‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 3 sur 138 · A MISS ALEXANDER · texte numérisé non relu

A MISS ALEXANDER

Passy, 24 juin 1782.

Je ne suis pas du tout fâché que la thèse et la dédicace, dont nous étions menacés, se soient évanouies ; je déteste toute espèce de mascarade. Je ne sais pas ce que la république des lettres a gagné au commerce des dédicaces, mais ce n'est certainement pas de la réputation. Je n'en ai jamais fait, je n'ai jamais désiré qu'on m'en fit. Si je m'étais résigné à accepter celle-ci, c'est que depuis longtemps j'ai la mauvaise habitude de faire tout ce que veulent les dames ; on ne peut rien refuser à madame la Marck ni à vous. Je me suis présenté chez cette aimable dame pour lui présenter mes respects, non-seulement parce que c'était mon devoir, mais parce que je l'aime ; et c'est la raison pour laquelle je l'excuse de ne m'avoir point reçu : raison que je retrouverais pour vous pardonner vos défauts, si vous en aviez.

Je n'ai pas vu votre papa depuis la réception de votre charmante lettre; je n'ai donc rien décidé avec lui au sujet de la voiture. Je serai très-occupé pendant sept à huit jours, après quoi vous recevrez de mes nouvelles, et la voiture sera à votre service. A quoi songez-vous donc de me parler de feu et de cheminées, par un temps comme celui-ci! C'est à présent que la dame économe

h GORHESPONDANGE

dont vous parlez doit épargner son bois, faire provision de chaleur y et la mettre en réserve pour l'hiver, comme on conserve de la glace pour Pété. L'économie est une vertu qui enrichit, une vertu que je n^ai jamais pu me donner à moi-même, mais que j'ai eu le bonheur de rencontrer chez une fenmie qui a été pour moi un vrai trésor. Possédez-vous cette vertu? Si vous la possédez, que n'ai -je vingt ans de moins? Je donnerais à votre père mille guinées pour votre main? Je sais qu'en devenant ma ménagère vous me vaudriez bien davantage, mais je suis intéressé et j'aime les bons marchés. Adieu, ma chère amie, croyezmoi toujours votre bien affectionné, B. F.

JOURNAL DES NÉGOCIATIONS DE PAIX ENTRE LA GRANDE- BRETAGNE ET LES ÉTATS-UNIS d'aMÉRIQUE *.

{Tenu par Franklin^ depuis le 21 mars jusqu'au

V^ juillet 1782.

Passy, 9 mai 1782.

Depuis le changement du Cabinet en Angleterre , on nous assure que les nouveaux ministres sont disposés à faire la paix, et prêts à négocier un traité général. Dans ce traité il faudra discuter les intérêts et les prétentions de cinq nations ^. C'est là une chose intéressante pour le siècle présent, et pour la postérité. Aussi ai-je envie de tenir un journal de toutes les particularités qui viendront à ma connaissance, et pour le rendre le plus complet, je rappellerai ce qui s'est passé jusqu'à ce jour.

De grands événements sortent quelquefois de petites cir-

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