux galant éloqueiit. 11 faut vous dire qu'elle sait la géologie iniétix qUé liii.

DQCQXLI

A filritAYI rhABBIRT, * PARU

Huh troubadour, Je pense à ce que tu m'as detlliiiidii et je le fërM ; ittais, cette sfemaiiie, il faut qde je ttte repose. J'ai trop Fait la Toile ail carnaval aïëc tties petités=fllles et mes petits-nBveilx.

Je t'embrasse pour moi et toute ma couvée.

<9S CORRESPONDAUCK DS GEORCE SAMli

NDhuii, ISJaiifiar (871.

Faut pas être malade, faut pas être grognon, mon vieux troubadour. Il faut tousser, moucher, guérir, dire que la France est folle, l'humanité béte, et que nous gommes des animaux mal finis; il faut s'aimer quand même, BOt, son espèce, ses amis surtout. J'ai des heures hîen tristes. Je regarde mes fleurs, ces deux petites qui sourient toujours, leur mère charmante etmonsagepiocheurdefîlsquelafin du monde trouverait chassant, cataloguant, faisant chaque jour sa tâche, et gai quand même comme Polichinelle aux heures rare* où il se repose.

Il me disait ce matin : « Dis à Flaubert de venir, je me, mettrai en récréation tout de suite, je lui jouerai les marionnettes, je le forcerai à rire. »

La vie à plusieurs chasse la réflexion. Tu es trop seul, Dépèche-toi de venir te faire aimer chez nous.

CORBBSPOND&NCE DE GEORGE SAND 1S3

DGCCXLIII

AU MftHB

Hohuit, ÏS jtnlsT ISTL

Tu as très bien fait de m'inscrire, et même je veux contribuer. Porte-moi pour la somme que tu voudras et dis-le-moi pour que je te la Tasse remettre.

j'ai lu ta préface dans le Temps : la fin en est très belle et très touchante. Hais je vois que ce pauvre ami était, comme toi, indicoléreux, et, à l'àj^e que tu as maintenant, j'aimerais te voir moins irrité, moins occupéde la bâtise des autres. Pour moi, c'est du temps perdu, comme de se récriersur l'ennui de la pluie et des mouches. Le public, à qui l'on dit tant qu'il est ljéte,se fâche el n'en devient que plus béte; car,fàché ou irrité, on devient sublime si on est intelligent, idiot si on est béte.

Après ca, peut-être que cette indignation chronique est un besoin de ton organisation; moi, elle me tuerait. J'ai un immense besoin d'être calme pour réfléchir et chercher. En ce moment, je fais de l'utile au risque de tes anathèmes. Je cherche à rendre clairs les débuts de l'enfant dans la vie cultivée, persuadée que la première étude imprime son mouvement sur toutes les autres e( que la pédagogie nous enseigne toujours

VA CORRESt>ORt>iMCE DK fltOHflE SitltB midi k quatorze heures. Brefje m'applique à un abécédaire ; ne me dévore pas.

J'ai un teul regret de Paris i e'est de n'être pas en tiers avec Tourgueneff quand tu liras Ion Saint Antùine. Pour tout le reste, Paris ne m'appelle point; mon cœur j a des affections que je ne veux point froisser en ma trouvant en désaccord avec leurs idées. 11 est impossible qu'on ne se lasse pas de cet esprit de parti oU de secle qui fait qu'oit ti'est plus FfànçaiSj ni homme, dl snl-mëme. On n'ti pas tts php, où eii d'iilte Église; on fâitceqiie rotibI&itle,pDurnepas nl&nqtaer à la discIpllAe de l'âcole. Mol, Je ne peut pas me disputer avec ceux que J'aime, et Je De sais pas tneatlr; j*aime mleus me tâlre. On Me tfouverait Ttbiii ou stupido; autant rester chez soi.

Tu ne me parles pas de td tnëre; esl^lle à PAflH avec Sa petite-dite? J'espère qiie ton âlleuiie Veut àiié qu'elles Voiit bien. Ici, tout paâse l'hiter fi hierVeille : les enfants sontetcéllents et be donnent que de Ujoie; api-ès lé funèbre hivei- de 10-71, on he doii se pUittdre de rien.

t'eut-on vWfep&isible, dtràs-tti, quaiid le genre humain eât si absurde? Je me soutnetâ, éti Bie dlsdiit que je suis peut-être aussi absurde qiie lui et qU'ii est temps d'aviser & mëcort-iger.

Je t'einbràïse pUur Moi et p6Ur tous lea tniefis.

coRnESPonbAfldK de GEOhck Sâno m

Kobior, IS junler ISTl.

Ta préface est splendide et le livre' est dlviD I — Tiens I j'ai fait un vers sans le savoir, Dieu me le pardonne. Oui, tu as raison, il n'était pas de second ordre, celui-là, et les ordres ne se décrètent pas, surtout dans un temps où la critique défait tout et ne fait rien. Tout ton cœur est dans ce simple et discret récit de sa vie. Je vois bien à présent pourquoi il est mort si jeune; il est mort d'avoir trop vécu par l'esprit.Je t'en prii^, ne t'absorbe pas tant dans la littérature et dans l'érudUion. Ghauite da place, agite-toi, ai» dis maîtresses DU des fbitiniea, eomme tu vaudras, Bt,pendtnl ces phastiil, ne tPSVaille pas ) cAr 11 na faut pu bràler la chandelle par léa d0ua bobls, mais 11 faut ohangar le boni qu'an allUIOfl.

A mon visilx hgbi je itiê prielplta eneore dans des tort-enta de f»t- Mente; les aitiiiscMents las plus anfantins, \ëi plus bâtes, Ine âUfRgentj à moi, et je reviens plils liieiâe 4e mes aeë^s d'imbéMllilé.

C'est une gl-atlde verte oour l'art que eelte mort prématurée. Dans dix ans, il n'y aura plus un seul poète. Ta préface est belle et bonne. Il f a des pages

i. Bemiérei tlunuoni, par Louli Bauilbot

D,mi,.=db,Gooylc

19e CORHESPONDANGB DE GBORGE SAND qui sont des modèles, et il est biea vrai que le bourgeois lira ça en n'y trouvant rien de remarquable. Ahl si on n'avait pas le petit sanctuaire, la pagodine intérieure,où,sans rien dire à personne,on se réfugie pour contempler et râver le beau et le vrai, il faudrait dire: «A quoi bon? >

J'embrasse les deux gros diamants qui t'ornent la trompette.

DCCCXLV

A HADAHB EDMOND ADAH, AU GOLFE JOCAIi flohinl, 8 t&nttr ISTï.

Les ai-je cherchées, ces lettres que vous retrouvez à Bruyères I J'ai pensé souvent que je devais les y avoir laissées, mais que, si elles y étaient, vous me les auriez renvoyées. Je les y avais portées pour les rendre aufilsdeRollinat, qui était alors à Marseille; mais "■""■ ""■"■. sommes croisés sans pouvoir nous renconparalt qu'à Bruyères, c'est comme à Nohant, lisser tout ce qu'on veut et le retrouver à la ce dix ans après. Renvoyez-moi ce paquet ;te, chère enfant, et surtout ne payez pas le

es, je le vois, Notre-Dame de Bon-Secours, e vie et votre mission, et la fatalité vous

courespohdance db ceorge sand w donne de l'ouvrage. Votre lettre sur la mort d'Ariès- Durourest d'un boa grand cœur et p&ralt toute simple àceux qui vous conaaissent; mais, quand on songe à la rareté des ftmes comme la vAtre, on vous aime comme vous le méritez.

Une douleur nous a frappés aussi. Notre cher Hicro* s'est éteint comme une lampe ; et c'est une lumière de moins pour mon esprit, en même temps qu'un déchirement pour le cœur. Je m'; attendais tous les hivers; mais ce n'est pas un allégement: c'est perdre,au contraire, plusieurs fois au lien d'une.

Nous vous embrassons mille fois; écrivez-nous dés que vous serez à Paris.

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