OCTAVE, CIDALISE
OCTAVE
Vous voyez, madame, que mes engagements avec Julie ne peuvent tenir contre votre colère, je vais lui mander de ne pas m'attendre ; mais pourrui-je au moins faire ma paix à ce prix, et serez-vous une autre fois moins injuste?
CI DALISE.
Croyez-vous, monsieur, qu'un aussi léger sacrifice puisse détruire des soupçons si bien fondés? que dis-je, des soupçons, des convic-
iir. a»
tions, des aveux! Non, monsieur, mon parti est pris, il faut enfin renoncer à moi ou à Julie : ce n'est (|u'à ce prix que je puis consentir à vous voir; je sens que je ne peux plus vivre dans le trouble et l'agitation; il faut expliquer, en présence de Julie et de moi, tout ce que vous sentez pour l'une et pour l'autre; il faut que celle que vous aimez n'ait plus rien à craindre et qu'un mariage l'unisse à vous. Voyez, Octave, à quoi vous voulez vous résoudre; il faut que demain je sois liée à vous pour jamais ou qu'un couvent me serve d'asile et me garantisse contre les retours de ma tendresse.
OCTAVE
Un couvent! charmante Cidalise, ah! que me dites-vous? Comment pourrai-je consentir à perdre tout ce que j'aime? Non, Cidalise, je ne vous perdrai jamais, je serai demain uni à vous; que Julie s'afflige, se désespère, mon bonheur est tout ce que je vois. Je vivrai donc pour vous et avec vous; le monde entier ne me sera plus de rien, je n'aime que Cidalise, je ne veux qu'elle! Mon transport ne peut s'exprimer; mais vous, Cidalise, le partagez-vous? Ferez-vous votre bonheur de vivre avec moi ?
CIDALISE
Ce que j'entends, est-il bien vrai? N'est-ce point (.'ucore une illusion? Cher Octave, êtes-vous sincère? n'ai-je plus rien à craindre de votre légèreté? Quoi! vous m'aimez uni((uement? Oui, je le crois, vos transports me le persuadent trop bien ; vous m'avez donc toujours aimée? Cette Julie n'était donc qu'une amie ordinaire? Que j'ai été injuste! Me le pardonnez-vous? Je vais bien réparer mes torts aujourd'hui; cette Julie me devient chère, elle vous aime, j'en ferai ma meilleure amie, elle m'aimera par rapport à vous! Je suis aimée d'Octave, rien ne m'inquiète plus, je trouverai tout en lui... Mais voici Léandre; quelle sera sa surprise!
SCKNE V.
CIDALISE, OCTAVI-:, LÉANDUE.
OCTAVE
Venez, cher Léandre, apprendre l'excès de mon bonheur : j'épouse demain Cidalise, elle partage mes transports; je me rends à ce que j'ai toujours senti, il n'y a ({u'elle ([ui puisse me rendn^ heureux. Julie se plaindra v:iini?m;'nt, Cidalise est ruin"<|ue objet de ma tendresse, je veux réparer tous les chagrins que je lui ai causés. Savez-vous quel parti Cidalise voulait prendre, si j'avais différé notre union? Elle se retiiMit dans un couvent; je la perdais sans retour, j'aurais eu moins
de regrets à perdre la vie! Mais le temps presse, il faut que je mette ordre à mes affaires, je vais chez le notaire pour faire dresser le contrat et donner ordre à mes gens d'aller tout préparer dans ma maison de Boulogne, où nous ferons demain la noce.