LX VI
Au
Sire, Vostre Majesté ne trouvera (s’yl luy plaist) mauvais si, estans venuz en ce lieu pour recevoir vos commandemcns et adviser des moyens propres et convenables pour effectuer une bonne et scure pacification et oster les semences de troubles et divisions , nous la suplions très humblement de vouloir commander à ung nommé Foissy 1 de ne mettre le feu dedans les maisons de monsieur d'Esternay 2 et en faire des brandons de la paix (comme l'on dict qu’il s'en vante), après s'estre mis dedans les avoir pillées et saccagées, et pour ung si mauvais et barbare effect y avoir faict assembler fagotz, pailles, souffre et pouldre à canon dedans les chambres; n'estant raisonnable, Sire, que ledict Foissy, au mespris de vos sauvegardes et de
1. Il parait que, malgré cette réclamation, les instincts pillards de ce \ 1 . de Foissy ne furent pas réprimés. Car le cardinal de ChAtillon les signala encore au Roi le 4 avril. (Voy. lettre LXIX) et le prince de Condé le 24 avril (duc d’Aumale, Histoire des princes de Coudé , II, p. 3 19.) Foissy envoya au roi Charles IX. le 20 août suivant, une justification que M. Bourquelot a imprimée sous le numéro IX de l’appendice aux Mémoires de Claude Haton, par lui publiés dans la Collection des documents inéd ts.
2. Antoine Raguicr, seigneur d’Esternav; il fut l’un des députés du parti protestant au colloque de Poissv, avait pour beau-frère François de Béthune, baron de Rosny, père du grand Sully, et mourut en 1 56 q. (Note de M. Bourquelot, p. 10 de son édition de Cl. Haton.)
Monseigneur vostre frère \ des defTenses qui cy-devant luy ont esté faictes et mesmes de la suspension d'armes qu'il a pieu à Vostre Magesté acorder, entreprenne de faire ung tel tort à ung gentilhomme d'honneur et si bien conneu comme est ledict sieur d'Esternay; nous asseurans aussy tant de vostre bonté, Sire, que de telz actes desplaisent à Vostre Magesté, nous sommes avancez de vous faire ceste requête ; sur ce suplians Nostre Seigneur vous vouloir conserver, Sire, en très parfaicte santé avec accroissement de toute grandeur et continuelle prospérité.
De Longjumeau, ce xxv e mars i568.
Vos très humbles et très obéissans subgects et serviteurs,
Le cardinal de Chastillon,
La Rochefoucault \
Bouciiavennes 3 .
( Signatures autographes.)
[Original], B. N., /. français , 6611, fa 76.
Au ^ 0 /.
Sire, Vostre Magesté pourra entendre du sieur de Combault* présent porteur comme ce qui concerne le faict de la
1. Henri, duc d’Anjou, alors lieutenant-général du royaume, qui succéda en 1574 à Charles IX sur le trône de France.
2. François III, comte de la Rochefoucauld et de Roucy, prince de Marsillac, se signala à la défense de Metz (i 552) et à la bataille de Saint- Quentin (i557) où il fut fait prisonnier, combattit dans les rangs protestants à Dreux (i562), Saint-Denis (1567), la Roche-Abeille et Moncontour (1569), et fut l’une des victimes de la Saint-Barthélemy. Il avait épousé en secondes noces Charlotte de Roye, belle-sœur du prince Louis de Condé. (P. Anselme, IV, p. 427.)
3 . Antoine de Bayencourt, sieur de Bouchavannes, picard, lieutenant de la compagnie des ordonnances que commandait le prince de Condé.
4. Gilbert de Combault, plus tard gouverneur et bailli de Montpensier et d’Aiguepcrse. (La Chesnaye-Desbois, VI, col. 73.)
pacification de vostre royaume a esté présentement conclu et arresté avec monsieur le duc de Montmorency et ses collègues, ayans de nostre part suivy le commandement et volunté de Vostre Magesté qu’ilz nous ont faict entendre, comme ceulx qui n’ont autre désir que de veoir vostre royaume délivré de si lamentables misères et afflictions, ensemble de vous rendre partout l’obéissance, fidélité et subgection qui vous est deue, et employer entièrement biens et vies pour vostre service.
Au demeurant, Sire, parce que ledict sieur de Montmorency nous a faict entendre qu’il estoit besoing d’avoir quelques seuretez pour tous ceulx qui seront envoyés pour aporter les deniers de vos receptez générales et pour ceux qui les conduiront à ce qu'ils puissent estre amenez en toute seureté, nous n’avons failly de députher incontinent en diligence vers monsieur le prince de Condé afin qu’il les envoyé, et par mesme moyen l'avons adverty de pourveoir à faire de touz costez cesser les démolitions de temples et transportz et venditions de cloches que aucuns entreprennent de faire, en quoy il ne fauldra incontinent de faire exécuter l’intention et commandement de Vostre Magesté, laquelle nous suplions Nostre Seigneur, Sire, vouloir conserver en très parfaicte santé avec accroissement de grandeur et continuelle prospérité.
De Longjumeau, ce xxv mc mars i568.
V os très humbles et très obéissans subgectz et serviteurs,
Le cardinal de Chastillon,
La Rociiefoucault,
Boucha vennes.
( Signatures autographes.)
[Original], B. N.,/, français , 6611, fo 84.
A la %oyne .
Madame, nous avons receu la lettre qu’il a pieu à Vostre Magesté nous escrire, suivant laquelle nous n’avons failly de dépescher deux courriers l’ung après l’autre pour hâter la finale résolution que nous attendons du duc Jehan-Casimir 4 et de ses colonnelz afin que cela ne puisse plus longuement arrester l’exécution de notre négotiation, n’ayans autre désir que de veoir ce royaume délivré de si lamentables afflictions et calamitez, et vostre volunté et intention au plus tost suivie et exécutée; en quoy et partout ailleurs vous cognoistrez tousjours, Madame, que nous procéderons avec toute syncérité et bonne affection. Au reste, Madame, vous pourrez entendre par le sieur de Combault, présent porteur, comme nous avons maintenant arresté et conclu le faict de la pacification avec Messieurs les députez de la part de Sa Magesté, aians suivi sa volunté et commandement selon ce qu’ils nous l’ont faict entendre; de quoy nous sommes asseurés que Vostre Magesté demeura satisfaicte, laquelle nous suplions Nostre Seigneur vouloir conserver, Madame , en très parfaicte santé avec tout heur et continuelle prospérité.
De Longjumeau, ce xxv e mars i568.
Vos très humbles et très obéissans subgectz et serviteurs,
Le cardinal de Chastillon,
La Rochefoucaut,
Bouciiavennes.
(Signatures autographes.)
[Original], B. N.,/, français , 6611, fr 80.
i. Jean-Casimir de Bavière, fils de l’Electeur palatin Frédéric III. Il avait conduit en France les auxiliaires levés outre-Rhin par les émissaires du prince de Condé à la fin de \5(r.
LXIX 1 Au ‘Roy.
Sire, pour mieulx haster le renvoy du duc Casimir et de ses troupes, je n'ay failli suivant ce que j'avois asseuré à monsieur de Montmorency et ses collègues de me rendre en ung jour et demy de Longjumeau en ceste ville où j'av trouvé monsieur le prince de Condé arrivé et ceulx qui sont encores demeuréz avec luy, lesquelz ont receu un très grand aise des bons propos et asseurances qu'il pleut à Vostre Magesté me donner dernièrement aux Chartreux 2 et de la grande démonstration de la bonne volunté que vous avez à l’entretenement de la paix et de voz édictz et à la réunion des cueurs de vos subjectz. Mais d'aultre costé, je les voy grandement travailléz à cause de tant d'effetz qui se voyent au contraire, encores qu’ilz jugent bien qu’ilz sont esloignéz de vostre bonté et faictz contre vostre intention; et entre autres choses ils ont tenu ces jours nouvelles de plusieurs se retirans de ceste compagnie en leurs maisons soubz l’auctorité de vostre édict et suyvant vostre commandement, lesquelz, pensans estre en seureté, ont été assailliz, dévalizés et maçsacréz par les chemins et raesmes naguères en Touraine et en Poictou. Ils ont sceu aussy comme Foissy, contre la défense que luy aviez faicte de bouche à sa personne et Monseigneur votre frère semblablement, et contre la suspension d'armes du xxim c du passé, en laquelle Champaigne et Brie et plusieurs autres provinces estoient comprises, et aussy au mespris de vostre édict de pacification, le troisiesme jour
1. Presque intégralement imprimée par M. Delaborde. (Op. cit. y III, p. 4, 8 et 9.)
2. Odet de Coligny fait ici allusion aux négociations infructueuses qu’il avait entamées avec les plénipotentiaires catholiques à la fin de I56;. 11 avait eu notamment une entrevue avec la Reine-mère dans un couvent de Chartreux, situé entre le château de Vinccnnes et les barrières de Paris. Cf. le Cardinal de Châtillon , opuscule déjà cité.
après qu’il avoit esté publié, a bruslé deux des maisons de monsieur d’Esterney nommé Soligny 1 et Villeneuve- aux - Riches-Hommes 1 , et celles de trois gentilshommes qui estoient avec luy nomméz Trancaut, d’Aulbry et du Chamoy, et oultre ne se contentant d’avoir sept ou huit jours auparavant (contre la deffense qu'il avoit aussy pieu à Vostre Magesté luy faire) bruslé une autre de ses maisons nommée La Mothe, il y veult maintenant rentrer et l’assiège pour achever ce qui y pourroit rester à brusler et menasse d’aller assaillir Esterney 3 où est sa femme et ses enfans ou pour le moins d’en brusler la basse court; lesquelz actes, tout ainsi qu’ilz ne doubtent point qu’ilz ne soient desplaisans à Vostre Majesté, estans faietz au mespris de son auctorité et pour violer la paix publique, aussy ilz suplient très humblement Vostre Magesté d'en vouloir faire justice et attendent tous par là de cognoistre ce qu'ilz en peuvent espérer à l’advenir.
Au demeurant, Sire, il estoit bien requis pour le bien de voz affaires et de vostre service suivant la résolution que je pris avec ledict sieur de Montmorency et ses collègues de me haster de venir par deçà, ayant esté maintenant descouvert que par longueurs et artifices les reistres ne tendoient qu'à gaigner temps, ce qu’ilz sçavoient tellement couvrir que sans ce voyage, il n’y eust eu ordre de les faire partir de plus de quinze jours. Ceulx qui vinrent dernièrement à Longjumeau estoient dépeschéz exprèz pour aporter les originaulx des capitulations et les cédules du hcnryguell 4 et n’avoient autre charge. Si est-ce qu’ilz forgèrent une instruction sur quelques autres pointz qui n’estoient si nécessaires pour prolonger, dénians avoir lesdictes capitulations et cédules et faisans entendre que ilz avoient
1. Soligny-les-ElangSj canton et arrondissement de Nogent-sur-Seine (Aube).
2. Villeneuve-anx-Riches-Hommes , canton et arrondissement de Nogent-sur-Seine (Aube).
3. Estemay , chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Épernay (Marne).
4. Ce mot, passé par M. Dclaborde (loc. cit. suprà), signifie paye militaire en langue allemande ( hcer , armée ; geld , argent).
laissé monsieur le prince empesché à vérifier lesdictes cédules, lesquelles au contraire il croyoit nous avoir esté aportées. Aujourdhuy, monsieur le duc Casimir lequel avoit esté mandé à Pâté 1 aussytost que je fuz venu est arrivé, et avons commencé ceste après-disnée avec le sieur de Verdun* à esclarcir plusieurs faictz qui avanceront tellement ledict renvoy que j'espère que ce sera bientost faict, ayans bien délibéré de ne faire autre chose jusques à ce que nous y ayons mis une bonne fin.
Les gens de pied de Guyenne, Daulphiné, Languedoc et Provence n’attendent aultre chose que les commissions et commissaires envoyez par Vostre Magesté pour se retirer chacun en leurs maisons.
Sire, je suplie Nostre Seigneur vouloir conserver Vostre Magesté en très parfaicte santé avec accroissement de grandeur et prospérité continuelle.
D'Orléans, ce 1111 e d'avril i 568 .
(man. propr.) Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,
Le cardinal de Ciiastillon.
[OriginalJ, B. N., manuscrits, Cinq-Cents de Colbert, vol. 24, fo 146.
A la %pyne.
Madame, Vostre Magesté pourra entendre par la lettre que j'escry au Roy combien ceste compagnie réputé à grand heur et honneur les propos et asseurances qu'il pleut dernièrement à Voz Magestez me tenir aux Chartreux et la démonstration de la bonne affection que vous avez à l’entretenement de la paix, à l'observation de l’édict, et à la réunion des voluntez de tous
1. Patay , chcf-licu de canton de l'arrondissement d’Orléans (Loiret).
2. Intendant des finances du Roi. (Vov. une lettre de Charles IX. B. N., ( inq-Cents de Colbert , 24. fr 145.)
les subjectz de Voz Majestez, ensemble le besoing qui estoit pour le bien de vos affaires et service que ceste négotiation des reistres se fist pardeçà pour obvier aux retardemens, longueurs et difficultez qu’ilz sçavent mettre en avant pour gaigner temps, en quoy il n'y a personne icy qui n’ayt ung singulier désir de procéder syncèrement selon l'intention du Roy et fere paroistre la fidélité qu'ils luy doivent et l'obéissance qu'ilz sont tenuz de luy rendre avec une bonne et droicte intention. Au reste, Madame, il vous plaira faire dépescher commissions et commissaires pour faire retirer les gens de pied qui sont par deçà, en Guyenne, Languedoc, Provence et Daulphiné, lorsqu’il depuys quatre ou cinq jours n’attendent plus autre chose pour partir. Madame, je suplie Nostre Seigneur vous vouloir conserver et tenir en sa très saincte protection et en très parfaicte santé et prospérité.
D'Orléans, ce v e d'avril i568.
(man. propr.) Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,
Le cardinal de Chastillon.
[Original], B. N.. Cinq-Cents de Colbert , 24, fo 147.
Lxxr
Au ‘Prieur de mon abbaye de Sainct-Penoist.
Prieur, je vous envoyé encore ce gentilhomme des rayens présent porteur pour ayder à vous conserver. A ceste cause vous ferez ce qu'il vous dira et conseillera pour votre conservation. Priant à tant le Créateur vous donner, prieur, sa sainte et digne grâce.
D’Orléans, ce vni° jour d'avril i568.
Vous direz aussi à tous ceulx de la ville que je veulx et en-