‹ CorrespondanceChapitre 101 sur 156 · LETTRE XXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIII

(87) Sur l'original une longue note manuscrite d'A. Weill : « Gérard de Nerval m'ayant prié d'aller le voir, j'y allai. On me fit entrer dans une pièce grillée, au milieu de la cour qu'on ferma derrière moi. Gérard me reçut cordialement en me disant qu'il avait une fièvre extatique, qu'on l'avait envoyé dans cette maison pour le calmer. Au bout de quelque temps, après avoir regardé les ongles de ma main, il me dit : tu sais que je connais la science occulte des mains, je vois que tu descends comme moi de bien haut, mais, pour en être sur, il faut que je voie tes pieds. Déchausse-toi, ùte tes bas et je dirai d'où tu descends. — Ne voulant pas le contrarier, connaissant son mal, je me prêtai de bonne grâce à son caprice. J'ùtai mes botteset meschaussettes, il inspecta religieusement les ongles et les doigts de mon pied; cela fait, au vu de la femme, la concierge, qui suivait avec attention nos manèges : Je vais te montrer les miens. Moi je descends de Napoléon, je suis fils

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de Joseph, Irère dcrEmpereiir, qui a reçu ma mère à Dantzig; toi, tu descends d'Isaïe, tu en as tous les signes. Je ne répondis pas. J'avais hâte de m'en aller ou plutôt j'acceptai les prophéties de mon malheureux ami, sous bénéfice d'inventaire. « Quel fut mon étonnemenl de voir la concierge me refuser d'ouvrir la grille. Je ne sais, dit-elle, qui de vous deux est le plus fou. On vous a probablement envoyé ici pour que je vous garde malgré vous, fit Gérard de rire de tout son corps. Ils n'en font pas d'autres, s'écria-t-il. C'est ainsi qu'ils m'ont fait entrer ici. — J'avais beau protester, jurer, menacer, cogner la grille, plus je démenais plus la femme était sûre de ma folie. Force me fut d'attendre le médecin qui vint fort heureusement, une demi-heure après, me délivrer et me faire ouvrir la porte, sans toutefois être tout àfait convaincu delà santé dema raison. Alexandre Weill. » Cette lettre à Alexandre Weill est le l^r document relatif à la folie de Gérard. Elle apporte une précision nouvelle. Les biographes de Gérard considèrent comme le début de cette crise le moment où il a été confié aux soins du Dr Blanche (21 Mars) ; or, trois semaines plus tôt, il était déjà interné, rue de Picpus. D'ailleurs c'est le 1er Mars que Janin a donné aux Débats son fameux article.

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