‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 53 sur 115 · A HUGH ROBERTS · texte numérisé non relu

A HUGH ROBERTS

Adversaires politiques. — La vieille Junte.

Londres, 7 juillet 1765»

Cher ami,

J'ai reçu de la main de notre bon ami M. Neave, votre aimable lettre du 20 mai; elle m'a fait grand plaisir. Ces témoignages d'une amitié solide, ancienne, ne nous vinssent-ils que d'un seul homme honnête et sensible, qui nous a longtemps connu, nous donnent une satisfaction qui l'emporte de beaucoup sur les cris et les injures d'un millier de drôles ou de sots. Tant que je garde la part que j'ai eue si longtemps dans l'estime de mes vieux amis, ce peuple moitié oiseau et moitié bête dont vous me parlez, pourra donner des coups de bec , grogner et aboyer après moi tant qu'il lui plaira. Il n'y a qu'un danger, c'est que sa désapprobation ne me donne trop de vanité.

Je suis charmé de vos calembourgs , non-seulement parce que j'aime les calembourgs en général, mais encore parce que cela me prouve que vous êtes en bonne santé et en bonne disposition d'esprit; je prie Dieu que cela continue. Nos affaires sont totalement arrêtées par la situation vacillante du ministère; elles reprendront aussitôt que la crise

sera passée. Jusqu'à présent je ne vois rien de décourageant.

Je voudrais que vous ne cessiez pas d'aller à la Junte, quoiqu'on s'y ressente quelquefois de nos divisions politiques. C'est maintenant un des plus anciens clubs de l'empire britannique; c'en était autrefois un des meilleurs. Il ne s'en manque guère que de deux ans pour qu'il ait quarante ans d'existence. Nous nous aimions alors, nous nous aimons encore tous les deux; nous avons blanchi ensemble, et cependant il est trop tôt pour partir. Reposons-nous jusqu'à ce que le soir de la vie soit passé. Les dernières heures sont toujours les plus douces. Quand nous ne pourrons plus rester, il sera temps de nous souhaiter mutuellement le bonsoir, de nous séparer, et d'aller tranquillement nous coucher. Adieu, mon cher ami, votre affectionné. B. F.

A MISTRÎSS DÉBORAH FRANKLIN.

Londres, 22 février 1766.

Ma chère enfant , Je suis excessivement pressé, Dès que je suis levé, tous mes moments sont pris, ou pour aller causer avec des membres du Parlement, ou pour recevoir les gens qui viennent me parler des affaires d'Amérique ; aussi suis-je fort en retard pour répondre aux lettres de mes amis. Mais si, par cette occasion, je ne puis écrire aux autres, je ne veux pas négliger de vous envoyer une ligne à vous qui avez la bonté de m'en écrire un si grand nombre. Je me porte bien; c'est tout ce que je puis vous dire à présent, et puis que je suis bien heureux d'un vote des communes qui viennent de révoquer l'acte du timbre. Votre mari toujours aimant, B. F.

A HUGH R0BERTS,

Rappel de Pacte du Timbre.

Londres, 27 février 17G6.

Cher ami,

J'ai reçu votre bonne lettre du 27 novembre. Vous ne pouvez concevoir combien les- cordiales salutations d'un vieil ami font de bien au cœur d'un homme qui est si loin de sa maison, et qui n'apprend que trop souvent les injures jetées sur lui, en son absence, par des ennemis poli* tiques. En attendant je crois que dans notre dernière lutte pour l'Amérique, j'ai rendu quelque service, même à ces ennemis. La lutte a été rude, nous avons été souvent entre l'espérance et le désespoir, maintenant le jour commence à s'éclaircir. Le ministère est enfin pour nous, et nous avons obtenu aux Communes une majorité pour le rappel de l'acte du timbre, et pour la satisfaction de nos griefs commerciaux. Dieu nous fasse la grâce qu'il n'arrive pas de mauvaises nouvelles d'Amérique, et que de nouveaux excès populaires ne viennent pas fortifier nos adversaires, et affaiblir nos amis, avant que ce grand œuvre ne soit achevé.

Les partisans du dernier ministère ont crié à la rébellion; ils ont demandé qu'on employât la force contre l'Amérique. Les conséquences pouvaient être terribles; des mesures plus douces ont prévalu. J'espère, non, je suis sûr que l'Amérique en cette occasion se montrera reconnaissante, et se conduira avec prudence et modestie.

J'ai un sceau pour notre hospice, on l'a gravé pour quatre guinées; je vous l'enverrai par un ami. Mes respects à la bonne mistriss Roberts , et à votre excellent fils. Rappelez-mci affectueusement à la Junte et à tous les amis qui demandent de mes nouvelles. Adieu, mon

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cher ami. Votre intégrité vous rendra toujours heureux, Croyez-moi toujours votre affectionné, B. F,

A MISTRISS DÉBORAH FRANKLIN

Rappel du Timbre. — Affaires domestiques.

Londres, 6 avril 1768.

Ma chère enfant.

L'acte du timbre est enfin rappelé, vous aurez une robe neuve. Si je ne vous l'ai pas envoyée plus tôt, c'est, vous le supposez bien, que j'ai pensé que vous n'aimeriez pas à être plus belle que vos voisines, à moins que ce ne fût avec une robe filée de vos propres mains. Si le commerce entre les deux pays avait totalement cessé, c'eût été une consolation pour moi de me rappeler qu'un jour j'avais été vêtu, de la tête aux pieds, avec le drap et la toile que ma femme avait filé et tissé elle-même, que jamais de ma vie je n'avais été plus fier de mon habit, et que ma femme et ma fille pouvaient recommencer, s'il était nécessaire. J'ai dit au Parlement que, dans mon opinion, avant que les Américains eussent usé leurs vieux habits, ils en auraient de neufs, de leur propre fabrique.

Je vous ai envoyé une belle pièce de satin Pompadour, quatorze yards, prix onze shillings le yard; un négligé de soie, et une jupe de lustrine brochée pour ma chère Sally, avec deux douzaines de gants, quatre bouteilles d'eau de lavande, et deux petits dévidoirs. On visse les dévidoirs sur le bord de la table, quand on veut s'en servir. L'échevau se met par dessus, et se dévide mieux que si on le tenait à deux mains.

Dans la caisse il y a un paquet de livres pour mon ami M.Coleman, et un autre pour le cousin Colbert. Demandezlui s'il a reçu ceux que je lui ai déjà envoyés? Je vous

envoie aussi une boîte avec trois beaux fromages. Peutêtre en restera-t-il un morceau quand je reviendrai à la maison. Mistriss Stevenson a été bien soigneuse et bien aimable en s'occupant de toutes vos affaires; elle et sa fille présentent leurs respects à vous et à Sally. Sur votre connaissement, il y a deux caisses qui sont pour Billy.

J'ai reçu votre aimable lettre du 20 février. J'ai grand plaisir à apprendre que notre bonne vieille mistriss Smith est en train de se remettre. J'espère qu'elle a encore plus d'une heureuse année à vivre. Faites-lui mes amitiés. D'après ce que vous médites de mon frère Pierre, je crains qu'il ne puisse résister longtemps *. S'il plaît à Dieu que Pierre nous quitte avant mon retour, je désire que le bureau de poste reste sous la direction de son fils, jusqu'à ce que M. Foxcroft et moi nous ayons pris un parti.

Il y a quelques caricatures dans la boîte ; le peintre me les a données ; on les a envoyées chez moi en mon absence, et on les a emballées sans que j'en sache rien. Je crois que le peintre a eu tort d'y mettre lord Bute qui n'a rien à faire avec l'acte du timbre. Mais c'est la mode d'injurier ce gentilhomme comme étant l'auteur de tout ce qui se fait de mal 2. Tendresse à Sally et à tous les amis. Je suis, ma chère Debby, votre affectionnné mari,

1. Pierre, le dernier frère qui restât à Franklin, mourut le Ie* juillet 1766, à 74 ans. Il était maître des postes à Philadelphie.

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