‹ CorrespondanceChapitre 18 sur 223 · A MADAME T · texte numérisé non relu

A MADAME T

Ce 8 décembre I86b.

Madame,

Je ne puis avoir l'honneur aujourd'hui que de faire une courte réponse à votre lettre. Vous savez mieux que

1. Veuve d'un magistrat dont Proudhon avait été le secrétaire.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

moi le mode de publication de la petite Bévue que je ne VOIS pas, que je ne reçois pas et qui, si je ne me trompe, emploie la même composition (terme d'imprimerie) que la grande Revue. Il en résulte qu'il ne s'y fait aucun changement ni remaniement. J'écrirai, au reste, au directeur d'enlever le T. . . initial du nom, s'il est temps cncor-;.

Quant au fond de votre lettre, permettez-moi, madame, de vous dire qu'il n'y a eu rien de moi ou presque rien dans les deux ou trois lignes d'appréciation. Depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir, j'ai voulu relire les passages mêmes des lettres ^ : je les tiens à votre disposition. Si vous voulez vous donner la peine, madame, d'en venir prendre connaissance, lundi par exemple, vers une heure un quart, vous en jugerez.

Les mots de servitude et cVoppression ne se rapportent nullement à la position de Proudhon chez M. T..., mais à sa position dans la société. Le mot exploité est, comme vous ' pourrez le voir, dans une lettre de Proudhon même : (f A mon maître, mon propriétaire, mon exploiteur. . . » — C'est bien de l'homme qui a dit : « Travailler, c'est mourir ; travailler pour un autre, c'est mourir pour un autre. »

La malice n'est pas de moi : elle est dans la nature même des choses et dans l'ironie des contrastes. M. Dupin, dans un passage que je n'ai point cité et qui fait partie d'une correspondance qu'on m'a communiquée depuis, est asso-

1. Annexe de la Revue contemporain6,oii paraissait l'étude sur Proudhon.

Page 1