CIDALISE, LÉANDRE
CIDALISE.'
L'auriez-vous cru, Léandre, et connaissiez-vous dans Octave les sentiments qu'il me marque aujourd'hui ?
LÉANDRE
rai toujours cru, madame, quMl était vivement touché des agréments de votre figure et de votre esprit, je savais bien que vous étiez nécessaire à son bonheur ; mais j'avoue que je ne croyais pas qu'il pût se déterminer à un engagement véritable ; cet état me paraissait trop contraire à son caractère et au goût qu'il a pour la dissipation.
CIDALISE
Ajoutez : i\ celui que vous lui ci*oyez pour la galanteri^. Je lui ai fait moi-même cette injustice. Non je ne me pardonnerai jamais tout ce que mes bizarreries et mes caprices m'ont fait penser et juger de lui. Je vois avec effroi combien la jalousie nous égare! Octave n'a jamais aimé que moi ! Hélas! il me disait souvent que c'était par manque d'amour pour lui que je ne rendais pasjustice à sa passion: il ne se trompait que dans la cause, c'était l'excès de ma délicatesse qui m'aveuglait. Il m'a dit cent fois que si je l'aimais je serais trop heureuse ; c'est de ce moment que je commence à le devenir; la certitude d'être aimée de lui donne l'essor à tous les sentiments de mon cœur : non, Léandre, on n'a jamais tant aimé que j'aime.
LÉANDRE
Vous m'étonnez, je l'avoue; je vous ai vue, il me semble, dans le doute vous-même de ce que vous pensiez pour Octave, vous m'avez souvent paru décidée à ne le plus voir, et vous m'avez dit bien des fois que vous ne croyiez pas qu'il vous fût impossible de vivre sans lui.
CIDALISE
Hélas ! je le croyais alors; la jalousie étouffait les mouvements de ma tendresse, je me refusais à moi-même l'aveu de ce que je sentais; le dépit, que je prenais pour la raison, me faisait applaudir d'une tranquillité passagère ; mais j'aimais Octave mille fois plus que ma vie, sa présence a toujours été nécessaire à mon bonheur, à mes plaisirs ; mais le voici qui revient.