ECRITS CONTRE I.E CARDINAL MAZAR1N
Les pamphlets connus sous le nom de Mazartnades inondèrent Paris durant cinq années (1 G 48-1652), et leur nombre est réellement effrayant.
La bibliothèque de l'Arsenal possède plus de 4,000 pièces de re réunies en 289 volumes ; il y en a à la bibliothèque du Louvre 00 volumes, et à la Mazarine, une cinquantaine. Longtemps délaissée et vouée à l'oubli, cette masse d'écrits de tout genre, en vers et en prose, sérieux ou burlesques, a été depuis pen l'objet d'investigations judicieuses et patientes. M. D. Moreau en a publié un catalogue raisonné et complet qui signale 4,192 compositions différentes, et qui forme trois volumes in-8°, mis au jour par la Société de l'Histoire de France '.
M. L. de Laborde, dans ses notes jointes à la description du palais Mazarin, que nous citons volontiers, a fait connaître, par quelques citations hardies, jusqu'où allait l'impertinence des rimeurs de la Fronde; il faut laisser ces témérités, qui effraient le lecteur honnête, dans un volume publié pour un petit nombre d'amateurs et à peine entré dans le commerce.
Notre but est seulement de donner une idée de quelques-uns de ces pamphlets, si peu connus du public.
Un des plus célèbres a pour titre : la Custode de la roync qui dit tout ; cet écrit de 7 pages, odieusement cynique, valut à l'imprimeur Morlot, qui en était peut-être l'auteur, une condamnation à la potence ; mais la populace le délivra au moment où il était conduit au supplice. (Voir les Lettres de Gui-Patin, 21 juillet 1049, et les Registres de V Hotel-de-Yille pendant la Fronde, publiés par M. Leroux de Lincy, t. H, p. 34.)
Nous laisserons de côté ce qu'il n'y a pas moyen de tran-
1 Bibliographie Jeu Mazarinades. Paris, 1830-~>l. M. A vend a rendu compte de ce travail dans un article du Journal des Savants (juillet isr.i, auquel nous empruntons quelques lignes*. M. Moreau a depuis publié un Choix de Mazarinadeê, 1853, 2 vol. in-8°, qui reproduit, quelquefois par extraits seulement, 95 de ces pièces; mais les plus audacieuses, celles que les bibliophiles recherchent le plus, ne figurent point dans ce choix; et, de fait, elles ne peuveut être réimprimées.
scrire, et comme échantillon de cette Custode, nous donnerons
quatre de ses strophes. 11 ne faut s'arrêter à ces mauvais vers
que comme expression des sentiments d'un parti nombreux à
cette époque.
Jules, que j'ayme plus que le roi ni l'Estat, Je te veux tesmoigner ma passion extresrae ; En perdant le royaume, en me perdant moi-mesme, Afin que tu profite en ce noble attentat.
Ville par trop rebelle, écoute mon projet ; Un clieval autrefois perdit la belle Troye, Mais je sens en mon cœur une secrettejoye Que c'est assez d'un asne pour un si grand effet.
Ta hayne a redoublé mon amour à son bruit.
Comme un vent ne sert rien que pour croistre ma flamme,
Tes menaces en rien ne troublent point mon âme
Et tu verras enfin quel en sera le fruit.
Je prépare un exemple à la postérité Digne de ton chastiment d'éternelle mémoire: Paris, je te perdray, car je veux pour ma gloire Qu'on cherche quelque jour où tu auras esté.
M. de Laborde, qui a reproduit en entier cette Mazarinade dans ses notes déjà citées, p. 157, l'attribue au chansonnier Blot, auteur de vers du même genre, conservés dans les recueils manuscrits ; M. Walckenaër (Mémoires sur Mme deSévignc, I, 2)3) la croit de Morlot lui-même, nommé par erreur Marlot, dans les Mémoires de Joly et dans ceux du cardinal de Relz.
Non loin de la Custode, peut se placer la Pure vérité cachée, pièce très-insolente , ordurière et rare , dirigée contre Anne d'Autriche ; M. de Laborde ne s'est hasardé à en citer que deux vers, et nous serons plus timorés que lui. D'autres mazarinades, telles que la Vieille amoureuse, et les Qu'as-tu vu à la Cour? renferment aussi de très-impertinentes accusations contre la reine-mère.
L'Imprécation contre l'engin de Mazarin est une pièce fort originale, écrite avec verve et qui rappelle certain chapitre de Rabelais (1. III, ch. 28 ); nous en donnerons un échantillon en laissant de côté, et pour cause, ce qu'il y a de plus burlesque dans cette série de quolibets :
Engin des plus bouillants et prompts, Engin qui va sans éperon, Engin de nom, engin d'épreuve, Engin à fille, femme et veuve, Engin, le vrai poisson-colas, Engin qu'on ne vit jamais las, Engin, qui toujours peste et gronde, Engin le plus méchant du monde,
Engin, qui nous fait maint embûche,
, qui de tout bois t'ait bùcbi , Engin, qui prend souvent l'essor, Engin, qui luit et n'est pas d'or,
, bâton (Je Polypbême, d, sujet di' maint blasphème, Engin, du roi (l'Ethiopie Engin rond comme une toupie.
Le poète finit par émettre le vœu que cet engin : objet de tant d'épithètes singulières, Boit mutilé, posé sur un tas de fumier, frotté de miel et abandonné aux mouches qui le dévoreront.
Le Carême de Mazarin, ou la Suite des Triolets, 1G51, se distingue également par un luxe inépuisable d'invectives.
Coquin, croquant, croqueur d'andouillcs, Ganache, glorieux, gredin, B..gre, bouffon, bandit, badin.
On peut ensuite citer comme présentant le caractère de l'originalité ou le mérite d'une verve satirique burlesquement effrontée, les pièces suivantes :
Litanies du cardinal Mazarin , 1C52. Cherchez , imaginez toutes les injures qu'on peut adresser à un homme ; elles seront toutes dans ces litanies, et accompagnées de beaucoup d'autres.
Les Larmes de la royne et du cardinal Landriguet. Un des pamphlets les plus impertinents et les plus spirituels qui aient été dirigés contre Anne d'Autriche.
l'laydoyer lie rot-comique pour l'Kminence contre le crcujr ; en vers; le sens positif est fort libre, le sens allégorique fort insolent.
Salve regina de Mazarin et des partisans ; pièce en vers, plaisante, mais peu de respect pour la religion , circonstance rare en IG49.
Catéchisme royal ; pièce indiquée par M. Lebcr (État réel de la presse, p. 102) comme la meilleure des mazarinades historiques et politiques.
Remontrance de François Pommier (pseudonyme) au roi sur le pouvoir et l'autorité que S. M. a sur le temporel de V estât ecclésiastique ; pamphlet remarquable qui excita une vive rancune et qui fut supprimé si exactement qu'on n'en connaît depuis longtemps que deux exemplaires.
Avis burlesque du cheval de Mazarin, l G 4 n ; assez d'esprit et de licence pour en faire, une des plus piquantes des mazarinades.
L'Esprit du feu roi Louis XIII à son fils Louis XIV; l'au-
teur insinue au jeune monarque qu'il ne ferait pas mal d'ordonner l'assassinat de sa mère.
Les Logements de la cour à Saint-Germain ; pamphlet fort impertinent (il est reproduit dans le Choix de Mazarinadcs). La Reine est logée au Saucisson d'Italie, M. de Montbazon à la Corne. La Bouteille cassée attachée avec une fronde au cul de Mazarin.
Lettre de la signora Foutakina; pièce dont il est difficile de transcrire le titre entier.
La Manifestation de l'Antéchrist dans la personne de Mazarin.
Galimathias burlesque sur la vie de Mazarin ; opuscule en vers qui se termine par une épitaphe ordurière.
Le Passeport et l'adieu de Mazarin ; voici un échantillon de cet opuscule :
Les femmes sont encore en vie Qui de vous traiter ont envie Comme Conchino Conchini, Juste rime à Mazarini ;...
Adieu, beau mais méchant cheval, Adieu, peste du carnaval.
Adieu, l'oncle aux Mazari nettes, Adieu, père aux marionnettes, Adieu, timon de ma brouette.
Adieu, ma plaisante chouette.
La Mazarinade est un des plus célèbres pamphlets dirigés
contre le cardinal ; mais il ne mérite pas sa renommée. On n'y
trouve que de la grossièreté sans esprit. L'auteur est inconnu.
On a désigné Scarron ; mais, à diverses reprises, il a désavoué cet
écrit, dont il suffira de transcrire quelques vers :
Fuy les arrêts du parlement, Trousse bagage et vistement ; Que ton Altesse Mazarine Craigne le destin de Conchine ; Va, va-t-en dans Rome estaller Les biens qu'on t'a laissé voiler.
Va, va-t-en, gredin de Calabre, Filocabron ou Filocabre; Va, va-t-en, repasse les monts, Va viste et l'ay rompre les ponts; Car, s'il faut que quelqu'un te suive, Que l'on te demande, Qui vive !
Que tu répondes: Mazarin,
C'est fait de toi, cher Tabarin
Rejeton de feu Conchini, Pour tout dire Mazarini, Ta carcasse des-entraillée Par la canaille tiraillée Ensanglantera le pavé.
NOTES ! I M l URI ISSJ Ml ÏTS. 170
Le Tarif du prix dont <>n est convenu dans une assemblée de notables pour tu eomtx net r cuir <jut d< lui < vont lu France du Mtiziuin, a été signalé comme un exemple de la plus insigne atrocité, eomme peignant très-bien L'acharnement de la Fronde populaire, il noua semble qu'il aat plus Bagede n'y \<>ir qu'une plaisanterie destinée à tourner en ridicule d'odieux arrêtés sérieusement émanés do parlement.
Le ier jum iu.»'j, on voit la chambre des requêtes demander, pour la troisième fois , l'assemblée des chambres, afin d'aviser an moyen de trouver les 150,000 livres pour le prix de la tète de Mazarin, disant qu'il y avait des -'eus prêts a J'anr le eOUf pourvu que la somme lut remise en mains tierces. Voir un opuscule très-rare : Relation de tout es qui s'est passé au parlement depuis Pâques 1(353. M. aforeau (Bibliographie, t. III , p. 40) dit ne pas connaître d'exemplaires du Journal du Parlement où elle ne manque. Il existe a la bibliothèque Sainte- Geneviève, sous la coteL, 606, 72, 3, un volume uniquement composé de pièces relatives a la mise a prix de la tête du cardinal ; la Relation ne s'y trouve pas. Note) cette condition de dépêt de la somme en mains tierces j elle n'était pas très-flatteuse lunule parlement, qui ne laissait pas de la proclamai; lui-même.
Nous signalerons quelques-unes des ré que promet
le tarif dressé par les notables (pièce qui a été réimprimée dans le Choix des Mazarinades, t. II, p. 391 .
« A celui qui , après l'avoir tué, lui coupera la tète et la promènera dans les rues de Paris en signe de paix, 100,0011 écus.
« Au soldat qui, le voyant a la tète de smi bataillou , au lieu de le saluer, lui tirera un coup de mousquet, 50,00Q écus et sera anobli, lui et sa postérité.
« A celui qui l'arquebusera Lorsqu'il sera dans l'église, chose qui ne doit donner aucun remords de conscience, 20,000 écus.
« A l'apothicaire qui, lui donnant un lavement, empoisonnera le canon, 30,000 écus.
« Aux. valets de chambre qui l'étoufferont entre deux coui ttee ou qui, lui faisant la barbe, appuieront fortement le ravoir, 70,000 écus.
« A l'écuyer qui trouvera moyen de déguiser un sauteur ou trottier en auildine et lui causera quelque descente de boyau, en sorte qu'il en devienne inhabile au jeu de Vénus, 10,000 pistoles et une chaîne d'or avec la médaille de la ville de Paris.
« A celui qui mettra une bombe dans la chambre au-dessous de la sienne et la fera heureusement jouer, 6,000 écus.
« Aux cochers et postillons qui le conduiront près d'un précipice et le verseront adroitement, au cas qu'ils lui fassent rompre le col, 15,000 écus; au cas qu'il n'ait qu'un bras cassé, 2,000 ; pour les jambes, 4,000 ; pour les jambes et les bras, 8,000; pour l'épine du dos, 10,000.
« A tous jardiniers et jardinières, bouquetiers et bouquetières qui lui présenteront des bouquets parfumés avec poison , 1,000 écus.
« A toutes femmes et filles qui l'éventeront avec des éventails empoisonnés, ou qui lui fourreront dans le gosier certains busqués de laine ou de velours pour l'étouffer, la somme de 50,000 écus, dont elles seront dotées par le parlement et mariées dans l'an sans que leur âge leur puisse nuire ni préjudicier. »
La Croisade pour la conservation du roi fondée par soixante et dix personnes en janvier 1 650 l signale une association qui faisait dire trois messes par jour et devait ajouter 100,000 livres aux 150,000 votées par le parlement pour récompenser le meurtrier de Mazarin. Cette somme devait être donnée à la veuve et aux héritiers de l'assassin s'il était pris et exécuté; s'il périssait dans son entreprise sans trahir le secret de la croisade, la récompense étaitde 50,000 livres. Les statuts de cette étrange société commencent par invoquer le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; le but est « de chasser du corps de l'État cet esprit immonde du « Mazarin par tous les moyens qu'il se pourra et ne se désister ja • « mais de cette sainte et salutaire entreprise qu'elle ne soit exé- « culée.
On trouve de l'entrain dans le Virelay sur les vertus de sa
faquinance.
11 est de Sicile natif,
11 est toujours prompt à mal faire,
Il est tourbe au superlatif,
11 est lâche, il est mercenaire,
11 n'est qu'à son bien attentif;
Si le nôtre le rend pensif,
Ce n'est que pour nous le soustraire.
Puisqu'il est si vindicatif,
Que son poison est corrosif
Et qu'il a l'âme sanguinaire;
Qu'un diable est son maître instructif
Et qu'il n'est aucun correctif
Contre ce ministre offensif...
1 Réimprimé dans le Chroix de Mazarinades, t. II, p. 552.
NOTES uni MRCISSEMENTS. 481
Ifais ■ l'Ius si rétif
D< i" ur qu'uo bois de chesne ou d'if
N'empêche un bourreau d'être
Ces odieuses pla sur le Bopplice promis an cardinal se
reproduisent souvent. Elles font l'objet «lu Triomphe dufaquinissime cardinal Mazarin, triomphe qui a lieu en place de Grève, sur l'éclu lie du bourreau ; elles défraii al la Catastrophe burlesque sur T enlèvement du roy, avec la représentation du Miroir enchanté, dans lequel on voit la justification de Mazarin en la place </e Grève; cetti pièce est en vers, <t elle est remplie de joyeusetés sur la potence ; L'exécuteur des liantes œuvres mène le cardinal sur la place de Grève, lui passe an cou un collier de chanvre, el le poète se livre à nne gaieté Bini6treen se représentant les dernières convulsions <le l'agonie :
Ivec tant d'heur il le déniche
Que sa luilk- en devient plus i
tin m peu bien penser Qu'en l'air il ne pouvait danser Qu'elle ne fnst dune i oudée A coupa de jai ret allons
Quelques mazarinades présentent des idées politiques dont on retrouverait le -tune dans les icritsde l'époque de la Ligue, mais qui ne devait ni ri ncontrer d'écho qu'à la fin du dix-huitième siècle.
Dans le Point de l'Ovale, par Dubosc Montandré, on remarque une phrase qui, légèremenl corrigée, devinl i éli bre en 1 790 :
l. - grands ne sont grands que parce que nous les portons .-ur « nos épaules; nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher ■ la terre. » C'est Dubosc Montandré qui, devançant ou condamnant son époque, a émis cet axiome : « Kn matière de sou- « lèvement, on n'est coupable qued'avoir trop de modération. » L'emportement de ce pamphlétaire .-'exhale en provocations au carnage. « S'il y a des Mazarins dan.- Paris, Faisons ce que la « justice nous commande, courons leur sus pour nous en défaire, « et, puisque cela ne -e peut ?ans nous soulever, soulevons- » nous promptement, sortons de nos gites, de nos tanières; « quittons nos foyers, faisons voltiger nos vieux drapeaux, bat- « tons nos caisses, alarmons tous les quartiers, tendons nos « chaîne?, unissons nos maux, rétablissons nos lois, renoave- * Ions les harricades, mettons nos épées au vent, tuons, - « geons, brisons, sacrifions à notre juste vengeance tout ce qui h ne se croisera point pour marquer le véritable parti du roy et « de la liberté. »
Et (selon l'expression de M. Avenel) comme s'il était déjà ivre du sang qu'il veut répandre, comme s'il avait atteint le paroxysme de cette fièvre de meurtre, le pamphlétaire répète plusieurs fois ces mêmes paroles et il ajoute : « Faisons car- « nage de l'autre parti sans respecter ni les grands ni les petits, « ni les jeunes, ni les vieux, ni les mâles, ni les femelles, afin « que même il n'en reste pas un seul pour en conserver le nom. » Jamais peut-être la guerre civile, ne s'est exprimée avec un tel cynisme de rage et de cruauté.
Un autre pamphlet, la Franche Marguerite, tient un langage non moins virulent :
« Vive Dieu ! vive le Roy ! point de Mazarin ! point de Ma- « zarins! point de Mazarines! main basse sur toute cette en- « geance! point de quartier! tue, tue, tue! »
Dans ce pamphlet de quinze pages (observe M. Avenel) quatre fois , à intervalles égaux , ces lugubres paroles viennent frapper vos oreilles; vous diriez les coups du tocsin.
L'Avis à la royne d'Angleterre est encore un pamphlet des plus audacieux; l'auteur s'occupe de la condamnation de Charles 1er, et il a des idées fort avancées sur le régicide.
On peut signaler pour sa singularité : Le Roi des Frondeurs, et comme cette dignité est la plus glorieuse de toutes les dignités de la terre.
Cain ayant tué son frère, bâtit une ville qu'il appela Enoch, du nom de son fils; les habitants de cette ville ne se servaient que de la fronde; donc Caïn était le roi de la fronde et le plus ancien roi de la terre, ce qui démontre que le duc de Beaufort est plus grand que David, Alexandre, César, etc.
Parfois se rencontrent des preuves d'une ignorance ridicule ; un auteur propose un nouveau système d'impôts; il appuie ses calculs sur une population de soixante millions d'àmes dont il gratifie la France, et il affirme que Paris renferme (en 1649), six millions d'habitants. Un autre fait de Mécène un conseiller d'Alexandre ; un troisième présente Scipion et Cicéron comme des empereurs romains.
Dans la Remontrance du Parlement contre Mazarin, de graves magistrats reprochent au ministre d'avoir voulu faire mourir de faim, dans la seule ville de Paris, deux millions de personnes.
On peut distinguer, au milieu de bien du fatras, la Satyre sur
wôTÈS ri i ni Urcissemehts. 483
le grand adieu des pièces de Hazarin << la France, la Robe sanglante de Mazarin, le Paranymphe mazarinique, l'Advis d'importance ene/>>/, au Ifaznrtti.
Citons aussi, en leur empruntant quelques îiimes :
La dernière souppe à l'ognon pour Mazarin.
-'. fait, il en lient dans l'aisle, Il à bean bous rairc querellé ; i : leroent a dit holà, Il faut qu'il en paSse par là; l: ni--'. plus pour Iny de traité; Mu tuy. le sort on est je Il lui faut boire cette coupe,
I »pe Qui sentira le goûl d'ogoon,
| ' pour rafraîchir son rognon; Que s'il ne la trouve à son goût,
II est difficile en ragoût.
ii se i ■ le ses ippétits.
Autant les grands <pie les petits Lui souhaitoient ce bon |
Qui ('étouffai de m aie rage.
Ballet donne par le trio mazarinique pour dire adieu a la France.
Les nièces du cardinal jouent dans ce liallet un rôle, fort peu
décent; Mazarin parait sous le déguisement de vendeur d'un
laume dont il expose le mystère :
II e<t compos
Et du -
A ■ c cent dragmes de leurs peines
Et cent onces des larmes vaincs;
J'y mets la rate et les poumons
Des plus cm âgés des démons.
Recueil général de toutes les chansons mazarinislcs, Paris,
ICiO, in-8°.
Voici un échantillon de ces chansons :
Si dans Paris on le tendit
On lui feioit grand
Chacun son corps déchiferoit
Et les autres sa teste :
Le marquis d'Ancre n'eût été
Jamais si bien que lui traité
Tu trouveras tes camarades
Dans ces lieux sombres et ténébreux ;
Comme étant grand joueur de cartes...
Quatre-vingts mulets elnrgés d'or Ont déjà gagné sa province.
Ce méchant veut ruiner encor L'auth'jrite de noire prince.
Maître Guillaume.
Retroussant son chapeau.
Dit : Je veux ce Sodome
Mettre dans le tombeau.
Dedans Venise
Ce malheureux larron
A fait sans nulle remise
Porter dix-huit millions.
Quand il ne voit personne
11 se montre hardy ;
Dans une de ses bottes
Mettera saint Denys, « dit-il, «
flattera la Bastille
A coups d'oignons pourris,
La butte de .Montmartre
Emportera de nuit,
Et tous les diables ensemble
Fera joindre avec lui.
Parmi tant de pamphlets, il n'en est peut-être qu'un seul qui se soit aperçu de ce que les autres ne savaient ou ne voulaient pas voir, quoique la chose fût très-facile à distinguer: c'est que, dans aucun des partis, on ne se souciait de l'intérêt public; voir VAvis, remontrance et requête par huit paysans, Paris, composé par Misère et imprimé en Calamité.
Quelques singularités bibliographiques distinguent certaines mazarinades ; il en est une, sous un titre énigmatiqtie ( Ovide parlant à Tieste), qui se compose uniquement de passages mal ajustés empruntés à Montaigne; une autre, sans qu'on en retranche ni qu'on y ajoute un seul mot, s'applique, pendant la Fronde, au fils de celui auquel elle s'était appliquée du temps de la précédente régence. Un dialogue avait été composé, en 1616, pour célébrer l'emprisonnement à Vincennes de M. le Prince, père du grand Condé. Les interlocuteurs étaient Damon et Sylvie, c'est-à-dire le prince et la régente. En 1650, l'arrestation du général de la Fronde fit que cette plaisanterie surannée put s'appliquer exactement à des circonstances nouvelles.
Une des mazarinades de 1649, l'Agréable conférence de deux paysans de Saint-Ouen et de Montmorency sur les affaires du temps, a été l'objet étrange d'une bonne fortune dont il offre l'exemple unique; il a été réimprimé àTroyes en 17 35, c'est-à-dire quatre-vingt-cinq ans après sa première apparition. IVaudé range ce livret parmi « les plus agréables et ingénieux » de sa classe. Le dialecte patois lui prête du piquant et de la naïveté. En somme, quelques libelles où l'insolence de la pensée et la hardiesse de l'expression arrivent jusqu'au cynisme le plus effronté ; quelques pamphlets où se manifestent toute la fureur de l'esprit de parti, toute l'exaltation de la colère ; quelques produc-
NOTES BT ÉCLAIRCISSEMENTS. S85
tions raisonnables niais d'un st\le lourd, diffus, sans élégance, voilà ce qu'on distingue au milieu d'une foule de pièces tracées par de misérables écrivassiers; des faits curieux, des détails instructifs peuvent cependant être extraits de ces milliers de feuillets livrés a l'oubli.
LES iHOCREUI D'ANUS D'AUTRICHE, page 127.
La fidélité d'Anne d'Autriche à l'égard de son triste époux, la nature de ses relations avec Mazarin, présentent aux yeux d'une curiosité indiscrète des problèmes qu'il est difficile de résoudre. Plusieurs écrivains modernes s'en sont préoccupés. M. Paulin Paris a cité un passage curieux d'un journal manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale) dans lequel le médecin Vallot inscrivait de minutieux détails sur la santé de Louis XIV encore enfant. « Pieu, par une grâce particulière, nous a donné un roi si accompli et si plein de bénédictions, en ce temps où toute la France avait presque perdu toutes les assurances d'une si heureuse succession et lorsque le roi son père, d'heureuse mémoire, commençait à se ressentir d'une faiblesse singulière censée, avant l'âge, par ses longues fatigues et l'opiniâtreté d'une grande maladie qui l'avait réduit en état de ne pouvoir espérer une plus longue vie, ni une plus parfaite guérison, de sorte que l'on avait sujet, durant la grossesse de la reine-mère, d'appréhender que ce royal enfant ne se ressentit de la faiblesse du roi son père, ce qui indubitablement serait arrivé si la bonté du tempérament de la reine et son tempérament héroïque n'avait rectifié L'impression de ces premiers principes. » Ce paragraphe, en shle d'apothicaire, renferme cependant, sous son obscurité. et sous son embarras qui ne résultent pas tant de l'ignorance de l'écrivain qu'1 de la préoccupation du courtisan, le germe d'une révélation historique qui planait, du vivant de Louis XIII, sur le berceau de Louis Dieu-Donné. Vallot, médecin d'Anne d'Autriche, était initié aux détails de la romanesque conception de la reine, qui, grâce a un hasard adroitement ménagé, rencontra son mari au Louvre, un soir du mois de décembre 1G37, et parette nuit-là le lit conjugal où elle n'était pas entrée depuis douce ans; mais le bonhomme Vallot ne se fit aucun scrupule d'attribuer à son vin émétique et à son quinquina la robuste constitution de Louis XIV, qui n'avait rien de la débilité maladive de Louis XIII. Ce monarque fut quatre ans sans donner a
la jeune reine la moindre preuve d'amour conjugal ; en 1629, au rapport du médecin Herouart, il avait fallu que le connétable de Luynes lui fit une sorte de violence pour le décider à quitter son lit solitaire pour entrer dans celui d'Anne d'Autriche. Gramond raconte cet épisode d'une façon intéressante (Hist. Galliœ, 1. ni, p. 214).
Un autre écrivain observe que le père Caussin avait été fait confesseur du roi le 25 mars 1637; il fut renvoyé le 12 décembre de la même année ; il avait parlé au roi fortement le jour de la Conception, 8 décembre, pour se réunir avec la reine avec qui il était brouillé, et, Louis XIV étant né le 16 septembre 1638 (ce qui fait le temps des neuf mois), Louis XIII n'avait pas perdu de temps pour mettre à profit l'instruction de son confesseur. Voilà une époque bien sûre de la naissance de Louis XIV ou plutôt de sa conception qui est due au père Caussin.
« Les amours de la reine et du duc de Buckingham ont fait bien parler dans le dix-huitième siècle ; et de nos jours, il y a peu d'historiographes qui ne soient convaincus de leur réalité. Il est pourtant certain (autant que les événements de cet ordre peuvent l'être) que la reine n'eut à se reprocher aucune étourderie, aucune fausse démarche. De supposer qu'elle ait récompensé les vœux de Buckingham, par cela seul qu'elle aimait à se faire conter les témoignages de la passion qu'elle avait inspirée, c'est prétendre que toute jeune reine est coupable, dès qu'elle ne châtie pas d'une manière exemplaire quiconque a l'insolence de la trouver aimable. Une seule fois , la reine de France se trouva seule avec Buckingham ; mais , dit Tallemant , la reine appela tant de fois, que la dame d'atours, laquelle, gagnée par le galant, faisait la sourde oreille, fut contrainte de venir au secours. » (Paris, Bulletin de la Société de l'Histoire de France, t. I, p. 74; voir aussi une note de ce judicieux et savant critique dans sa nouvelle édition de Tallemant des Beaux, t. II, p. 83.)
M. L. de Laborde (Palais Mazarin, notes, p. 154) parle de la passion de la reine pour Buckingham : « C'était pour ainsi dire chose acquise. » Il cite le témoignage de Betz (t. II , p. 7 4, 1842) et de Tallemant (II, 232). Tout ceci est fort bien résumé dans Y Histoire de France sous Louis XIII, par M. Bazin, t. II, p. 255-257.
Il est d'ailleurs difficile de contester les prétentions de Bichelieu sur le cœur de la jeune reine de France, ses jalousies, ses
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vi'ii-i lanees, ses démarches ridicules, Bes tragédies ampoulées. Tallemant, qui ne laisse pas ici planer de soupçons sur Aime d'Autriche, raconte longuement tuu* les détaile de cette étrange intrigue ; commi ut Richelieu lit porter les premières propositions par M'-' de Fargis , commenl le cardinal de Bérulle était Bon innocent entremetteur; eommenl il soumettait la reine el Bes confidentes les plus intimes à des embarras toujours renaissants ; comment enfin, dans aa comédie héroïque de Minime, il se proposa de flétrir la passion qu'il supposait exister entre Aune d'Autriebe et Buckingham. « On j voit, dit Tallemant, Buckingham plus aimé que lui, et le héros, qui est Buckingham, uattu par le cardinal. Il força la reine de venir voir cette pièce. »
En ee qui concerne les relations de la veuve de Louis XIII a\ec Ma/arin , un trouve dan- la correspondance de ce cardinal, publiée par M. Etavenel, plusieurs passages qui ressemblent fort à l'expression de la passion d'un amant pour sa maîtresse, et deux lettres jusqu'alors inédites, datées du mois de novembre 1G50, et qu'a mises au jour M. ('.henni [Journal de l'instruction publique, octobre 18&4] , montrent, au milieu des soins employés pour envelopper la pensée, des sentiments jaloux.
Ce iiui est non moins significatif, c'est une lettre de Mazarin à la reine, datée de Brûhl (près Cologne) le 1 1 mai 1 051 , et qui a paru , d'après un brouillon autographe, dans le Bulletin que nous venons de citer. En \oici quelques passages :
Mon Dieu .' que je seroys heureux, et vous satisfaict sy vous poviez voyr mon cœur, ou sy je povais vous escrire ee que en est et seulement la moitié1 de* choses que je me suis proposé : vous n'aurii'/ grand'peyne, en ce cas, à tomber d'accord que jamais l'y a eue une amitié approchante a celle que j'ay pour VOUS. Je vous advoue que je ne me l'eusse peu imaginer qu'elle alàt jusques à m'oster toutte sorte de contentement lorsque j 'employé le temps à autre chose que à songer a vous, mays -t, et a un tel point qu'il nie seroyt impossible d'agir en qui iy que ce peut estre, BJ je ne croys d'en devoir user insi pour vostre Ben
« Je voudrois au.—;, vous povoir esprimer la ayne que j'ay contre ces indiscrets qui travaillent Bans relâche pour fayre que vous m'obliés et empêcher que nous ne nous voïons plus ; en un mot, elle est proportioné à l'affection que j'aj pour vous, ils se trompentbien bj espèrent de voir en nous les effets de l'absence.»
M. Walckenaër {Mémoires de Mme de Sévigné, t. II, p. 495) parle d'une lettre conservée à la Bibliothèque impériale, demeurée inédite et écrite par Anne d'Autriche à Mazarin , bien après la Fronde. Ce document , où tout jusqu'à l'adresse est de la main de la reine-mère, donne beaucoup à penser sur la nature de l'ancienne liaison de ces deux hauts personnages.
Un illuminé qui publia, vers 1G50, des écrits remplis d'insolentes sottises, et qui fut trois fois mis en prison, François Davesne , voulut établir, par des exemples tirés de la Bible, que Louis XIV n'était pas fils de Louis XIII ; ce fut dans le chapitre xn de la seconde partie de son Harmonie de l'amour et de la justice de Dieu qu'il soutint cette thèse audacieuse.
Un pamphlet anglais, rare et fort, peu connu en France, annoncé comme traduit de l'allemand par P. Vergerius (nom supposé) a pour titre : The royal cuckold or great bastard, giving an account of the birth and pedigree of Louis le Grand, 1693, in-4°.
Nous avons remarqué dans un ouvrage assez rare en France, Portraits historiques des hommes célèbres du Danemark (par Tycho-Hofman, Copenhague, G tomes in-4°), un passage (t. H, p. 35) qui nous semble avoir échappé aux. auteurs français et qui donnerait à Louis XIV un étranger pour père. Voici ce passage : « Un capucin , nommé Joseph , fit savoir au cardinal de Richelieu que la reine lui avait confessé, entre autres péché?, avoir conçu tant de tendresse pour un officier étranger nommé Rantzau, qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser fort souvent à lui. Le cardinal , capable de tout , trouva moyen par sa nièce, alors dame d'honneur, de faire parler Rantzau seul à la reine. Cet entretien eut un tel effet, qu'à ce qu'on prétend il contribua plus à la naissance de Louis XIV qu'un mariage de vingttrois ans avec le roi. »
On a prétendu aussi que le duc de Montmorency, décapité en IG32, fut épris d'Anne d'Autriche et qu'il fut payé de retour.