La parabole de la persécution. V. les Essais de morale
dant le peu qui me reste à vivre, tâcher de jouir du plaisir de causer par écrit avec mes anciens amis, car leur éloignement m'ôte l'espérance de les revoir.
J'ai reçu l'un des deux sacs de maïs que vous avez eu la bonté de m'envoyer, il y a déjà longtemps ; le second ne m'est jamais parvenu. La lettre même qui m'en parle, quoique datée du 10 décembre 1787, est restée plus d'une année en route : je l'ai reçue, il y a environ quinze jours, de Baltimore dans le Maryland. Votre mais était excellent et m'a fait grand plaisir; je vous en remercie de tout mon cœur.
Gomme vous le supposiez dans votre ancienne lettre, je suis charmé d'apprendre que mon jeune ami Ray s'entend en agriculture^ et qu'il sait faire des haies aussi bien fournies. Je regarde l'agriculture comme la plus honorable des professions, parce qu'elle en est la plus indépendante. Le cultivateur n'a besoin ni de la faveur populaire ni de la faveur des grands; le succès de ses récoltes dépend uniquement des bénédictions que Dieu répand sur son honnête industrie. Je félicite votre bon mari d'être, comme moi, libre enfin des soucis publics; il pourra se donner tout entier au soin de ses terres : ce qui lui procurera tout ensemble profit et plaisir. Personne ne s'entend mieux que lui à ce métier.
Je suis trop vieux pour me mêler encore d'imprimerie ; mais, comme j'aime beaucoup cet état, je l'ai fait apprendre à mon petit-fils Benjamin. J'ai construit et monté pour lui une imprimerie, qu'il dirige maintenant sous mes yeux. Le reste de mes petits enfants me cause beaucoup de plaisir; ils sont au nombre de huit, et tous de la plus belle espérance. Le plus jeune, qui n'a que six mois, donne déjà des signes d'un très-bon naturel. Mçs amis sont nombreux : je jouis de leur conversation autant que je peux raisonnablement le souhaiter; j'ai autant de santé et d'enjouement que le peut permettre mon grand âge;
fai maintenant quatre-vingt-trois ans. Jusqu'à ce jour, cette longue vie a été passablement heureuse, de sorte que, s'il m'était permis de la recommencer, je ne m'y refuserais pas; je demanderais seulement la permission de faire ce que font les auteurs pour la seconde édition de leurs ouvrages, c'est-à-dire de corriger quelques-uns de mes errata. Parmi les félicités de ma vie, je compte votre amitié, que je me rappellerai avec plaisir tant que cette vie durera , étant toujours, ma chère amie, votre bien affectionné. B. F.