BÉLISE, HORTENSE, CIDALISE, LÉANDRE, DORANTE, DAMON, LA MONTAGNE
LA MOATAGNE.
Octave m'a chargé do remettre cette lettre à Léandre et d"en attendre la réponse. "
CIDALISE
Retirez-vous, La Montagne; Léandre, lisez vite cette lettre, je tremble, et rien ne peut dissiper mes noirs pressentiments.
LÉANDRE lit la lettre.
« J'ai recours à votre amitié, mon cher Léandre , jamais elle ne « m'a été si nécessaire; je suis hors de moi, les tourments que «j'éprouve depuis que je vous ai quitté ne se peuvent exprimer: « représentez-vous Julie expirant dans mes bras, ma voix seule pou- « vant la rappeler à la vie; imaginez-vous tout ce que la passion la « plus vive et la plus tendre peut mettre dans la bouche d'une femme « mourante et désespérée; joignez à cela un désintéressement si par- « fait, qu'elle consentait à mourir plutôt que de vouloir troubler mon « bonheur; il faudrait avoir le cœur d'un tigre pour résister à un « pareil spectacle; après mille incertitudes et mille combats, Thuma- « nité, la reconnaissance, le devoir, ont triomphé; j'ai promis à Julie « de n'être jamais à Cidalise, ni à nulle autre; ses transports ne peu- « vent s'exprimer; et puis, retombant dans des inquiétudes mortelles, « comment, m'a-t-elle dit, pourrai -je compter sur vos serments? «J'ouvez-vous répondre de vous-même? Connaissez mieux le pen- « chant qui vous entraîne à Cidalise; hélas! Je supporterais peut-être « votre union avec elle, si je ne connaissais son empire sur vous; « non-seulement il faudra que je renonce à votre tendresse, mais je « perdrai même votre amitié. J'ai été frappé de ces paroles, elles ont « pénétré mon cœur, j'ai vu avec effroi que Cidalise y régnait absoluce ment, que ce n'était que par des eflbrts et des violences continuelles « que je conservais pour Julie quelque sensibilité; j'ai vu que, « m'unissant à Cidalise, Julie tomberait dans l'oubli qu'elle prévoyait «'si l)ieii et (|u'elle méritait si peu. (JH'' vous dirais-je? Je n'ai pu me
« résoudre à être ingrat et barbare, j'épouse Julie... Mais, Léandre, je « n'épouse pas tant Julie, que je n'adore Cidalise; Cidalise m'aurait fait « oublier Julie et toute la terre, et rien ne peut m'empéclier d'adorer « Cidalise ; c'est la raison et le devoir qui ont décidé du parti que je « prends ; consolez Cidalise, peignez-lui bien que c'est l'excès do mon « amour qui me le fait trahir, que si elle avait eu moins d'empire sur a mon âme, je me serais uni à elle; dites-lui que le titre de son ami, « qu'avec le temps elle ne pourra pas me refuser, peut seul me « ramener à la vie. Les forces me manquent, je pars pour Boulogne; « je ne prévoyais pas que les apprêts destinés à Cidalise servissent à a sa rivale. Si Cidalise a besoin de vous, ne la quittez pas; mais si elle « est environnée de ses autres amis, venez me trouver, vous jugez « combien vous m'êtes nécessaire. »
Quel abus monstrueux de l'esprit et de la vertu !
CIDALISE
Je rougirais de regretter Octave, et de me plaindre. Hortense, ne m'abandonnez pas. (a Béiise.) Madame, vous jugez' bien que j'ai quelque besoin de repos.