‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 62 sur 138 · Le docteur Moore · texte numérisé non relu

Le docteur Moore

nation, à moins que vous ne prêtiez serment d'allégeance S je me suis adressé ici à un ecclésiastique de ma connaissance, pour savoir si vous pourriez vous faire ordonner en France. Son opinion est que vous ne le pouvez pas, et que dans la supposition même où vous le pourriez, il vous faudrait promettre obédience à l'archevêque de Paris. J'ai demandé ensuite au nonce du pape si vous ne pourriez pas être ordonné par un évêque catholique américain, à qui on expédierait les pouvoirs nécessaires. Le nonce a répondu : « La chose est impossible, à moins que ces messieurs ne se fassent catholiques. >

Ceci est une affaire où je ne connais pas grand'chose, il se peut donc «que je vous fasse des questions déplacées, ou que je vous propose des moyens impraticables. Mais où donc est pour vous la nécessité de vous rattacher lirÉglise anglicane? Ne serait-il pas aussi bien de vous rattacher à l'Église d'Irlande? La religion est la même, quoiqu'il y ait une autre corps d'évôques et d'archevêques. Par exemple, si vous vous adressiez à l'évêque de Derry, qui est un homme de sentiments libéraux, peut-être vous conférerait-il les ordres de son Église. Ekifin, que faire si l'Angleterre et l'Irlande vous refusent? Je ne suis pas sûr qu'à leur tour les évêques de Danemark et de Suède voulussent votis ordonner, à moins que vous ne vous fissiez luthériens. A moins de se faire presbytérien, le clergé épiscopal d'Amérique ne peut ïnieux faire, dans mon humble opinion, que de suivre l'exemple du premier clergé d'Ecosse, aussitôt après la conversion de ce pays au christianisme. Lorsque le roi d'Ecosse eut bâti la cathédrale de Saint-André, il demanda au roi de Northumberland de lui prêter ses évoques pour en sacrer un chez lui, afin que son clergé ne fût plus obligé, comme par le passé, d'aller en Northumber-

1. Le serment d'allégeance était un ^serment de fidélité au roi d'Angleterre , chef et protecteur de l'Église anglicane.

land pour recevoir Perdre de la prêtrise. La requête fat refasée ; le clergé s'assembla dans la cathédrale, et, après avoir placé sur Tautel la mitre , la crosse et les habits d'évêque, il pria le ciel de le diriger dans son choix , et nomma pour évêque un de ses membres. Aussitôt le roi dit à relu: cLet?ez-tH>us, allez à ^autel, et recevez votre mission de la main de Dieu. > Ses frères en Jésus-Christ le conduisirent à Tautely rhabillèrent, lui mirent la crosse à la main, la mitre sur la tête, et il fut le premier évêque d*Écosse. Si les îles britanniques venaient à s'engloutir dans la mer (et assurément la surface de ce globe a souffert de plus grandes révolutions), vous adopteriez probablement la méthode du clergé d'Ecosse ; si Ton persiste à vous refuser Tordination, n'est-ce pas la même chose? Dans une centaine d'années, quand on sera plus éclairé, om s'étonnera que des Américains, appelés par leur savoir et leur piété à instruire leur prochain et à prier pour lui, n'aient pu le faire sans avoir d'abord fait un voyage de six mille milles, aller et retour, pour en obtenir, à Gantorbéry, la permission d'un vieux fantasque qui, si je dois vous en croire, parait avoir aussi peu d'é^ds pour les âmes des habitants de Maiyland, qu'en avait pour celles des Virginiens, Seymour, attomey général du roi Guillaume. Le révérend commissaire Blair, ayant formé le projet d'établir un collège dans sa province, s'était rendu en Angleterre pour solliciter des fonds et une charte d'établissement. Blair raconte qu'en l'absence du roi, la reine donna ordre à Seymour de dresser la charte qu'elle voulait accompagner d'une somme de 2000 livres sterling. Seymour s'y opposa, en disant que la nation était engagée dans une guerre ruineuse, qu'on avait besoin d'argent pour faire face à des dépenses plus utiles, et qu'il ne voyait pas la moindre nécessité de fonder un collège en Virginie. Blair lui représenta que son intention était d'élever des jeunes gens, pour en faire des ministres de

l^vangile, et que la colonie en avait grand besoin ; il pria M. Tattorney général de considérer que les habitants de la Virginie avaient des âmes à sauver aussi bien que le' peuple d'Angleterre. Des âmes ! reprit Seymour. Que le diable em^ f)orte vos âmes!!! Plantez du tabac.

J'ai l'honneur d'être, messieurs, votre, etc. B. F.

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