‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 116 sur 164 · Blessé à Malplaquet, il avait été amputé de l'autre · texte numérisé non relu

Blessé à Malplaquet, il avait été amputé de l'autre

c'est le maître de poste Wetzel, qui nous joue ce tour. Il aura vu dans mes lettres que je n'approuve pas du tout qu'un gredin de roturier comme lui prétende à des fiefs comtaux. J'avoue qu'il s'est bien vengé de moi, car il m'a causé de grands tourments...

Quand j'ai vu dans vos lettres la façon dont se passent les choses à Heidelberg, j'en ai eu les larmes aux yeux... où l'on laisse régner moins de prêtres, tout va forcément de travers.; il n'y a ni bonheur ni bien à espérer. Mais comment se fait-il que le roi d'Angleterre et le roi de Prusse ne s'occupent pas de l'affaire? Ils devraient le faire de toute façon et par tous les moyens. La fourberie dont on s'est servi pour s'emparer de l'église du Saint-Esprit est un vrai tour de prêtres ; les fourberies je les hais à la mort; elles ne siéent bien qu'à Arlequin, dans la comédie italienne...

Saint-Cloud, le 1"' octobre 1719.

,.. L'augmentation de pension que mon fils m'a accordée m'est venue à point, car on m'avait fort mal traitée à la mort de mon mari. Ce n'avait pas été la faute de mon fils mais bien celle de la vieille ordure. Elle m'avait fait malmener par les gens de mon fils, en leur disant que telle était la volonté du roi. Ce n'était là qu'un mensonge et la preuve est que le roi augmenta ma pension de quarante milles livres dès que je lui fis savoir qu'elle ne me permettait pas de joindre les deux bouts...

Mon fils n'est que trop bon. Le petit duc de Richelieu lui ayant assuré que c'avait été son intention de

tout lui dévoiler, il l'a cru et l'a remis en liberté. Sa maîtresse, j'entends celle du duc, M'" de Charolais, ne lui avait pas laissé de repos qu'il ne le lui ait accordé. C'est quelque chose d'horrible pourtant qu'une princesse du sang déclare ainsi devant l'univers entier qu'elle est amoureuse comme une chatte et cela d'un individu qui n'est pas son égal, qu'elle ne peut épouser et qui ne lui est même pas fidèle, car il a une demi-douzaine d'autres maîtresses. Quand on lui en fait l'observation elle répond: « Bon, il n'a de maîtresses que pour me les sacrifier et pour me conter tout ce qui se passe entre eux... Si je croyais aux sortilèges, je penserais que cet homme a des secrets que les autres ne connaissent pas: il n'y a pas une femme qui lui résiste, toutes lui courent après.,. Il est indiscret et il raconte tout avec détail. 11 a déclaré que si une impératrice, belle comme un ange, était amoureuse de lui et lui accordait ses faveurs à condition qu'il n'en dirait rien, il n'en voudrait pas et ne la verrait de sa vie... C'est un grand poltron, il est vain et impertinent et c'est là Voriflame de la plupart des femmes, elles lui sacrifient tout, leur honneur, leur* bonheur; souvent cela m'impatiente fort...

Ceux qui parlent mal de M. Law et de sa banque le font par jalousie pure. On ne peut rien voir de mieux: il paie les dettes monstrueuses du roi et diminue les impôts, il allège donc les charges qui pèsent sur le peuple. Le prix du bois a diminué de moitié ; tout, l'entrée que paie le vin, la viande et tout ce qu'on apporte à Paris, tout a été diminué. Cela cause une grande joie au populaire, comme bien vous pensez, .,

M. Law est un homme bien poli, un brave homme, je l'ai en haute estime; il me rend aussi des services où il peut. 11 ne vole pas comme tous ceux qui avaient les finances entre leurs mains, les profits qu'il fait sont faits honnêtement au vu et au su de tout le monde.

Le roi étab'it sa ménagerie à la Muette; il y aura dos vaches, des brebis, des poules, des chèvres et des pigeons...

Les pauvres réformés du Palatinat me font pitié vraiment. L'électeur pourrait dire des prêtres de Heidelbergce que le père De la Rue' disait du confesseur du roi : « Le père Le Tellier nous mène si viste quej'ay peur qu'il ne nous verse. »

Saint-Cloud, le 12 octobre 1719.

... Je suis bien en peine de mon cher abbé de St- Albin. Depuis huit jours il a une fièvre atroce... avec de grandes douleurs dans la tête et les reins. Je suis très inquiète de lui, et cela me peinerait au fond de l'àme s'il devait mourir, car, soit dit entre nous, il est après le duc de Chartres, de tous les enfants de mon fils, tant légitimes que de la main gauche, celui que j'aime davantage.

Saint-ClouJ.le 51 octobrj 1710.

... Les rois d'Angleterre et de Prusse ont résolu, h ce qu'on m'écrit, d'intervenir très sérieusement en faveur des réformés: les prêtres de cette façon n'ose-

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