ALEXANDER SMALL
Taxes américaines, — Nouveau Livre de prières. — Les loyalistes américains.
Philadelphie, 28 septembre 1787.
Cher monsieur.
Je n'ai abandonné aucun des principes d'économie pu^ blique que vous m'avez connus autrefois ; mais pour changer les mauvaises coutumes d'un pays, et lui en faire accepter de nouvelles, fussent-elles meilleures» il est d'abord nécessaire de guérir les préjugés du peuple, d'éclai-* rer son ignorance, et de le convaincre qu'il gagnera aux changements proposés ; ce n'est pas là l'œuvre d'un jour. Nos législateurs sont tous propriétaires et ils ne sont pas encore convaincus que, finalement, c'est la terre qui paye tous les impôts. De plus notre pays est si maigrement peuplé (dans le fond du pays, les habitations sont quelquefois à cinq ou six milles Tune de l'autre) qu'en allant de maison en maison, et plus d'une fois pour recueillir l'impôt, le collecteur perdrait plus de temps , et de peine que ne vaut l'impôt lui-même. Nous avons donc été forcés d'adopter le mode des taxes indirectes, c'est-à-dire des droits à l'importation, et des excises.
Je n'ai fait aucune tentative pour introduire ici le Livre de prières que vous et la bonne mistriss Baldwin m'avez fait rhonneur d'approuver. Les choses de ce bas monde me prennent trop de temps, il ne m'en reste point pour
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entreprendre rien qui ressemble à une réforme en matière religieuse. Quand nous pouvons jeter de bonnes semences, faisons-le, et faute de mieux, attendons avec patience le temps fixé par la nature pour qu'elles germent. Il en est qui restent plusieurs années en terre ; certaines saisons ou certaines circonstances favorables les en font sortir : elles poussent alors des jets vigoureux et donnent des fruits abondants.
Si, comme vous l'auriez souhaité, j'avais été dans mon pays, aussitôt après la paix, j'aurais peut-être été à môme d'adoucir quelques-unes des mesures rigoureuses prises contre les royalistes ; car je crois que la crainte et Terreur, plutôt que la méchanceté, leur ont fait abandonner la cause de leur pays et adopter celle du roi. Le ressentiment public contre eux est tellement tombé aujourd'hui, qu'aucun de ceux qui demandent la permission de revenir, n'éprouve de refus ; il y en a beaucoup qui vivent maintenant fort tranquilles au milieu de nous. Quant à la restitution des biens confisqués, c'est une opération que nul de nos politiques ne s'est encore hasardé à propoi^er. Ce sont des gens qui aiment à se fortifier dans leurs projets par des précédents. Peut-être attendent-ils que votre gouvernement rende aux Écossais les biens confisqués en Ecosse, aux Irlandais ceux qui l'ont été en Irlande, et aux Gallois ceux qui l'ont été en Angleterre*.
Je suis charmé que les exilés, qui restent chez vous, aient reçu ou doivent recevoir quelque indemnité pour les pertes qu'ils ont essuyées, car j'ai pitié de leur situation. C'était évidemment au roi qu'il appartenait d'indemniser ceux qu'il a séduits par ses proclamations ; mais il ne parait pas aussi clair que le Parlement soit obligé d'en agir ainsi, au lieu et place du prince. Si, dans un accès de folie, quelque roi insensé jugeait à propos de faire la