SAMUEL DANFORTH
Londres, 25 juillet 1773.
Cher monsieur.
J'ai eu grand plaisir à recevoir une aussi bonne lettre d'un ami de cinquante ans, à le voir renaître à la vie dans un fils intéressant. J'espère que la pcUente* du jeune
/. Brevet d'invention.
homme lui sera aussi avantageuse que son invention doit l'être au public.
Je vois par les journaux que vous continuez à servir le public; c'est me faire rougir de mes projets de retraite. Mais mon exil, quelque honorable qu'il soit, commencée me peser. Je suis depuis si longtemps séparé de ma famille, de mes amis, de ma patrie. Vous jouissez de tous ces biens: et puissiez-vous en jouir longtemps encore! Quel plaisir j'aurais à vous revoir, à causer avec vous : il est doux assurément de revivre dans ses enfants comme tous deux nous pouvons le faire, mais j'imagine qu'il vaut encore mieux continuer à vivre nous-mêmes. Je suis donc fort sensible à la promesse que vous m'avez faite de m'initier aux merveilleux effets de cette pierre sans pareille qui guérit de tous les maux (de la vieillesse même) ; il nous sera donc permis de voir le glorieux avenir de notre Amérique, jouissant en paix de sa liberté, et ouvrant ses bras aux opprimés de toutes nations. J'entends déjà la joyeuse conversation que dans une centaine d'années d'ici nous aurons à ce sujet avec une vingtaine de nos amis, tous réunis à Cambridge, et conversant autour de ce bol bien rempli.
Je suis, mon cher monsieur, pour un âge. à venir et pour toujours, avec estime et respect, votre très-humble et trèsobéissant serviteur. B. F.
A M. VriNTHROP.
Conseils de prudence,
LondreS; 25 juillet 1773.
Cher monsieur.
Je suis charmé de vous voir élu au conseil , et appelé à prendre part à nos affaires publiques. Vos talents, votre intégrité, votre sage attachement aux l\b^x\.%'& ^.^ ti^n:^^
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pays, seront fort utiles pour oonduira ootre petite barque au port/en ce temps d'orage. Il semble, d'après les journaux de Boston^ qu'il y a parmi nous des esprits violents qui veulent une ruptur^ immédiate. Mais je compte que le pays aura la sagesse de voir que Ic^ progrès de nos forces nous mène rigidement vers une situation oit Fou ne pourra plus nous refuser justice. Une lutte préiaaturôe peut nous mutiler et ^ous tenir un siècle eneore dans retclaTage. Entre amis tout affront ne^ vaut pas un duel; entre Bâtions toute injure ne vaut pas une guerre, et de mtee^ entre gouvernants et gouvernés^ toute erreur de gonTememen:^ tout empiétement des droits ao vaut pas uie rébeltiom.
A mou avis> il nous; suffit, pour le m(N(Qe»fct ^^ maîntenir nos droits en toute occasion,, sans jamais les abandonner, et en même ^emps il faut ne rien négliger pour les bien faire comprendre et apprécier par le peuple; il faul entretenir l'harmonie entre les colonies, afin que l'unasbùfeé de sentiments les rende plus respectables. Mais n'oublifiBS» pas que l'Angleterre protestoite (notre mère^ ipuiiqQe aujourd'hui une mère fort cruelle), n^te d'ôtre eonaer-* vée et que de notre union avec elle dépendent en grande partie son poids dans la balance de l'Europe et sa.séeorite. Si nous nous comportons ainsi, j e suiji persuadé qu'en peu d^années nous obtiendrons toutes lea cenoessiona et toutes les garanties que nous pouvons souhaiter ou désirer pour nos précieuses libertés. Avec une grande et sincère estime, je suis, etc. . B. P.
Publication des lettres d'Hutchinson^
Londres, 25 juillet 1773.
Monsieur,
J'ai reçu vos lettres des li^ et IS juin , contenant plu^ Èieurs copies des réwAvxt^oisa ^m Qtt»m^&^^\ls lea lettres
d*Hutcbinson. Jô voi», par votre récit, que vous n'avez pu prévenir ce qui s'est fait. Quant aux prétendues copies venues d'Angleterre, je sais que cela n'est pas possible. C'était un expédient pour dégager l'Assemblée. J'espère que la possession des originaux^ et les résolutions que vous avez prises, auront de bons effets pour la province, et alors je serai fort content.
Vous me mandez qu'à Texceptîon du docteur Gooper et d'un membre du comité, tout le monde ignore que c'est moi qui ai envoyé ces lettres. Je ne les ai accompagnées d'aucune prière de cacher mon nom ; j'ai cru qu'il était de mon devoir, comme ageikt, de faire ce que j'ai fait et je ne me suis pas inquiété des suites, quoique je ne douter pas que, non-seulement les parties intéressées, mais encore radministration^ n'en soient fort tressées. Cependant, puisque les lettres sont aiijourd'hui copiées et imprimées, eontrairement à la promesse que j'avais faite, je suis fort aîse que mon nom n'ait pas été prononcé , et , comme je ne vois pas de quel avantage il pourrait Ôtre au publie, je dé sire gardtf l'anonyme, quoique je n^en aie guère l'espoir. Quant à vos lettres, vous pouvez être sûr que je n'en parlerai pas, à moins que je ne sois forcé d'exMber celle-ci pour me justifier auprès de la personne à qui j'avais fait la promesBOy car autrement elle poumût se croire le droit de me Sme des reproches pour avdr manqué à mon engagement Aujourd'hui que ser trouve déconreile la duplicité de ces gouverneurs qui, tottt eif feignant de respecter et d'aimer leurs provinces, en sapent secrè' tement les privilèges ^ il est impossible que la couronne puisse tirer le moindre parti de leurs serrices; elle ne peut plus avoir d'intérêt à employer des agents qui ont encouru la haine universelle. La conséquence de tout ceci, pensera-t-on, c'est qu'on leur ôtera leur place. Oui ; mais peut-être pour leur donner des titres ou des pensions, si vos impôts suffisent à les payer.
Je suis, avec grande estime, monsieur, votre très-obéissant et très-humble serviteur. B. F.
A WILLUM FRANKLIN.
Résolutions des townships * de la Nouvelle-Angleterre. — Projet d^union avec ï Irlande.
Londres, 1*' septembre 1773.
Cher fils,
J'ai sous les yeux vos lettres du 5 et 6 juillet. Le paquebot d'août n'est pas encore arrivé. L'opinion que le docteur Cooper, de New- York, émet sur l'auteur du sermon, quelque honorable qu'elle soit pour moi, est une injure pour le bon évèque *. Je dois dire, en toute justice et vérite, que je ne savais rien de son intention de prêcher sur ce sujet, je n'avais pas vu un mot de son sermon avant qu'il fût imprimé. Peut-être quelques conversations que nous avons eues ensemble ont-elles tourné ses idées de ce côté, mais voilà tout.
Je crois que les résolutions qu'ont prises les townships de la Nouvelle-Angleterre auront l'eflfet désiré ; elles prouveront que le mécontentement était général, que le sentiment que nous avons de nos droits est unanime , et qu'on n'a pas eu seulement affaire à une poignée de démagogues, comme les gouverneurs se plaisent à le dire. Ces résolutions ne seront donc pas inutiles, quand bien même elles ne décideraient pas le gouvernement à reconnaître nos droits. Elles prouveront que notre peuple se contente de les proclamer et de les maintenir, espérant qu'on sera tôt
1. Le Township américain est une division municipale qui répond à peu prè« à notre canton.