‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 6 sur 134 · LETTRE DXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE DXXXVII

I>E MADAME DU DEFFAND A L*ABBÉ BARTHÉLÉMY

Ce 8 octobre 1T73.

Bon Dieu! qu'il est facile d'écrire quand on est bien aise, qu*on a le cœur content, qu'on nage dans la joie et dans le bonheur, qu'on habite le pays de Papimanie ; mais qu'on est stérile, qu'on est aride quand on est dans celui de Papeûgue où l'on ne dort point, où l'on n'a que des regrets, des désirs impuissants! Ah ! que j'en dirais long si je voulais pemdre tout ce qui se passe en moi ! 11 suffit que toutes mes affections soient et ne peuvent être ailleurs qu'à Chanteloup : le grand-papa, la grand'maman, et vous, grand abbé, êtes les objets de comparaison qui me dégoûtent de tout ce qui m'environne. Notre ambassadeur, qui me divertit parfois, m'est enlevé par la princesse *, qui, comme vous savez, ne s'accommode point de partage. Réellement, depuis votre départ je suis tout ahurie, toute désorientée. Vous m'avez vue désirer le retour d'un certain général Coke? eh bien! il est revenu et il m'est insupportable. Je trouve que personne n'a le sens commun, que personne ne vaut la peine qu'on lui parle. Ce n'est pas que je prétende valoir mieux que ceux que je dédaigne, car je me trouve encore plus bête qu'eux. Mais laissons tout cela et venons à vous. Vous voilà donc à côté de la grand'maman, auprès de la petite sainte. Que je voudrais y être aussi! la garderez-vous longtemps? les eaux lui ont-elles fait du bien? Je suis ravie que vous ayez trouvé la grand'maman en si bon état. Je me sens un renouvellement, une augmentation de tendresse pour elle; quand on l'aime, quand on en est aimé, ne doit-on pas trouver tout le reste plus froid, faux, insipide, insupportable?

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