A JONATHAN WILLIAMS
Passy, 19 mai 1786.
Les propos sur TAmérique que vous me rapportez ne
1. Un grand ami de Franklin, celui auquel il remit ses mémoires.
m'étonnent point. Les Anglais disent de nous ce qu'ils souhaitent être vrai, mais certainement l'Amérique n'a jamais été dans une situation plus heureuse. Les Anglais nous en veulent et disent de nous toute sorte de mal ; mais, malgré tout, nous prospérons. Ceci me rappelle l'histoire d'un facteur, anglican fanatique, qui résidait à Boston quand j*étais enfant. Il avait fait une spéculation sur les oignons du Connecticut et en avait acheté une cargaison, se flattant qu'il la revendrait avec un gros bénéfice; mais les prix baissèrent, et la marchandise lui resta sur les bras. Il fut singulièrement vexé de son marché, surtout quand il s'aperçut que ses oignons commençaient à pousser oans le magasin qu'il en avait rempli. Il les montra un jour à un ami. c Les voilà, dit-il, et ils poussent ! Chaque matin je les donne au diable; mais je crois qu'ils sont comme les presbytériens, plus je les maudis, plus ils poussent, x Tout à vous, B. F.