A JOSEPH GALLOWAY
Londres, 2 juillet 1768.
Cher monsieur,
Depuis ma dernière lettre, il n'est rien survenu d'important au sujet de nos affaires, sinon qu'on a tait '^'^^'^
lord Glaro da la direction du bureau de coxxunerce à celle de la trésorerie d'IrlandOi et qu'on a remis lord HilUbo** rough i la tète du bureau de commerce, en qualité de prçmiçr commissaire, et en lui laissant le titre et les priro|:ative$ de secrétaire d'État pour les colonies. On était loin de s'attendre à ce cbangement . Deux j our» auparavant, au sortir de la cour, lord Glare m'emmena diner avec lui, me disant que nous serions seuls, et qu'il avait besoin de me parler des affaires d'Amérique, Nous causâmes Iontemps sur ce sujet; il me parut prendre 2^ oe qui nous toudie tout l'intérêt d'un ministre qui compte conserver longtemps le gouvernement des colonies. Ceci se passait le dimanche, le mardi suivant lord Clare était remplacé. Quant ^ lord Hillsborough on ne sait pas si son adminia-* tratiou sera de plus longue durée que ne l'ont été celles de ses prédécesseurs ; quant à moii je désire qu'il reste m place, d'abord, parce qu'il n'est pas mal disposé envew nous (en tant que le permet cependant ce qu'il appelle lea droits incontestables de la Grande-Bretagne), ensuite parce que ces peirpétuels changements empêchent la marche dea
affaires*
Qn parle d'un autre changement qui me donne beaucoup d'in(ïuiétude. Quelques-uns des Bedford étant maintenant au pouvoir,^ on qraint que tôt ou tard, ils ne tirent après eux, leur ami Bf. GrenviUe» On dit qu'il va remplacer lord Shelburne comme secrétaire d'États Si cet événement a lieu, ou si M. Grenville rentre de quelque autre façon aux affaûres, je crains que ses idées sur les Américains et les idées des Américains sur lui s'entre-choquent et n'aient des conséquences funestes. Ce qu'on sait ici de vos coalitions contre le commerce avec l'Angleterre, et des résolutions que vous avez prises à l'égard des droits dont on grève ici l'exportation, donne matière à de sérieuses réflexions; (m ^t(^\ que l^s points de discussion qui existant entre les^ de^ l^js m manqueront pas d'être soumis
auParlement, dès l'ouverture de la session prochaine. Non amis s'étonnent que je persiste dans ma résolution de revenir cet été ; ils m'assurent que je serai beaucoup plu« utile à mon pays ici que lâchas ; ils veulent absolument que je passe ici Thiver prochain, alléguant qu'il serait de la plus grande importance d'avoir, à cette époque, desper*» sonnes qui connussent bien l'Amérique, et qui fussent eu état de présenter ses intérêts sous leur véritable jour* Ge« pendant mes affaires particulières exigent si impérieusement ma présence eu Amérique, que tous cen éloges noi m'ont point encore convaincu.
Le tumulte et les désordres qui régnaient ici, sont presque entièrement apaisés. La contumace de Wilkes est au** nulée, mais on l'a condamné à vingt-deux mois de prison et à une amende i^milU livrai sterling ; ses amis, qui craignaient qu'il ne fût mis au pilori, sont contepts qu'il eu soit quitte h si bon majçhé. Une forte importatiou de blé* une assez boune récolte de foin, l'espoir d'une moisson abondante, donnent aux pauvres un peu de patience i itt espèrent que lo prix des denrées baissera ; il est dono k présumer qu'ils demeureront assez traiïquillea, à moins qu'un châmsge, causé parle manquo de oommandes américaines, ne les plonge dans la misère*
Je Qompte vous écrire par le paquebot de samedi pro*' chain ; ainsi je me borne k dire que je suis, avec une sincère estime, cher monsieur, votre très-obéissantettrèa^ humble serviteur, B, P.
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A Misa MAR7 STIPmiSOff .
Sages conseils,
Londres, octobre 1768.
Je vois tcèsKsJairwout le malhwr 4^vQ\^^«fe\^^^>%^
n'est point votre faute, et je vous plains sincèrement. Toutefois si vous ne me Paviez point demandé, je n'aurais ' point pensé k vous donner un avis, croyant, comme je fais, que vous avez plus de bon sens qu'il n'en faut pour connaître et remplir vos devoirs envers les autres et envers vous-même. Si donc je vous donne quelque conseil qui soit contraire à votre opinion, n'imaginez pas que je vous condamne si vous ne le suivez point. Je penserai seulement qu'une meilleure connaissance des choses vous a permis de mieux juger ce qu'il vous convient de faire en pareil cas. ^
Je crois comme vous que par suite de l'affection qu'elle vous porte, et de la longue habitude qu'elle a de vous avoir près d'elle, N.... sera vraiment misérable si vous la laissez. Son caractère n'a peut-être jamais été des meilleurs, et Tâge ne nous corrige guère. C'est de là sans doute que viennent la plupart de ses infortunes , et comme il ne nous est pas plus possible de réformer les vices de notre esprit, quand le temps les a forti-fiés, que de corriger les vices de notre corps, je pense avec vous, que sa condition est digne de pitié.
Si, par sa propre imprudence, elle s'était rendue gravement malade, je sais que vous regarderiez comme un devoir de la veiller et delà soigner avec une tendresse filiale, dût votre santé en souffrir. Vous avez donc raison de penser que vivre auprès d'elle est,peut-être, votre devoir, devoir qui ne s'accorde ni avec votre bonheur ni avec votre intérêt; mais cela ne peut s'entendre que de votre intérêt et de votre bonheur présents ; car, je crois qu'un autre intérêt, un autre bonheur plus grand et plus durable sortira de cette réflexion que vous avez fait votre devoir; je ne parle point de la haute estime qu'auront pour vous tous ceux qui vous connaissent, en vous voyant persévérer dans ce devoir, au milieu de tant et de si grands découragements.
Mon avis est donc que voua teloximôi ^m^ï^s d'elle,
aussitôt que le temps fixé pour votre visite sera expiré, et que, par tous les moyens en votre pouvoir, vous continuiez à lui rendre le reste de ses jours aussi agréable qu'il sera possible. Inventez-lui des amusements; soyez contente quand elle les accepte,' et patiente quand elle les rejette, fût-ce par caprice. Je sais que cela est dur, mais je pense que vous êtes en état de le faire, non point par servilité de caractère mais par abondance de bonté. Cependant tous vos amis, sensibles au désagrément de votre situation, essayeront de soulager votre fardeau, en agissant de concert avec vous. On tâchera, par amour pour vous, de lui donner toutes les occasions possibles de goûter les plaisirs de la société.
Rien n^aigritplus le caractère des gens âgésque lacrainte d'être négligés ; et ils sont très-disposés à ce soupçon. C'est pour cela que j'avais proposé qu'on rengageât à notre dernière partie. Cela ne plaisait pas à votre mère, la proposition est tombée, comme ont déjà fait beaucoup d'autres, par mon trop de facilité et contrairement à mon jugement. Je n'ignorais pas que sa présence aurait diminué notre plaisir, mais j'espérais que cela aurait pu vous épargner quelques chagrins.
Rien de ce qui ne s'accorde pas avec le devoir' ne peut contribuer au vrai bonheur, et il ne se peut que notre obéissance ne soit pas enfin largement récompensée. Car Dieu gouverne, et il est bon. Je le prie de vous diriger et, devrai, vous ne serez jamais sans sa direction, si vous le lui demandez humblement et si vous vous montrez toujours prête à lui obéir. Adieu, ma chère amie, croyez-moi toujours votre ami sincère et affectionné, B. F.
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