CHAPITRE XIII (stiT
Traité de paix avec r Angleterre. — Rôle de Franklin dans cette négociation. — Son journal.
lOHN INGENHGUSZ.
Qv^nlle^ de savants. — Lavoisier. — Affaires â^ Amérique.
Passy, 21 juin 1782.
Cher monsieur,
Je suis fâché qu'il se soit élevé quelque mésintelligence entre vous et le docteur X. Les indiscrétions des amis occasionnent souvent de pareilles mésintelligences. Quand elles produisent des altercations publiques, les ignorants s'amusent aux dépens des savants. J'espère donc que dans votre édition française vous ne mettrez pas cette polémique et que vous passerez sous silence la conduite peu convenable de votre ami; continuez vos excellentes expériences, produisez des faits, perfectionnez la science, et faites du bien au genre humain. La réputation viendra à la suite de vos efforts , et l'on oubliera les petites injustices de vos contemporains. Mon ezem-
pie peut vous encourager; autrement je ne le citerais pas. Lorsque je publiai mes premiers écrits *, vous savez que l'abbé NoUet, qui avait alors une grande réputation, les attaqua dans un volume de lettres. On attendait de moi une réponse, mais je ne répondis ni à ce livre, ni à aucun autre. Aigourd'hui ces critiques sont oubliées, et il semble que la vérité est reconnue. Vous pourrez toujours mieux employer votre temps qu'en discussions polémiques.
M. Lavoisier fit l'autre jour à l'Académie des sciences, devant M. le comte du Nord, une expérience qu'on dit fort curieuse; Il alluma un charbon creux et y souffla un courant d'air déphlogistiqué. En quelques minutes il fondit du platine dans ce foyer qui, dit-on, est le feu le plus chaud que l'art de l'homme ait pu produire.
Nos araires d'Amérique présentent aujourd'hui le meilleur aspect. Notre Congrès est parfaitement uni ; tous nos citoyens sont armés et disciplinés; un service fréquent dans la milice a fait d'eux tous autant de soldats. Le nombre de nos ennemis est fort diminué; il est réduit à deux ou trois garnisons; notre commerce et notre agriculture sont florissants. L'Angleterre reconnaît enfin la difficulté de nous conquérir; elle n'exige plus notre soumission ; elle demande la paix. Elle s'estimerait aujourd'hui fort heureuse d'obtenir de nous une union fédérale ; elle fera tout pour j réussir ; mais peut-être échouera-t-elle, car il est de Pintérôt de toute l'Europe d'empêcher cette union. L'année dernière, j'ai demandé ma retraite au Congrès, afin de pouvoir dépenser agréablement dans un loisir philosophie que le soir de ma vie; mais on m'a refusé. Si j'avais réussi, mon intention était de faire le tour de l'Italie avec mon petit*fils, d'aller ensuite en Allemagne pour passer quelques bonnes journées avec vous, que je n'ai cessé d'aimer tendrement depuis que je vous connais.