ALF. DE V
A PHILIPPE BUSONI
3 décembre 1843.
Oui, mon ami, je me présente imperturbablement; jusqu'à ce que je sois élu, je ne m'absenterai d'aucune élection ^ Nous avons été du même avis d'une rue d'Angoulême à l'autre ^ J'irai, sitôt que ma malade sera guérie, vous raconter des circonstances nouvelles. Elle se lève à présent et ne me donne plus d'inquiétude.
J'ai à vous dire aussi que je trouve cette fois plus de chaleur, de résolution et de confiance que jamais dans mes amis de l'Académie. Il y en a qui vont jusqu'à le certitude.
1. Vincent Campenon était mort le 24 novembre sui^i, quelque! jours après, le 11 décembre, par Casimir Delà vigne ; enfin, 1< 27 janvier 1844, Charles Nodier s'éteignait à son tour. Vignj-, candidat aux trois fauteuils, vit nommer successivement Saint-Mar» Girardin, Sainte-Beuve et Prosper Mérimée.
2. Rue d'Angoulême-du-Temple (rue d'Angoulême actuelle), oi demeurait Busoni, au n° 6, et rue d'Angoulême-Saint-Honor (comprise aujourd'hui dans la rue La Boëtie).
CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY. 113
Si VOUS lie venez pas ce soir ou demain soir prendre le thé avec nous, j'irai mardi matin vous voir.
.Te n'ai lu qu'une partie du travail de Lamartine sur l'Église et l'État ^ Je suis encore à me demander s'il est sérieux ou ironique dans sa proposition, car si le clergé renonce à être salarié par l'État, il mourra de faim en un an au milieu d'un peuple voltairien qui souscrira un jour pour un sermon et donnera le double le lendemain )K)ur un concert. Le lundi, Lacordaire; le mardi, Liszt.
.Te verrai bientôt Ditimer; dites-moi donc ce qu'il faut lui dire de l'Odéon.
Tout î\ vous mille fois.
ALFRED DE VIGNY
A PHILIPPE BUSONI
Dimanclie, 20 [lisez : 21] janvier 1844.
J'espère, mon ami, que vous êtes encore à Paris et qu'il vous sera possible de venir vers neuf heures prendre le thé avec nous, mardi 23. Tous mes amis, qui sont les vôtres, y viendront, et quelques belles dames françaises et anglaises nous apporteront leurs cheveux noirs et des blonds qui éclaireront le salon comme des
1. L'État, l'Église et V Enseignement [Le Bien public, 26 et 30 novembre 1843).
114 CORRESPONDANCE d'ALFRED DE Vlf.NY.
luslicti. C'est pour cela sans doute que ligJd siguifie : lummeux et aussi blond. Voilà le sujet d'un madrigal pour ce soir-là.
^ladame de Vigny me charge de vous prier de prendre vos mesures pour rester bien tard, bien tard, bien tard.
Je me propose do vous faire connaître une femme d'un grand mérite, Madame Austin^ de qui Barbier vous a, je crois, parlé très souvent.
Venez, cher ami, ne nous manquez pas.
ALFRED DE VIGNY
J'ai en vue une autre soirée à laquelle j'irai prier votre aimable voisin du boulevard. Mardi prochain, il se trouvera quelqu'un qui pourrait ne pas lui être agréable, et je mets à ces choses beaucoup de réserve. Ne lui dites donc pas que vous venez nous voir.