BÉLISE, HORTENSE, CIDALISE, LÉANDRE, DORANTE, DASIÔN, LA MONTAGNE
LA MONTAGNE (è Cidalise).
Madame, voilà une lettre d'Octave. (Bas à Léandre.) Mon maître m'ordonne d'attendre le notaire ici et de l'emmener chez Julie.
CIDALISE ( apr&8 aroir lu la lettre ).
Ah Dieux I je l'avais bien prévu.
KO RTËNSË.
Qu'est-ce, ma chère Cidalise, que vous mande Octave?
CIDALISE
. Tenez, lisez sa lettre, (sue pleure.)
HORTENSE (lisant la lettre).
« Julie est dans un état affreux, elle ne veut voir personne ce soir; « je ne puis l'abandonner sans cruauté ; elle exige de mon amitié <r d'aller avec elle passer deux jours à sa campagne, j'y ai consenti. Je « crois qu'il y a des occasions où il ne faut consulter que sa raison et a son devoir. Je me reprocherais éternellement d'être la cause de la « mort d'une femme qui a pour moi de Tamitié. J'espère, Cidalise, que « vous me plaindrez et m'approuverez, et que vous voudrez bien expli- « quer à toute votre compagnie les raisons qui me font agir.»
Je ne reviens point de mon étonnement. Léandre, que pensez-vous de cela ?
LÉANDRE
Rassurez-vous, Cidalise , vous en serez quitte pour un retardement de deux jours. Octave a cru devoir cette complaisance à une femme dont il est passionnément aimé, mais elle a bien peu de temps à jouir
de ces avantages; Octave, à son re,tour, ne songera qu'à terminer une affaire quMl désire plus que vous; son valet m'a confié qu'il avait ordonné de lui amener le notaire, et vous voyez que ses soins pour Julie ne le distraient pas de ce qui a rapport à votre union. Mais permettez-moi, madame, de vous donner un conseil ; vous êtes prête de former un engagement qui durera autant que votre vie : que votre douceur et votre modération dans cette circonstance fassent connaître à Octave à quel point vous l'aimez, et faites-lui le sacrifice de votre dépit et àe votre colère.
CIDALISE
J'y consens, et je saurai me vaincre ; mais je sens que la violence que je me ferai donnera plus de ressort à mon ressentiment, s'il arrive qu'Octtive me trompe; sa lettre est d'un style qui me donne beaucoup plus sujet de craindre que d'espérer.
LÉANDRE
Non, madame, elle ne doit point vous alarmer, elle est simple et sérieuse, et se ressent de sa situation présente; croyez qu'il est cent fois plus à plaindre que vous, et en vérité vous le blâmez d'un procédé dont le souvenir vous le fera estimer quelque jpur; c'est un trait d'un bien honnête homme de faire taire sa passion pour remplir avec courage le devoir d'un ami. Un tel mari, madame, fera le bonheur de votre vie, et vous n'aurez jamais rien à craindre quand le devoir et l'amour seront réunis.
CIDALISE
Mais ils ne le sont pas encore... Ah! voici Damis, le sot ami de Julie.