Aujanrd^ai, madame Gailave WoriM
S. Dan» le ittriage 4e Victorine.
CORBESPOnDANGt: DE GEORGE S3N11. 3St, adorent, me chargent de vous embrasser ùissi pour elles.
GEOnCE SARD.
Je suis un peu sonlTraiite eu ce moment ; mais j'espère bien vous applaudir quand Le beau temps m'aura remise sw pisds.
DB-HAJie&IT
J'ai In, monsieur, le roman que vous m'avez envoyé etqnejeveBsrMoariie. 11 est très joli, tanchant, bien pensé et bien écrit. 11 faut corriger quelques longueurs dans les dialogues du commencemezit ou les rendre un peu plus réels. Ce roman a l'inconvénient de reseenbler un peu à celui que j'ai intitulé le Marquis de Yiliemer, dont le sujet principal est l'amour d'un fils de famille pour la lectrice de sa n^re. Pourtant, il y a d'assez notables difTérenees dans l'action pour que le lecteur ne songe pas trop aux points de contact. Il faut bien tous garder, monsieur, de jeter au Eeu ce nannscrit, qui a certainement de la valeur el du charme. Ce n'est pas l'œuvre du premier venu el je l'ai lu avec intêrël jusqu'au bout.
Hais TOici la qneglîoa à laquelle il m'est dirOcile de répondre. Vous parlez d'améliorer votre position ou celle de voseafants. Trouver un éditeurest une grande question à résoudre. Ils sont tous encombrés de manuscrits et ne donnent pas toujours la préférence aux meilleurs. Ils ne tiennent compte d'aacune recommandation; ils lisent eux-mêmes ou font lire par des employés qui soni dans la partie et qui ne voient qu'une question de commerce dans la dépense à faire pour payer l'anleur ou seulement pour l'Imprimerie. Ils ne se targuent pas d'être des juges littéraires. Ils savent on ils prévoient si le livre couvrira leurs frais. Il faudrait, avant d'avoir affaire à eux, pouvoir publier l'ouvrage en feuilletons dans un journal. Là, l'encombremenl est encore plus effrayant et on donne la préférence aux noms déjà connus. Enfin, en supposant que vous réussissiez h vaincre tous ces obstacles, le prix est minime, et il faut avoir beaucoup produit et eu de nombreux succès pour trouver une ressource sérieuse au fond de son encrier.
Je n'en suis pas moins à votre service pour offrir votre manuscrit à un journal ou à un éditeur, quand vous aureï un peu allégé les vingt premières pages, qui n'entrent pas assez vite en matière. Cette mère qui va disparaître n'a pas besoin d'être si bien dépeinte et de tant parler. Quand vous aurez fait ces remaniements et corrigé certaines fautes d'inattention (entre autres lendemain que vous écrivez toujours landemain), veuillez m'avertir et je vous donnerai
l'adresse d'un éditeur ou d'un éditeur de feuilletons, auquel j'écrirai en même temps pour le prévenir. Mais, comme je passe ma TÎe à échouer en ces sortes d'entreprises, je ne veux pas vous tromper en vous donnant l'espoir de réussir.
Je serais pourtant heureuse de tous obliger, monûeur, soyez-en assuré. Je garderai toujours le cher el tendre souvenir de la compagne que vous avez perdue et nos regrets communs sont un lien que j'aurais à cœur de renouer.
GEORGE SAHD.
Veuillez dire mes amitiés bien mes k Virginie Cazeaux.
A UADAHB BORGET. A PARIS
Nabani, 10 ain 1810.
Cbére bonne madame,
Je viens causer avec vous bien intimement et & cœur ouvert. L'enrant s'agite dans son berceau, il faut savoir ce qu'il a.
Vous savez sans doute comment j'ai fait connaissance avec lui. 11 était volontaire, en garnison, quand il m'a écrit pour la première fois. Il me lisait, disait-
SM CORRESI-OHDANCE DE GEORGE SAHD
il, et pensait IrouTer dans mes livres ane mélbode de s«fesse qui répondit à ses instiDcls. Je suis un pauvre Philosophe k coup sûr. Mais j'ai des aspirations sincères et de toute la vie, vers le bien et le beau, j'ai été douée d'une forine quelconqHe pottr eipriner ces aspirations, que plusieurs ont partagées et comprises, parce qu'ils les avaient déjà en eui-mëmes. C'est le cas de votre cher en&mt. — A ces élans de confiance et de sympathie que m'exprimait sa lelbre s'ajoulait une confidence. Il voulait aimer, se marier jeune, mais il ne voulait pas se proraner dans les hasards des besoins physiques; il me demandait s'il avait raison, et nalurellemenl je l'approuvais en lui disant que le but le plus élevé de l'homme était de relever autant que possible la dignité de l'espèce; que se conserver pur et fort ponr être capable d'avoir des enfants purs et forts -l'était travailler à relever la pauvre humanité, tellement rabaissée et corrompue par le vice des parents ou des ancêtres, qu'elle dégénère visiblement au moral comme au physique; enfin je ne me rappelle pas trop mes paroles, mais je sais que je lui exprimais une conviction. Ses lettres suivantes me parlaient de luttes ou de tentations qu'il avait surmontées, el, k son dernier voyage ici, noire causerie étant revenue Gur ce sujet délicat, que je ne voulais pas provoquer par des questions, il m'a dit qu'il avait triomphé de lui-même et qu'il persistait h apporter dans le mariage la fefvear et la sainteté du premier amour. Sous tous les autres rapporli, j'ai trouvée» lui aoe belle &me>
généreuse, droite el «Dtbounaste da bien, pleine d'amour pour vous, ponr sa sœor, son Trère et pour celai qu'il appelle son père sans effort et sans arriérepensée.
Voiià ponrqnoi je l'ai pris en hante estime et en sérieuse affection ; heureuse d'avoir un enfant de plus ^ans ma nombreuse famille adoptive.
A présent, l'enfant s'ennuie et n'a pas le cœur au travail, cela est évident ponr moi. Je lui ai indiqué un professeur qu'on me disait excellent, mais qui, je le crains, est trop imbu d'Idées eiiaUées sur la société pour être parfaitement raisonnable. Henri s'en plaint, tont en l'aimant beaucoup. Il dit qu'il oublie ce qu'il a étudié seul ici, et qu'il n'apprend rien. Je crois Uen qu'en effet, l'élève peut être las du professeur et rien ne serait plus simple que d'en cbanger; mais je pense aussi que l'élève a peu de zélé et que ce genre d'étude lui est antipathique. Il me remontre les inconvénients du temps qu'il perd à ne pas s'instmiue et il est certain que, pour un être aussi inlellie:ent que lui, le fond du savoir n'est pas assez développé. Il connaît insuffisamment l'hlsloire, et les notions de science sont presque à l'état de zéro. Au fond de son dégoât, il ; a la passion littéraire, je le vois bien ; mais c'est là ce que j'encouragerai le moins, tant qu'il ne sera pas instruit sous d'autres rapports, car ce serait travailler dans le vide el vouloir faire du miel avant d'avoir sucé les Heurs. Quant à insister sur le droit, j'attends vos ordres, à vons sa chère mère. Je n'ai pus
D,mi,.=db,Gooylc
396 CORHESPONDANCE DE GEORGE SAHP de goût pour forcer les vocations ; jusqu'à présent, j'ai tourné autour des âmes jeunes que j'ai maternellement adoptées, etj'aitftchê de saisir la capacité après des essais et des làlonoements. J'ai en le bonheur de réussir quand j'ai en affaire & de bons esprits ; j'ai réussi à faire.d'nn gamin qui Toulaitenlrer an théAlrc, un savant distingué, aujourd'hui dans une belle position relative, et d'autant meilleur père de famille qu'il a tenu le serment qu'il s'était fait de rester chaste jusqu'au mariage. Hais c'était un orphelm qui s'en remettait 1 moi du soin de son avenir, et je ne sois pas hardie à conseiller un heureux fils de famille comme Henri. Il me faut votre direction. Donc, si vous tenez essentiellement à ce qu'il ail son diplôme, je trouverai certes de bonnes raisons pour l'engager à persister. Sinon, je vous demanderai dé me l'envoyer pendant quelques jours pour que je le questionne à fond, surtout pour que je le dissuade d'écrire & présent. J'ignore s'il écrira jamais. Je le trouTe bien un peu g&té à domicile sons ce rapport. II a fait jouer par ses amis de petites pièces gentilles, mais qui n'étaient pas assez faites pour voir le feu de la rampe. Il n'est pas sans goût, sans grâce et sans forme : mais il n'y a encore rien d'assez saillant pour être produit en public, et, si je lui laisse l'espoir d'arriver dans celte partie, c'est alin qu'il s'instraise à fond de tout ce qu'il n'a pu encore qu'effleurer. C'est alors que tout lui deviendra possible et que ses facultés naturelle» donneront leur mot définitif.
CORRESPOnDÀIfCE DE GEORGE SA:
J'atlendg votre répoDse pour loi répondre, madame, Grojez-moi bieu à vous de coeur ek dévoaée. \
GHLXII
AGUSTAV3 FLAUBERT, A CHOISSBT Holunl, U 011» 1878.
j'aurais beaucoup à dire sur les romans de H. Zola, et il vaudra mieux que je le dise dans un feuilleton que dans une lettre, parce qu'il j a là une question géoérale qu'il faut traiter à l£te reposée. Je voudrais d'abord lire le livre de M, Daudet, dont tu m'as parlé aussi et dont je ne me rappelle pas le titre. Fais-lemoi donc envoyer par l'éditeur, contre remboursement, s'il ne veut pas me le donner ; c'est bien simple. Ea somme, la chose dont je ne me dédirai pas, tout en faisant la ciitifiae philosophique du procédé, c'est que Rougon est un livre de grande valeur, un livre fort, comme lu dis, et digue d'être placé au premier rang.
Gela ne change rien à ma manière de voir, que l'art doit être la recherche de la vérité, et que la. vérité n'est pas que la peinture du maloudubien. Un peintre qui ne -nài que l'un est aussi faux que eelui qui ne voit
qa« l'autn. La vie n'est pas bonrrée que de scélérats «t <)« nisénbles. Les honnêtes geas ne sont pas le petitDoinbre, puisque la société subsiste dans im certain ordre et sans trop de crimes impunis. Les imbéciles dominent, c'est vrai ; mais il y a une conscience publique qui pèse sur eux et qui les oblige à respecter le droit. Que l'on montre et flagelle les coquins, c'est bien, c'est moral même, mais que l'on nous dise et nous montre la contre-partie ; autrement, le lecteur naïf, qui est le lecteur en général, se rebute, s'attriste, s'épouvante, et vous nie pour ne pas se désespérer.
Comment vas-tu ? Tourguenef m'a écrit que ton dernier travail étui très remarquable : ta n'es dmc pas ficku comme lu le prétends ?
Ta nièce va toujours mieux, n'est-ce pas i Moi, je vu mieux aussi, après des crampes d'estomac à en devenir bleue, et c«la avec une persistance atroce. C'est une bonne leçon que la souffrance physique quand elle vous laisse la liberté d'esprit. On apprend à la supporter et à la vaincre. On a bien quelques moments de découragemment oA l'on se jette sur son lit ; mais, moi, je pense toujours & ce que me disait mon vieux curé qnand il avait la goutte : Ça passera ou je passerai. El, là-dessus, il riait, content de son mot.
Hon Aurore commence l'histoire et elle n'est pas très contente de ces tueurs d'hommes qu'on appelle des héros et des demi-dieux. Elle les traite de vilains
Noos avons un affreux printemps ; la terre est jon-
CORRESPÔNDiNCE DE GEORGE SAND 399
ehée de Heurs et de neige, on prend l'ODglée à cueillir les violettes et les auéiuones.
J'ai In le raannscrit de rÉtrangère; ce n'est pas décadence. Il y s des diamants qui brillent fort dans ce polychrAtne. D'ailleurs, les décadences sont des transformations. Les montagnes en travail rugissent et glapissent, mais elles chantent aussi de beaux airs.
Je t'enlvftsse et je l'aime. Fais donc vite paraître ta légende, que nous la lisions.
A H. CIIARLBS-BDUO.HD, A PARIS
Cher ami, Je TOUS remercie pour ce bel article sur mon compte ; je voudrais aussi remercier l'auteur; car il y a de la sympathie dans son appréciation. Chargez-vous de lui dire que j'y suis tout à fait sensible etqn'étre approuvée eu si beaux et si bon termes est un honneur pour moi. Je ne me souviens pas — je lis si peu le nouveau — d'avoir lu d'autres articles de M. Anatole France. Il a beaucoup de style, une belle forme simple et dans le «rai de notre langue. Ça devient joliment rare ! cu-
400 CORRESPOMDAKCE DE GEORGE SAND tivez et encouragez ce jeune talent, vous n'en trouverez plus beaucoup.
Dans cinquante ans, le sens du français sera tout transformé, c'est inévtlable; c'est l'œuire du journalisme,quî écrit au jour le jour et qui habitue le public à ses procédés. Je comprends les saintes colères de Scherer ! Qu'y faire ? Rien. Patienter, comme en tout, et espérer qu'une bonne réaction succédera & une uiauTidse.
Que devenez- vous?Comme vous m'écrivez peu! Ne viendrez-TOus pas voir fleurir nos lilas? nous nous portons tous bien ; mais, quand vous ne dites rien, nous rêvons de maladie et d'accidents chez vous.
A vous de cœui'.
A 11. LB DOCTEUR UBNRI F&VRB, A PARIS
Hohui, 16 nui im.
Cher ami.
J'attends le livre annoncé et je ferai de mon mieux pour ajouter & son succès. Je vois avec chagrin que V3US luttez encore contre le mal des vôtres. Je compte bien que vous en triompherez et que la victoire sera d'auiaut meilleure qu'elle vous aura coâté plus de
C0RR£S1>0NDAMCE DE GEORGE SAHD 40t soins et d'efforts. Moi, je lutte contre mon propre mal avec patience. Les crises sont pins fréquentes, mais moins aiguës ; mais je suis un peu plus fatiguée et je ne me snis pas beaucoup remise au travail. Uaurice souffre de névralgies aax oreilles, aux joues, à la mâchoire. Le sulfate de quinine combat les accès. La gorge ne se prend pas, c'est l'imporlant; mais je vis toujours dans cette crainte capitale. Dites-nous quelque cbose pour éviter l'angine, s'il y a mo;en.
J'ai reçu aussi ce matin une lettre de H. Marteau; soyez sâr que je m'intéresse k ce qui vient de lui, surtout quand vous y avez mis la main, et croyez à IV mitié bien vive de votre vieille malade.
Tendresses de tous les miens. Les entants vout bien, Diea merci, et vous embrassent.
CMLXV
A H. HAURICB-PAOL ALBERT, A PARIS
Huliul, 3i mai ISIS.
Cber enfant, Je serai très fiére et très beureuse de lire ton article et je l'attends avec impatience. Je voudrais bien t'envoyer quelque cbose de nouveau; mais je n'ai pas tra-
40S CORRISPOHDANGE DE GEORGE SAHD Taillé cet hÎTer.Ne doHtepasdemonexftctiludtit'en- TOjer la première chose qui paratb-a. J'ai élé fort souffrante depuis quelques mois; mais j'eqtëre s«rmonter encore celle crise et barbouiller mcore du papier en songeant k ceux que j'aime, à toi surtout. Je vois que tu te prépares à devenir p^ et que tu vas adorer le nouveau bébé qu'on te promet. Dis-bien mes tendresses à tes parents et ne m'oublie pas attirés de ta bonne maman, qui ne m'écrit plus et dont je n'ai pas de nouvelles depuis longtemps.
Je t'embrasse de tout mon cœur pour moi et mes enfants.
Ta vieille marraine qnl t'aime.