‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 28 sur 164 · Une fille du duc de Scbomberg · texte numérisé non relu

Une fille du duc de Scbomberg

Versailles, le 17 août 1710.

... Je sais que rÉlectrice palatine est de nouveau remise; la reine douairière d'Espagne me l'a écrit. Si elle avait régné pour le bien du pays et qu'elle fût une personne qu'on aurait pu amèrement regretter, elle serait morte pour sûr, mais du moment qu'elle ruine lePalatinat, elle est restée en vie. Notre-Seigneur Dieu sait bien qu'il est le maître, et qu'il dispose de toute cliosecommeill'aarrèté detouteéternité, et non comm e cela nous semblerait bon à nous autres humains...

La marquise de Richelieu peut bien courir le monde seule avec des hommes : elle est ce qu'on appelle ici : honle belle. Son cousin, le prince Eugène, ne se soucie guère d'elle, à ce que je crois; il s'incommode peu des dames : quelques beaux pages feraient mieux son affaire...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, lo 17 août 1710.

... L'apanage du duc de Berry n'est pas encore réglé. Les Enfants de France ne possèdent pas de charges, mais ils ont de grosses pensions pour entretenir leurs maisons; leurs femmes également pour leurs maisons à elles, et ces pensions ne sont pas comptées dans l'apanage. Entre nous soit dit, je préférerais bien être un comte souverain de l'Empire riche et indépendant qu'un enfant^ car dans le fait nous ne sommes autre chose que des esclaves cou-

ronnés. Si je ne vous avais pas dit cela, j'eusse étouffé...

Le cardinal de Bouillon était à Rome le représentant du roi; il ne pouvait donc moins faire que d'exécuter ses ordres, mais faire semblant en public d'exécuter ceux qui avaient trait à l'archevêque de Cambrai et en secret y contrevenir, cela n'est pas permis, et c'est en quelque sorte un affront pour le roi, que son premier aumônier et ambassadeur le traite comme un enfant : il s'est donc fâché à bon droit.

Si en réalité le cardinal avait été un si grand ami de M. de Cambrai, il aurait pu supplier le roi de ne pas lui donner d'ordres contre lui ; mais tromper en toute chose le roi son maître, cela ne pouvait rester impuni...

Marly, le 21 août 1710.

... M. de Vendôme vint me faire ses adieux hier. Il va en Espagne commander l'armée sous le roi. Mais je ne sais comment il s'y prendra : il boite des deux pieds, il peut à peine se tenir, tellement il a la goutte. Sa femme va être bien triste, car elle l'aime beaucoup, dit-on. J'imagine que c'est le compliment qu'il lui a fait lorsqu'il a dû l'épouser qui l'aura charmée. Je le trouve bien gentil. « Mad., lui dit-il, je ne suis pas gallant, je ne vous feres pas de grand compliment, tout ce que je vous dires seuUement, c'est que puisque vous vouliez bien que j'aye l'honneur de vous Espousser, que je ne vous contraindrez jamais en rien, vous serez toujours vostre Maistresse absolue et la

mienne. » Je trouve ce compliment vraiment touchant...

A LA RAUGRAVE LOUISE.

Marly, le 21 août 1710.

... Je suis étonnée que cet ecclésiastique italien ait fait son apparition en soutane, du moment qu'il va en Hollande et en Angleterre, car d'ordinaire ils portent d'autres habits, mettent une cravate et ont l'épée au côté. Puisque ces Italiens ont de grosses têtes, ils pourraient passer pour luthériens plutôt que pour catholiques...

Marly, le 4 septembre 1710.

... A l'avenir je vais être plus économe du baume d'Augsbourg* : deux fioles ont vite disparu, car je ne savais pas la manière de s'en servir, vous aviez oublié de me l'écrire...

Mari}', le " septembre 1710.

... La grande-duchesse- et sa fille ne s'écrivent jamais. La grande-duchesse est paresseuse, elle n'aime pas à écrire et, entre nous soit dit, elle se soucie fort peu de ses enfants. A peine son deuxième fils eut-il passé deux jours ici, qu'elle et lui se sont totalement brouillés. Je ne crois pas môme qu'elle sache que sa fille a eu la petite vérole...

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