Cette lettre à lord Kames est publiée dans les Essais de
Morale,
vie, vous avez eu sans doute plus d'un portrait. Ne prendrais-je point une trop grande liberté, en vous priant humblement de nous en donner un pour le collège de Yale ? Vous avez bien voulu me faire présent, il y a plusieurs années, d^un portrait gravé en manière noire; je le regarde souvent avec plaisir. Mais la toile est plus solide, et nous désirons posséder l'image durable du Patriote et du Philosophe Américain. Vous avez mérité et reçu tous les honneurs de la république des lettres ; vous vous acheminez vers un séjour où toutes les vanités de ce monde vont se perdre dans les gloires de l'immortalité. Si , dans cet univers intellectuel et céleste , vous brillez de l'éclat dont vous avez brillé en ce petit coin de la création, vous aurez, monsieur, ce que je vous souhaite avec la plus grande ferveur, quel que soit mon sort dans rétemité. La grande climaténque dans laquelle je suis maintenant, me fait songer aux scènes intéressantes du monde à venir.
Vous savez, moniteur, que je suis chrétien, et plût an Ciel que tous les autres hommes fussent tels que je suis, sauf mes imperfections et les défauts de mon caractère moral. Tout en connaissant le docteur Franklin, je n'ai aucune idée de ses sentiments religieux. Je voudrais connaître Topinion de mon vénérable ami sur Jésus de Nazareth. Il n'accusera point d'impertinence ou de curiosité indiscrète l'homme qui n'a cessé, depuis tant d'années, d'aimer, d'estimer, de révérer ses talents et son caractère avec une ardeur et une affection qui touchent à l'adoration. Si j'en ai trop dit, que ma demande soit regardée comme non avenue, et n'en parlons plus. Je ne cesserai pas de vous souhaiter cette heureuse immortalité que, suivant ma foi, Jésus seul a achetée de son sang pour ^es gens vertueux et vraiment bons, quelle que soit l'Église chrétienne à laquelle ils appartiennent, et pour les hommes de tous les siècles, de toutes les nations, de toutes les
croyances, qui respectent la divinité, et sont pleins d'intégrité, de droiture et de bienveillance.
En vous souhaitant toutes les bénédictions, je suis, cher monsieur, votre très-obéissant serviteur.
EzRA Stiles.