‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 40 sur 138 · LE COMTE DE VERGENNES A B. FRANKLIN · texte numérisé non relu

LE COMTE DE VERGENNES A B. FRANKLIN

La Presse en France.

Versailles, 5 avril 1783.

Monsieur, J'ai communiqué au Garde des Sceaux la demande que VOUS faites de publier une traduction du livre des Consti" tutions des États-Unis, Le Garde des Sceaux m'a répondu qu'il autorisait l'imprimeur, M. Pierres, à commencer Timpression de cet ouvrage, à la condition d'en envoyer les feuilles, au fur et mesure de l'impression, à M. de Néville, directeur général de la Presse, afin qu'il puisse les confier à l'examen d'un censeur. Les règlements de la Presse rendent cette dernière formalité indispensable. J'ai l'honneur, etc. ûeYergbnnes.

A DAVID HARTLET.

Abolition de la Ccwne.

Passj, 8 mai 1783.

Cher ami,

Suivant Yotre désir, je tous envoie sous ce pli les morceaux que je vous ai lus hier'. Je serais heureux n, avant que de mourir, je voyais établir l'amélioration qu'on propose de faire au droit des gens. Les misères du genre humain en seraient diminuées, le bonheur de millions d'hommes assuré et augmenté. Si la course peut être profitable à une nation civilisée, assurément ce sera nous Américains qui en aurons l'avantage. Nous sommes situés sur le globe de manière que le riche commerce de TEurope avec les Antilles, objets manufacturés, sucre, etc., passe forcément devant nos portes ; nos croisières seraient faciles et courtes, tandis que notre propre commerce consiste en articles si volumineux et de si peu de valeur, que dix de nos vaisseaux pris par vous ne vaudraient pas un des vôtres; et il faudrait que vous fissiez de longs trajets et de grandes dépenses pour courir après eux. J'espère donc que cette proposition, si nous la faisons, sera vue sous son vrai jour; elle n'a d'autre motif q^iu sentiment d'humanité.

Je ne désire pas voir une seconde Barbarie s'élever en Amérique, et la longue étendue de nos côtes occupée par un peuple de pirates. Je crains que le succès de nos corsaires, pendant les deux dernières guerres, n'ait déjà inspiré à notre peuple un goût trop vif pour cette loterie mêlée de sang. Si l'on n'arrête pas aujourd'hui cette pratique, le monde sera à l'avenir plus tourmenté par les cor*

1. Voyez les Observations sur la guerre dans les Essais de morale et d'économie politique.

DE BENJAMIN FRANKLIN. iti'ô

saires américains qu'il ne Ta été ou ne Test aujourd'hui par les corsaires turcs. Faites, mon ami, tout ce qui dépendra de vous pour procurer à votre nation cette gloire que la première des puissances navales soit aussi la première à abdiquer volontairement Pavantage que cette puissance semble lui donner de piller autrui, d'arrêter la communication mutuelle des dons de la Providence , de réduire à la misère , avec toute leur famille, des milliers de marchands, d'artisans, et de cultivateurs , qui sont la partie la plus paisible et la plus innocente du genre humain. Je suis, avec estime et affection, etc. B. F.

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