‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 112 sur 131 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

BÉLISE, HORTENSE, CIDALISE, LÉAxNDRE, DORANTE, DAMON, LA MONTAGNE.

LA MONTAGNE (àCidalise).

Madame, voilà une lettre d'Octave. (Bas à Léandre.) Mon maître m'ordonne d'attendre le notaire ici et de l'emmener chez Julie.

CIDALISE ( après avoir lu la lettre ).

Ah Dieux ! je l'avais bien prévu.

HO RTENSE.

Qu'est-ce, ma chère Cidalise, que vous mande Octave?

CIDALISE

Tenez, lisez sa lettre. (EUe pleure.)

HORTENSE (lisant la lettre).

« Julie est dans un état afifreux, elle ne veut voir personne ce soir; « je ne puis l'abandonner sans cruauté ; elle exige de mon amitié « d'aller avec elle passer deux jours à sa campagne, j'y ai consenti. Je « crois qu'il y a des occasions où il ne faut consulter que sa raison et « son devoir. Je me reprocherais éternellement d'être la cause de la « mort d'une femme qui a pour moi de l'amitié. J'espère, Cidalise, que « vous me plaindrez et m'approuverez, et que vous voudrez bien expli- « quer à toute votre compagnie les raisons qui me font agir, k

Je ne reviens point de mon étonnement. Léandre, que pensez-vous de cela ?

LÉANDRE

, Rassurez-vous, Cidalise , vous en serez quitte pour un retardement de deux jours. Octave a cru devoir cette complaisance à une femme dont il est passionnément aimé, mais elle a bien peu de temps ù jouir

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(le ces avantages; Octave, à son retour, ne songera qu'à terminer une affaire qu'il désire plus que vous; son valet m'a confié qu'il avait ordonné de lui amener le notaire, et vous voyez que ses soins pour Julie ne le distraient pas de ce qui a rapport à votre union. Mais permettez-moi, madame, de vous donner un conseil ; vous êtes prête de Tonner un engagement (|ui durera autant que votre vie : que votre douceur et votre modération dans cette circonstance fassent connaître à Octave à quel point vous l'aimez, et faites-lui le sacrifice de votre dépit et de votre colère.

CIDALISE

J'y consens, et je saurai me vaincre ; mais je sens que la violence (lue je me ferai donnera plus de ressort à mon ressentiment, s'il arrive (|u'Octave me trompe; sa lettre est d'un style qui me donne beaucoup plus sujet de craindre que d'espérer.

LÉANDRE

Non, madame, elle ne doit point vous alarmer, elle est simple et sérieuse, et se ressent de sa situation présente; croyez (|u"il est cent fois plus à plaindre que vous, et en vérité vous le blâmez d'un procédé dont le souvenir vous le fera estimer quelque jour; c'est un trait d'un bien honnête homme de faire taire sa passion pour remplir avec courage le devoir d'un ami. Un tel mari, madame, fera le bonheur de votre vie, et vous n'aurez jamais rien à craindre quand le devoir et Taiiiour seront réunis.

CID ALISE

Mais ils ne le sont pas encore... Ah! voici Damis, le sot ami de Julie.

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