A BENJAMIN VAUGHAN
Manufactures, — Livres,
Passy, 21 avril 1785.
Cher ami,
J'ai reçu par M. Perry votre bonne lettre du 23 mars, ainsi que la seconde bouteille de Blackrie '. Je vous remercie des soins que vous avez donnés à cet envoi. J'aurais été charmé de pouvoir rendre service à M. Perry, mais il avait déjà placé ses enfants quand il est venu me voir, et il n'est resté que quelques minutes avec moi.
Les débats du Parlement, les journaux et les brochures retentissent du tort que causeront aux manufacturiers anglais les concessions faites à l'Irlande ; on ne parle pas plus du peuple anglais que s'il était tout à fait étranger à la question. Mais si les Irlandais peuvent fabriquer des étoffes de coton et de soie, des toiles, de la coutellerie, des jouets d'enfants, des livres, etc., etc., de manière à les vendre meilleur marché en Angleterre que ne le font les 'manufacturiers anglais, est-ce que ce ne sera pas un avantage pour le peuple d'Angleterre qui ne fabrique pas ? Les manufacturiers eux-mêmes n'auront-ils pas leur part dans ce bénéfice? Si le prix des étoffes de coton diminue, tous les autres manufacturiers qui portent du coton profiteront de cette diminution, et ainsi des autres articles. 31 l'on peut tirer d'Irlande des livres à beaucoup meilleur compte (ce que je crois, car j'y ai acheté un Blackstone pour vingtquatre shillings, tandis qu'on le vendait quatre guinées en Angleterre), ne sera-ce point là un avantage, non pas à la vérité pour les libraires anglais, mais pour les lecteurs anglais et pour l'instruction?