‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 5)Chapitre 70 sur 73 · ENCORE · texte numérisé non relu

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du moins, de pareilles cessions n'anraienl pas de graves inconvéniens; si, de plus, elles n'excèdent pas le pouvoir du Directoire exécutif. Passant ensuite à des considérations plus importantes, on pourra s'enquérir si la distribution des honneurs publics peut jamais regarder, en quoi que ce soit, le citoyen Panckoucke , considéré comme libraire, comme éditeur , comme entrepreneur , comme traducteur, ou même, s'il le veut absolument, comme Puissance alliée de la France. On affirmera que le Directoire exécutif lui-même ne peut décerner les honneurs publics; et que cette attribution solennelle appartient exclusivement au Corps législatif. Enfin, les républicains sévères ajouteront que des honneurs publics de cette nature, décernés à des hommes vivans, ne conviennent pas trop dans une République où, par un article formel, (l'article 368), la constitution interdit « toute marque distinctive qui rappelle des fonctions antérieurement exercées, ou des services rendus, j) Sur tout cela, je ferai observer au citoyen Panckoucke que, s'il a suivi « ouverte- j ment les drapeaux du royalisme » , selon ses in- i génieuses expressions , il a fini pourtant par ^ adopter la constitution de l'an III, et par « reconnaître la république française franchement et sincèrement ». Il a fait sa paix avec elle, à l'exem-

LE CHOYE>^ PANCROUCRE. 4(i()

[)lc ilu roi d'Espai^iio, du roi de Prusse et du roi de Sardaigue ; mais d avouera du moins que ses augustes confrères ne lui ont pas donné celui de violer la constitution française.

Le citoyen Panckoucke me répondra victorieusement, je le sais, qu'il a négligé de la lire; que, lorsqu'on est membre du jury d'instruction, éditeur de V Encjclopéclie riiétho clique, propriétaire de la Clef du cabinet des souverains, libraire, entrepreneur, auteur ou collaborateur d'une traduction du Tasse , d'une traduction de l'Arioste , et, qui plus est, d'une traduction du Richardet, a qui s'imprime à Paris, chezPlassan »; tourmenté, d'ailleurs, « de grandes pensées», occupé de deux ou trois ponts, d'une vingtaine de statues et d'un péage de trente ans , on n'a pas le temps d'examiner ces petites questions politiques. Elles intéressent, il est vrai, la constitution , les droits du Peuple et ceux du Corps législatif, la liberté publique et peut-être aussi le sens commun; mais il est impossible de songer à tout. Je sens bien encore qu'en sa qualité de traducteur de l'Arioste le citoyen Panckoucke a cru pouvoir lui emprunter son bippogriffe, et voyager un peu dans les nues: quoi qu'il en soit, il faut finir par en descendre; et le public en tombe 'a. la lecture de ces Lettres plus que singidières.

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