‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 97 sur 131 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

On a eu dessein, dans cette comédie, de rendre le caractère d'un homme dans lequel il se trouve beaucoup de contrariété. Sa conduite et ses discours sont pour l'ordinaire si peu d'accord, que l'on se méprend presque à chaque instant dans les jugements que l'on porte de lui ; son àme n'est pas deux heures de suite dans la même assiette, il emploie toute la finesse et la subtilité de son esprit à expliquer et justifier des variations qui n'ont d'autres principes que sa faiblesse. Les sophismes auxquels il a recours donnent souvent un air de fausseté à ce qu'il dit; il n'y a que ceux qui ont une connaissance bien pai'ticulière de lui, qui puissent lui croire de la vérité.

On a choisi, pour le sujet de cette comédie, les circonstances de la vie qui peuvent le mieux faire juger de son caractère; il n'y a pas un mot qui ne soit d'après lui.

La scène de Cidalise et d'Octave est un composé fidèle de ce qui se passe journellement entre lui et madame***; les reproches qu'il fait à Cidalise sur Clitandre rendent une jalousie qu'il a eue, sur laquelle madame de ** lui donna toute la satisfaction qu'il pouvait désirer, mais il ne laisse pas de lui en parler sans cesse, moins par les traces qu'elle a pu laisser dans son àme que pour faire diversion aux inciuiétudes de madame de**, sur ses liaisons avec madame de ***.

La scène de Julie, quelque outrée qu'elle paraisse, n'est point exagérée; la crédulité de madame de ** n'a point d'exemple; ce qu'elh^ dit à Octave, que cela lui rappelle des souvenirs bien doux, est mot pour mot unj phrase d'une de s?s lettres à madame de**.

Le portrait (|u'<)ctav(' fait à L'''andr,' de Cidalise n'est point l'idée

que l'on doit avoir de madame de***. Ce ne sont que des raisons que monsieur se donne ù lui-même d(î son goiît pour elle ; et quoiqu'il prétende n'être amoureux que d'elle , il la sacrifie souvent à madame de**, et les raisons qui l'y déterminent sont rendues trèsexactement dans sa lettre ù Léandre. Enfin le contraste continuel qu'il y a de ses prétendus sentiments à sa conduite, ont paru un sujet assez comique par lui-même pour n'avoir pas besoin d'y ajouter des fictions ni des intrigues, ni des plaisanteries; on a préféré d'être véridique et littéral, à être plus plaisant.

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