FRANÇAISE
à lui seul le chapitre relatif à l'Opéra. Le critique V développe presque toujours l'opinion de Voltaire sur ce poète ingénieux et naturel; mais il la développe avec art. Comme il veut louer, il a soin d'écarter les fadeurs qu'il pourrait trouver en grand nombre, et rassemble très-bien les morceaux d'élite. En terminant ce chapitre agréable à lire, il apprécie en peu de pages les opéras de Fontenelle, ouvrages dépourvus de talent poétique, mais qui jouirent d'une réputation qu'ils ont depuis très-justement perdue.
Si, à l'égard de Quinault,La Harpe s'est montré complaisant, en récompense il est très-sévère à l'égard de J. B. Rousseau. Ce n'est pas qu'il méconnaisse les grandes beautés que ce poète illustre a semées dans ses Odes et dans ses Cantates ; mais il multiplie les critiques de détail; et ce chapitre avait excité de vives réclamations , même lorsqu'il n'était encore qu'un article de journal. En le lisant néanmoins d'un œil attentif, on sent que, pour le fond des choses , La Harpe a trop souvent raison. Il n'en est pas de même pour la forme; et l'on peut surtout hii reprocher de s'être arrêté avec affectation sur les É pitres et les Allégories: ouvrages pénibles, bizarres, dès long-tems repoussés par les connaisseurs, et, sous plus d'un point de vue, trop peu dignes d'un poète du premier r)rdre, pour mériter un examen détaillé.
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Dans le chapitre sur Roileau, La Harpe ne partage pas les préventions que Fontenelle et beaucoup d'autres étaient parvenus à répandre contre le Maître en l'art d'écrire ; il réfute même trèsvivement un écrivain pseudonyme , qui prétendit les renouveler, lorsque l'Académie de Nîmes couronna y Éloge de Boileau, composé par M. Daunou. Il rend justice à cet éloge, qui, dès-lors trèsestimable et maintenant perfectionné , forme le discours préliminaire de la dernière édition des OEuvres de Roileau; mais, si La Harpe reproduit les opinions du panégyriste, il est bien loin de l'égaler, soit pour le choix et la distribution des idées , soit pour la concision , l'harmonie et les belles formes du style. Le chapitre sur La Fontaine doime lieu à une observation du même genre. Les détails en sont de bon goût; mais on les voudrait plus piquans ; on y trouve rarement des défauts, mais les beautés n'y sont pas moins rares ; et le lecteur se rappelle sans cesse un Eloge ; de La Fontaine, où Champfort a mieux exprimé des pensées plus ingénieuses , et rassemblé plus d'idées en moins d'espace.
Vergier, conteur faible, et Sénecé, qui eut un peu plus de talent , fournissent quelques pages au critique. Enfin , dans le chapitre sur X Idylle et sur la Poésie légère , on distingue les articles qui concernent Segrais, madame Deshonlières et Chau-
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lieu. I.à se termine le premier livre où la Poésie tient à elle seule trois volumes assez considérables. Un seul volume renferme le second livre, et suffit à tous les genres d'écrire en prose. Quoique la prose ait en effet moins fortement contribué que la poésie a la gloire littéraire du dix-septième siècle, l'énorme différence que Fauteur semble y reconnaître est exagérée. Il a plutôt suivi son pencbant qu'il n'a songé à établir une proportion convenable entre les diverses matières distribuées dans son ouvrage. Quatre chapitres forment le .second livre. L'art oratoire , que La Harpe appelle toujours X Éloquence, se présente en première ligne après la Poésie. En appréciant tour à tour Pélisson, P>ossuet, Fléchier, Massillon, l'auteur, selon son habitude, transcrit de fort beaux morceaux. Il y ajoute de saines réflexions; mais combien , dans V Essai sur les Éloges , ces mêmes articles sont-ils plus courts, plus brillans et plus instructifs! Le chapitre de l'Histoire est d'une stérilité affligeante. Rien de plus nul que l'article sur Mézeray, si ce n'est pourtant l'article sur Vertot. Saint-Kéal, qui porta plus d'une fois le roman dans l'Histoire, amène du moins quelques observations judicieuses. Bossuet, comme historien, n'obtient de Fauteur (ju'une demi-page. L'article de Fleuri est beaucoup moins écourlé, sans être beaucoup meilleur. Le cardinal de Retz tient ici
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plus d'espace qu'eux tous : ses Mémoires y sont vantés à très -juste titre; mais on s'étonne qu'un livre aussi amusant n'ait pu inspirer qu'une aussi triste analyse.
Dans le chapitre de la Philosophie ^ ce qu'il y a de plus faible est la section de Métaphysique. L'article de Descartes est insignifiant: il paraît fait d'après les notes d'un éloge célèbre de ce philosophe, et non d'après la lecture de ses ouvrages. L'article de Mallebranche n'est rien du tout; car Thomas n'avait pas fait ïéloge de Mallebranche. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que Pascal, qui, certes, méritait un examen prolongé, n'est pour ainsi dire qu'entrevu. Après avoir lu ce qui le concerne, on cherche l'article de Pascal. Celui de Bayle est plus soigné, quoique bien superficiel encore. 1j' Analyse du Traité de Fénélon sur l'existence de Dieu laisse peu de choses à désirer. L'on trouve dans la section de Morale des observations fort sensées sur le Télémaque , et sur quelques autres ouvrages de ce même Fénélon; sur les Caractères de La Bruyère ^ et sur le livre où La Rochefoucauld a peut-être calomnié la nature humaine. L'article de Saint-Évremont prouve que l'auteur avait lu d'un œil attentif cet écrivain, qu'on ne lit plus guère. La Littérature mêlée occupe le dernier chapitre, où les romans de madame de La Fayette et les ouvrages d'Hamilton
sont appréciés avec justesse. En parlant de madame de Sévif^né, l'auteur cherche phis l'effet qu'il ne le trouve. Il n'y a rien sur madame de Maintenon, dont les Lettres élégantes et curieuses ne méritaient pas cet oubli.