‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 94 sur 138 · La PhilMophie morale de Paley · texte numérisé non relu

La PhilMophie morale de Paley

DE BENJAMIN FRANKLIN. ^hi

Vous désirez savoir quels progrès nous faisons ici dans Part d'améliorer nos gouvernements. Nous sommes dans la véritable voie des améliorations, car nous faisons des expériences. Je ne m'oppose pas à tout ce qui semble mauvais, car la multitude est mieux redressée par Texpérience , qu'elle n'est empochée de mal faire par tous les raisonnements qu'on lui fait. Et je crois que de jour en jour nous sommes plus éclairés; aussi je ne doute pas qu'en peu d'années nous n'ayions autant de félicité publique qu'un bon gouvernement peut en procurer.

Vos journaux sont remplis des récits fabuleux de l'anarchie, de la confusion, de la détresse et des misères où nous sommes tombés par suite de la révolution ; le peu d'amis que l'ancien gouvernement a gardés parmi nous s'efforcent de grossir le moindre petit inconvénient qu'a pu occasionner le changement du commerce. Pour arrêter les plaintes que ces gens s'efforcent d'exciter, on a écrit la petite pièce ci-incluse '; en la lisant vous aurez de notre situation une idée plus vraie que celle que vous donnent vos journaux. Et je puis vous assurer que la grande majorité de notre peuple se trouve heureuse du changement, et n'a pas la moindre inclination à retourner sous la domination anglaise. Y a-t-il une preuve plus forte de l'approbation générale donnée aux mesures qui ont amené la révolution, et à la révolution elle-même, que de voir l'assemblée et le conseil de Pensylvanie choisir presque unanimement pour gouverneur un des hommes qui ont été le plus mêlés à ces mesures? L'assemblée elle-même est nommée par le libre vote du peuple, et partage ses sentiments. Je dis presque unanimement, parce que sur soixante-dix à quatre-vingts votes, il n'y a eu pour la négative que mon vote et celui d'un autre.

1. Probablement la Réplique courtoise, un petit pamphlet de Franklin.

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Quant à mon intérieur, qa'ayec tant de bonté vous von* lez connaître, il est aussi henreox que je pois le désirer. Je suis entouré des miens ; j'ai dans ma maison une fille attentive et dévouée, avec six petits-eniants. Vous avez TU l'alné ; il est maintenant «a collège, dans une rue voisine ; il y achève son éducation littéraire ; les antres ont d'excellentes qualités et de bonnes dispositions. Qualle sera leur conduite quand, devenus plus grands, ils entreront sur la grande scène de la vie, je ne vivrai pas assez pour le votr, et je ne sais pas prévoir. Au milieu de mes enfants je jouis de Theure présente, je laisse l'avenir à la Providence.

Celui qui élève une famille nombreuse, aussi longtemps qu'il vit auprès des siens et qu*il les surveille, donne^ comme dit Watts, une plus large prise à la daulewr ; mais il donne aussi une plus large prise au bonheur. Quand nous lançons sur l'Océan notre petite flotte de barques , destinées à des ports différents, nous espérons que chacune fera un bon voyage ; mais les vents, les écueils, les orages, les ennemis ont leur part dans la disposition des événements ; de là, plus d'un espoir trompé; aussi, quand nous songeons à ce risque contre lequel il n'y a pas d'assurance, nous de* vous nous estimer heureux s'il en est quelques-unes qui retournent avec succès. Le fils de mon fils. Temple Franklin, que vous connaissez aussi, a reçu de son père, pendant que nous étions à Southampton, le don d'une belle ferme de six cents acres ; il a renoncé quant à présent à suivre la carrière politique, et s'applique avec ardeur à l'étude et à la pratique de l'agriculture. Gela m'est beaucoup plus agréable, car j'estime que l'agriculture est le plus utile, le plus indépendant, et par conséquent le plus noble des emplois. Les terres de Temple bordent un cours d'eau navigable, qui communique avec le Delaware ; il n'est qu'à seize milles de Philadelphie. Il s'est associé un fermier anglais fort habile, qui est récemment arrivé ici, et

qui doit le mettre au fait, en partageant aveo lui les revenus de la terre, pendant un certain temps. H y a dono grande apparence et grande probabilité de succès.

Vous avez la bonté de me demander un mot ou deux sur moi-môme. Ma santé et mes forces n'ont pas diminué depuis que vous m^avez vu, grâce à Dieu. La seule infirmité que j'avais alors n'a pas empiré, elle est tolérable. Je jouis encore de la société de mes amis, et ayant une honnête aisance, j'ai plus d'une raison pour aimer la vie. Mais le cours de la nature mettra bientôt fin à mon existence actuelle. Je m'y soumettrai avec d'autant moins de regret, que durant une longue vie j'ai vu une bonne partie de ce monde, et que je me sens une curiosité croissante d'en voir un autre. Avec la confiance d'un fils, je remettrai gaiement mon âme aux soins de ce grand et bon Père des hommes qui nous a créés, et qui depuis ma naissance jusqu'à l'heure présente, m'a si gracieusement protégé et favorisé. Où que je sois, j'espère garder d'agréables souvenirs de votre amitié, étant avec une sincère et grande estime, mon cher ami, votre tout dévoué, B. F.

A M. L£ V£ILLARD, ▲ PÂSSY.

Prospérité de V Amérique, — Le cardinal de Rohan,

Philadelphie, 6 mars 1786, Mon cher ami,

J'ai reçu et lu avec grand plaisir votre bonne lettre du 9 octobre. Bile m'a appris que vous alliez bien, ainsi que la meilleure des femmes, et son aimable fille, qui, je le pense, marchera sur ses pas. Tout mon bagage est venu en bon état sur le môme vaisseau, et nous buvons chaque jour les eaux épurées de Passy avec grand plaisir; elles se sont bien conservées, il semble môme qu'un long voyage les rende plus agréables.

nu CORRESPONDANCE

Je suis au sein de ma famille, et ne suis pas seulement heureux moi-même, j'ai aussi la joie de voir le bonheur de mon pays. Toutes les histoires que répandent les journaux anglais à propos de notre détresse, de notre confusion, de nos mécontentements politiques, sont aussi chimériques, soyez-en sûr que l'histoire de ma captivité en Algérie*. Elles n'existent que dans les souhaits de nos ennemis. Jamais l'Amérique n'a été plus prospère, ses produits sont abondants et se vendent bien, tous les ouvriers sont employés et bien payés, les terres et les maisons ont plus de trois fois la valeur qu'elles avaient avant la guerre, et comme notre commerce n'est plus un monopole aux mains des marchands anglais, on nous fournit tous les articles étrangers dont nous avons besoin, à un taux beaucoup plus raisonnable qu'autrefois. Aussi ne doutons-nous pas que nous serons en état de rembourser la dette de la guerre plus tôt que nous ne l'espérions.

Notre façon de lever l'impôt est sans doute imparfaite, nous aurions besoin de mieux nous entendre en finances, mais rexpérience de chaque jour nous instruit. Notre peuple est-il satisfait de la révolution, de ses nouvelles constitutions, de ses nouvelles alliances ? Rien ne le prouve mieux que la façon cordiale et joyeuse avec laquelle tout un peuple a salué le retour d'un homme qui passe pour avoir pris une part considérable à toutes ces choses. Tout ceci est une réponse à un passage de votre lettre, où vous me semblez trop imbu de certaines idées que ces menteurs de journaux anglais essayent de répandre à notre sujet.

Je suis étonné de ce que vous m'écrivez à propos du Prince-Évèque*. Si les charges qui pèsent sur lui se vérifient, ce sera un nouvel exemple de la vérité de ces pro-

1 . Le bruit avait couru en France que Franklin avait été pris par des corsaires barbaresques.

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