AVERTISSEMENT. XI
Le Régent eut, en outre, de quelques unes de ses nombreuses maîtresses, divers enfants naturels qui restèrent dans l'obscurité.
En iSS-S, nous avons mis au jour une traduction de la correspondance publiée par M. Menzel; la faveur avec laquelle le public a accueilli ces Nouvelles Lettres nous imposait le devoir de continuer un travail dont plusieurs écrivains, justement renommés, ont rendu compte avec indulgence.
M. Sainte-Beuve, dans deux articles insérés au Moniteur {\\ et 19 octobre 1853), a fait ressortir avec autant de justesse que d'habileté tout ce que présente de curieux et de piquant cette correspondance écrite par une princesse allemande, qu'un mariage, dicté par la politique, plaça au milieu de la cour la plus brillante qu'ait jamais eue la France. Les splendeurs de Versailles n'éblouirent point la lille de l'électeur palatin ; elle resta indépendante et sauvage -, elle conserva tout son franc-parler ; elle consigna sans réserve , dans une correspondance des plus actives , ses jugements sur les personnes et les choses otîertes à ses regards; elle entassa des anecdotes qu'il ne faut ni admettre sans réserve, ni rejeter complètement. Ses préventions régarèrent parfois ; sa haine contre M"= de Maintenon, haine exprimée dans un langage et une violence étranges, admettait comme vérité démontrée tout ce que la médisance et même la calomnie pouvaient diriger contre la femme qui avait, aux yeux de la duchesse d'Orléans, le tort impardonnable d'être l'ennemie d'un fils adoré.
M. Barrière, dans le Journal des Débats (février 18o4), et M. Depping, dans Y Athemeum français, ont consacré des articles au volume que nous avons édité.
Aujourd'hui, nous refondons en entier notre travail et nous y joignons les fragments publiés en 1788 par M. de Praun.
Dans ce volume, ainsi que dans les éditions françaises, les extraits empruntés aux lettres de Madame étaient ran^
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gés par chapitres spéciaux, selon qu'ils se rapportaient à telles ou telles personnes, à Louis XIV, par exemple, ou au Régent. Nous avons rétabli l'ordre chronologique et suivi la date des lettres ; cette disposition permet de mieux saisir la suite des événements et l'esprit qui inspire toute cette correspondance.
Nous avons entrepris une traduction nouvelle, en nous attachant à serrer le texte de plus p,rès que ne l'avaient fait nos devanciers. Il ne s'agit pas de chercher chez Madame le mérite d'une dictiun élégante et soignée ; on sait combien son style est négligé, combien elle y mettait peu d'art. Les répétitions, les incorrections reviennent constamment sous sa plume. En voulant donner un peu plus d'élégance à cette diction inculte, les traducteurs précédents ont altéré sa physionomie. Ils la font sans cesse parler de Louis XIV, expression que Madame n'a pas écrite une seule fois ; elle n'appelle jamais ce monarque que le roi, le feu roi, ou notre roi. De longs passages français ont été conservés tels qu'ils se trouvent dans l'édition de 1789, où ils avaient subi une révision grammaticale et orthographique.
Il eût sans doute été désirable d'avoir sous les yeux la correspondance autographe de Madame ; nous n'avons pu y parvenir. D'après des renseignements venus d'une source diplomatique, les lettres originales ont péri dans un incendie. Elles n'auraient pu d'ailleurs être reproduites en entier ; nous avons déjà dit qu'une foule de détails dénués de tout intérêt, de protestations d'amitié et de dévouement, se multipliaient sans cesse sous la plume de Madame ; M. Menzel, ainsi que M. de Praun, ont été obligés d'opérer de larges coupures dans les lettres qu'ils ont eues à leur disposition. Tout reproduire exactement n'eût donné que d'énormes et illisibles volumes. D'ailleui-s la duchesse écrivait le même jour à plusieurs personnes de sa famille ; ce qu'elle racontait à l'une , elle le disait
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aussi à l'autre ; c'était parfois une sorte de circulaire; il suffit de signaler ces reproductions presque littérales; il ne saurait être question de les imiter.
Nous avons fait faire des recherches en diverses villes de l'Allemagne, dans l'espoir d'y rencontrer des lettres échappées à la plume active de la duchesse d'Orléans et demeurées inédites ; ces recherches n'ont point eu les résultats que nous espérions. Nous nous flattions de découvrir quelque chose à Vienne, où les archives de la maison de Lorraine ont dû être transportées; une lettre d'un savant distingué qui habite cette ville nous a pr^'venus que nul débris de la correspondance de Madame ne s'y trouvait.
Nous avons du moins la satisfaction de joindre à notre publication quelques lettres inédites de Madame, provenant des dépôts publics de Paris ou de la collection d'un amateur ; nous donnons, pour la première fois, les lettres à M. et à M"^ de Harling, qui ne se trouvent que dans le volume imprimé en 1792, sous la rubrique de Dantzig, volume qui est devenu peu commun en Allemagne et qui est introuvable en France '.
Dans sa première enfance, la jeune princesse fut confiée aux soins de M"e de Offeln, qui lui inspira une affection aussi sincère que durable. Dès l'âge de neuf ans, elle lui écrivit une lettre que nous plaçons en tête de notre recueil. Avant d'aller en France, la fille de l'électeur adressa encore d'Heidelberg , de Frankenthal et autres lieux de nombreuses lettres à son institutrice.
M'ie de Offeln se maria en 1669 et devint M"* de Harling. Madame, de son côté, se trouva la belle-sœur de Louis XIV, et son commerce épistolaire redoubla d'activité.
' Il a pour titre : Bckentnisse der P rinzessin Elisabeth-Charlotte von Orléans aus ihren originalbriefen, ia-12 (saus nom de libraire ni cl"iiiii>rimeur j. 3 feuillets, et 193 pages. Pour épigraphe ce vers dr Pope: The proper study of Mankind is Man. L'indication de Dantzig est supposée; le volume a été imprimé à Brunswick ou à Hanovre.