‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 8 sur 134 · LETTRE DXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE DXXXVIII

DE MADAME DU DEFFAND A L*ABBÉ BARTUÉLEMV

Ce 15 octobre 1773.

L'abbé, je vous écris sans avoir la plus petite chose à vous dire; je nage dans le néant, l'ennui n'en est-il pas l'emblème? Tout le monde part ou est parti, il ne me reste positivement plus personne. Je n'ai plus de ressource que le souvenir de mes amis; s'ils me manquent, que deviendrai-je ? La grand*maman est tout à la petite sainte; j'ai beau trouver qu'elle a raison, cela ne me délivre pas de la jalousie. Je ne veux* cependant point être injuste; qu'elle aime sa petite sainte, elle a raison, elle le mérite, mais sa pauvre petite-fille, la doit-elle délaisser? Non, l'abbé, vous ne le souffrh*ez pas. Je sais qu'il est diflicile et même pénible d'écrire quand on n'a rien, à dire, mais vous , l'abbé, vous n'avez qu'à laisser aller votre^

n CORRESPONDANCE

plume, et vous ferez des lettres de quatre pages sans vous en apercevoir; moins elles vous auront coûté, plus elles seront charmantes.

Que je plains ce pauvre Bellegarde ! vingt ans de prison ; ridée seule m'en rendrait folle. Que les hommes sont cruels et méchants! Ah ! mon dieu, mon Dieu, l'abbé, que vous êtes heureux d'être à Chanteloup! Les Beauvau sont à Fontainebleau; madame de Mirepoix y va dimanche. Pont-de-Veyle est à Pontchartrain. Ma nouvelle amie, madame Hubert, part incessamment pour Genève ; je n'ai ni diplomatiques, ni évêques, je suis à la demoiselle Sanadon pour toute conversation. Ah! mon Dieu, que je m'ennuie !

Adieu, l'abbé.

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