‹ CorrespondanceChapitre 40 sur 66 · A AUGUSTE BARRE · texte numérisé non relu

A AUGUSTE BARRE

Mon cher ami, Je vous écris de chez M'* Rachel, qui me garde a diner. Ainsi, ne m’attendez donc pas ce soir. A bientét.

A vous.

ALFRED DE Musser.

(1) La légende en question porte pour titre: Les Fréres Van Buck. Elle parat dans /e Constitutionnel du 27 juillet 1844.

(2) Crest Aug. Barre qui a fait le beau buste en marbre blanc qui

J’ai ébauché une belle petite chatte. J’ai employé d’abord un couperet de cuisine, puis mes mains, puis vos petits batons. J’ai tout lieu de croire que ce sera admirable, mais, dans ce moment-ci, mon idéal a encore un torticolis et une fluxion.

Venez donc voir ¢a.

décore le tombeau d’Alfred de Musset, Il était trés lié avec d’Alton- Shée et sa scour, M=* Jaubert.

A ALFRED TATTET

De Mirecourt, mai 4845.

... Rien n’éléve le cceur et n’embellit l’esprit comme ces grandes tournées dans le royaume. C’est incroyable, le nombre de maisons, de paysans, de troupeaux Voies, de chopes de biére, de garcons d’écurie, d’adjoints, de plats de viandes réchauffées, de curés de village, de personnes lettrées, de hauts dignitaires, de plants de houblon, de chevaux vicieux et d’Anes éreintés qui m’ont passé devant les yeux. J’ai méme vu une personne aimable, Agée, il est vrai, mais pas chére du tout; puis, comme dit une admirable piéce de vers de ma facon :

Le long, le long de la Moselle, J’ai vu plus d'une demoiselle Faisant, faisant de la dentelle.

Je suis revenu avec une jeune beauté de quarantecing A quarante-six ans, qui se rendait par les diligences de la rue Notre-Dame-des-Victoires, de Varsovie aux Batignolles. Le fait est historique. Elle mangeail

CORRESPONPANCE p’ALFRED DE MUSSET 235

un gateau polonais, cauleur de frqamage de Marolles, et elle pleurait parce qu’un grand monsieur, de sept ou huit pieds de long sur trés peu de large, s’était apparemment chamaillé avec elle; ce monsieur s’appelait mon bien-aimé. Du moins ne I’ai-je pas entendu appeler d’un autre nom.

-.- Jugez, mon cher ami, de ma situation. Heureusement la figure de cette Ariane m’a fait penser a Bacchus. Done j’ai acheté 4 Voie, pour dix sous, une bouteille de vin excellent, mais je dis tout a fait bon, et ainsi, elle pleurant, moi buvant, nous chemindmes tristement. O man ami, que de drames piquants, que de souffrances et de palpitations peuvent renfermer les trois compartiments d’une diligence!...

AU MEME

Vendredi, 17 octobre 1845.

Mon cher Alfred, parmi les raisons qui m’ont empéché d’aller vous rejoindre se trouve celle-ci: que M. Bocage, directeur de }’Odéon, est venu me demander l’autorisation de faire siffler [A son thédtre] un petit proverbe de ma fagon intitulé Un Caprice, ce a quoi j’ai accédé, aprés avoir pris l’avisdes plus grands connaisseurs en matiére de fiasco. Je ne l’aurais pas donné aux Francais, c’eit été trop grave; mais 4 |’0-

‘déon cela m’amusera, sans danger pour ma gloire, puisque cette petite piéce a été imprimée,il y a six ou sept ans, et non destinée au thédtre. Ainsi je vais

étre représenté par Bocage en personne, pére des Antony ettourier de Nesle, fort aimable et brave homme du reste, qui y met toute l’obligeanee possible et qui me fera faire une petite décoration pour rétrécir sa salle. Il faut donc que je sois 4 Paris, quoique je ne m’en méle pas du tout. J’espére que vous y viendrez. C’est votre devoir d’y étre ; vous aurez le droit de partager les pommes cuites jetées 4 votre ami. Ce sera, jecrois,pour le mois de novembre. Les répétitions sont commencées, mais je n’en ai rien vu. Ma jeune premitre, M"* Naptal, est venue me faire une visite avec son papa. Elle est jolie ; c’est toujours bon signe.

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