Mari de madame Dorval
ne le faire oublier; mais enfin, hier, j'ai revu Ion âme out entière et, après nos quatre heures de baisers et l'amour, elle s'est rouverte, comme tous les jours tes )ras. Je t'en rends grâce mille fois, mon ange, ma chère )elle, je t'ai retrouvée. Ton tendre repentir a effacé tout, non enfant ; je te confie à la garde de ton amour, de on honneur et de ta bonté. N'oublie jamais cela. Cepenlant ce qui reste dans mon âme de tout cela et de ton lépart surtout est plus que de la tristesse, c'est du malleur, c'est du découragement mortel. Je sens en moi me honte secrète pour la première fois de ma vie. Les nols que je me suis fait effort pour prononcer hier Q'ont outragé, plus que je ne puis le dire, je me cou- »ais moi-même au tranchant de mon arme et en me engeant je me blessais... Il est affreux pour moi que ela soit arrivé et c'est pour moi seul que cela est dououreux !
A MARIE DORVAL
Jeudi 4 juillet [1833].
(En rentrant de ciiez toi, à une heure.)
Je rentre le cœur navré mille fois plus que tous ces erniers jours. Que tu m'inquiètes, que tu m'affliges, i ma chère ange ! Ma pauvre chère belle, que tu me lésoles ! Mais quoi ? Tu penses à me faire écrire par ^ouise quelquefois? Songe que si tu veux me faire
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mourir de chagrin, lu n'as pas d'autre chemin... Non. non, non, il me faut Ion écriture, il me faut la trace de ton bras sur le papier, et tous les jours de ma vie, tous les jours ton écriture, et elle seule, et point d'autre qui s'en mêle !
Ah ! quelle cruauté que de m'accuser, moi, moi 1 de ne t'avoir pas assez servie dans ton théâtre ! Tu sais ma vie, lepouvais-je? Tu vas voir à présent si tu me donnes confiance en toi, ce que je ferai alors pour toi aussi...
Je t'en supplie, ma belle Marie, au lieu de m'etïrayer et de me menacer comme tout à l'heure, ne fais plus autre chose que de me rassurer sur l'avenir, afin que je puisse penser et écrire pour toi.
Vendredi matin. — Je tombais de fatigue hier et je me suis endormi pesamment. Je me suis étonné de trouver mon oreiller, mes joues, mes yeux remplis de larmes. J'avais rêvé à je ne sais quel chant triste qui me faisait sangloter. Tu m'as fait mal hier au soir, ô mon bel ange, c'est bien toi qui ne dois pas être jalouse. Je t'aime tant et avec une inquiétude si continuelle !
A MARIE DORVAL
Jeudi 29 [août 1833],
J'aime bien ta bonne petite lettre écrite au moment d'aller jouer, mon cher ange, mais en vérité j'aime bien
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lussi mes petits Rouennais qui ont un sens exquis ; ce >ont presque des Athéniens à mes yeux, à présent. Ils Dnt mieux compris que la masse toujours renouvelée ies Parisiens qu'un homme illustre, qu'une femme insipirée, ont un caractère unique important à ne pas iltérer.
La France a un grand bon sens on cela. .Jamais elle ti'a voulu adopter Chateaubriand comme poète. Lamartine serait toujours poète, dût-il faire cent volumes de prose. Tu seras toujours tragédienne quand tu jouerais ent comédies aussi parfaitement que tu joues Jeanne Vaubeîmier^ et la Jeune Femme en colère'^. Mais, je te l'ai idit, la première ressemble trop à un vaudeville, l'autre ;i une parade où l'on souffre de voir que tu daignes faire l'ire avec des coups de pied et des coups de poing.
C'est une nécessité à laquollo je n'aime pas te voir soumise. La gravité de ta voix, de tes traits, de ta démarche, la tristesse naturelle qui est en toi, tout t'a créée tragédienne, ne pense plus qu'à cela.
Qui peut le plus, peut le moins. Tu as pris d'en haut la comédie comme Talma avait pris V École des Vieillards, mais il n'en faut pas rester là, et à ta })lace, je ne créerais jamais de rôle comique. Tu vois quel trône tu as dans
1. Jeanne Vaubernier, ou la Cow de Luuis XV, comédie en cinq actes et en prose, par Rougemont, J.-B. Lafitte, et Auguste Lagrange, représentée pour la première fois, à l'Odéon, le 17 janvier 1832.
2. La Jeune Femme colère, comédie eu un acte, en prose, par C.-J. Etienne, représentée pour la première fois au théâtre de l'Impératrice, salle Louvois, le 20 octobre 1804.
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la pensée des hommes qui s'imaginent trouver en toi un être toujours rêveur, mélancolique, tendre et souffrant.
Travaille à ne pas travailler ta belle nature pour la changer et reste dans le tendre repos d'âme de tonl amie, Madame Duchambge... Tes deux ennemies sont la gaieté bruvante et la colère.
Songe que je suis seul, que je t'aime, que je souffre encore de mes douleurs de tête, que j'ai bien des afflictions toujours et que tu es ma chère Marie. Non, lu ne l'es plus, car tu ne m'écris pas, tu te plains toujours et c'est moi qui suis seul à plaindre. Tu vis au milieu des fêtes, et moi-même dans une sorte d'hôpital. Tu fais de la jalousie et de la colère pour avoir l'air bien plus occupée de moi que tu ne l'es. Je n'aurai pas un mot aujourd'hui.