‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 60 sur 136 · AU COMTE DE GAMPOMANES · texte numérisé non relu

AU COMTE DE GAMPOMANES

Des substitutions.

Passy, 5 juin 1784.

Monsieur,

La lecture de vos excellents écrits m'a donné beaucoup d'instruction et beaucoup de plaisir. Je voudrais qu'il fût en mon pouvoir de vous payer de retour. Je saisis l'occasion que m'offre mon excellent ami M. Garmichael , et je vous envoie une collection récente de mes écrits de circonstance; si je vis assez longtemps pour retourner chez moi, j'espère que j'en publierai une édition plus complète, plus correcte, et moins indigne de vous être offerte.

Vous avez entrepris une grande œuvre : réformer les anciennes habitudes, dissiper les préjugés, développer l'industrie de votre nation. Dans le peuple espagnol vous avez un bon fonds à travailler, et par une ferme persévérance vous obtiendrez peut-être un succès qui dépassera votre attente. Car, il est incroyable quelle quantité de bien un individu peut faire, s'il en fait son métier, et s'il ne se laisse point distraire par d'autres occupations , l'étude ou les plaisirs.

Il y a en Europe deux opinions dominantes qui ont le mauvais effet de diminuer la félicité publique; l'une est que travailler déshonore, l'autre, c'est qu'on perpétue les familles en immobilisant les biens. En Amérique nous n'avons aucun de ces préjugés, ce qui est pour nous un grand avantage. Sur le premier point vous verrez nos idées dans une petite pièce que je vous envoie et qui est intitulée : Conseils à ceux qui veulent s'établir en Amérique 2.

1. Le comte de Carnpomanes, président du conseil de Castille et ministre d'État, a été un des réformateurs de l'Espagne, au siècle dernier. Il a beaucoup écrit sur* l'éducation, le commerce, l'agriculture, les impôts, etc.

Page 1