DE LA LETTRE LXIX
SÈJOUm A BABA. M VIM DBS TUBCNI
octobre 1830.
Voila trois jours passés dans l'attente et les alarmes. Je rôde sans cesse le long de la côte, cherchant à découvrir quelque voile d'Europe; mes regards^ se tournent tantôt vers le golfe d'Adramitty , tantôt vers Chio, tantôt vers Ténédos; j'interroge tous les points de l'horizon , tous les bateaux qui arrivent ou qui passent, et personne ne m'apprend rien. Je ne sais si vous êtes encore en mer, ou si vous avez trouvé quelque abri dans les parages voisins; Assos
aurait pu vous offrir son port comme un refuge^ mais votre capitaine génois n'en sait rien sansdoute^ et ne connaît probablement d'autre refuge que la
vaste mer.
Il me prend quelquefois envie de m'en aller avec un caïque pour vous chercher sur les mers, et de voguer ainsi comme Télémaque de rivage en rivage, cherchant un autre Ulysse, jouet des vents et du destin; mais sur quels bords les dieux vous ont-ils jetés? qu'ont-ils fait de votre navire, les vents orageux qui vous ont emporté loin du cap? Ainsi ma pensée est errante et triste comme mes yeux sur cette mer solitaire; du haut du rocher où je passe des journées entières, j'écouteet je suis de l'œil chaque vague qui vient se briser sur la rive, comme si les vagues pouvaient me parler de vous et m'apporter de vos nouvelles.
Notre séparation soudaine a beaucoup occupé et occupe encore aujourd'hui les bons Musulmans de Baba; ils me disent que mon père reviendra, car c'est ainsi qu'ils vous appellent; ils s'informent de votre navire auprès de tous les caïqbes qui viennent mouiller ici, et quand la brise semble devenir propice pour vous ramener à Baba, ils sont contens et me répètent que bientôt je vous reverrai. Le brave Mustapha qui vous a plusieurs fois reçu dans sa boutique, me comble de politesses et de bontés; j'ai chaque jour ma place autour de son pilau ; il m'encourage et me console, il s'al triste et
il espère arec moi; le soir^ il m'apporte lui-même <lans le café ou je svâSy un- tapis et im coussin pour que je ne coùdie point dans la poussière. O tou** chante humanité ! ce Musulman que j'ai tu uir jour^ que je quitterai bientôt pour ne le revoir jamais^ me traite comme un ami ou comme quel* qu'un de qui il aurait beaucoup à attendre ! Ici ^ que TOUS ayez de la pourpre ou des haillons sur l'épàuIe 9 vous êtes également admis autour du foyer ou du festin. L'hospitalité en Orient est comme un arbre immense dont les rameaux sont toujours verts ^ toujours chargés defrmts^ et qui appartient à tous ceux qui passent.
Une dbose qui m'attache et qui m'intéresse^ c'est la vie qu'on mène à Bdha. On se lève quand le muezim^ du haut du minaret^ et le coq, sous la ca^ bane^ annoncent le retour du matin; l'horizon du coté de Pergame et d'Adramiltj blanchit à peine sous les premières clartés du jour , quelques étoiles brillent encore vers le couchant couvert cTombres transparentes ) et déjà les Turcs se pressent autour de la fontaiile pour y laver les souillures de leurs corps, et vont tous ensemble à là finosquée où l'iman les attend. Là ils bénissent le grand àrchi-tecêô des mondes , celui qui a élwi le fiiinament sur nos têtes y affermi la teè're sousnospas, tracé aux astres^ du ml le chemin qu'ils doivent parcourir ^^ celui qui fait succédée' la mUt au jour et le/ôur a la nuit y le s^rai roi de iOricèki el de V Occident, le dieu clément et
miséricordieux. Après la prière, les Turcs se réunissent dans les deux cafés de Baba , où coule à flots noirs le nectar qu'ils aiment , et les voila tous accroupis sur des bancs circulaires^ armés du long chibouk, ce divin instrument des félicités musulmanes. Ainsi commence la journée. Quelques-uns vont aux champs, mais le plus grand nombre resté dans les cafés , maintenant surtout que les raisins et les olives sont cueillis. Pendant le jour, aux différentes heures de la prière, les Osmanlis retournent à la mosquée. Des figues, des raisins secs, de^ olives salées, du lîaourt où du lait aigre, taélé à du pilau, telle est la nourriture ordinaire des Turcs de Baba; on y tue quelquefois àes moutons, et quelquefois aussi des caïques grecs de Pétra o\î de Molivo viennent y apporter des poissons. LéS veillées sont longues dans les cafés, et souvent, à Fheure de minuit, mes hôtes prêtent encore Tôreille à d'interminables histoires. Les anges, les esprits des bois, les génies des grottes et des fontaines^ jouent un grand rôle dans ces fables d'Orient; des anecdotes touchant le prophète arabe, des califes déguisés qui conversent avec les plus petits de leur royaume, des leçons de morale données par des derviches à des sultans, tels sont aussi les sujets ordinaires de ces merveilleuses histoires, A voir les mœurs et les habitudes de Baba, on dirait que ce coin de terre n'est hdDité que par une même famille; on dirait une communauté religieuse qui ac-
complit en silence les mêmes œuvres. La vie de Baba est simple et naïve comme aux anciens jours j vous prendriez ce petit peuple pour une tribu qui n'aurait jamais vécu que dans son désert, qui n'aurait jamais connu que ses propres mœurs et ses propres traditions. Baba est le pays où l'on sait le moins ce qui se passe en Orient. On ne s'inquiète point de ce qu'on fait ou, de ce qu'on dit sur les rives du Bosphore ousurlesbords du Nil; aucune^ nouvelle, aucun bruit du monde n'y arrive; un navire qui s'abrite sous le promontoire, un caïque venu de Mételin ou de Ténédos , voilà les seuls événemens de Baba ; il n'y a ici ni variété, ni modification, ni changement; ici tous les jours se ressemblent , la vie est un cercle monotone, une page immobile qu'on ne tourne jamais. Mais on est ainsi heureux à Baba; on n'envie point à l'Europe ces mœurs élégantes, cette science stérile qui ne peut rien pour le bonheur. Les Turcs de Baba ne demandent point que vous les éleviez au niveau du siècle ; gardez-vous de les corrompre sous prétexte de les réformer; laissez couler le clair ruisseau dans ce vallon désert , et n'allez pas le souiller sous prétexte d'embellir ses rives ; ce que vous appelez des lumières est une flamme qui dévore, ce que vous appelez progrès est une ruine. Dans les bosquets d'Eden^ le premier homme fut heureux jusqu'au moment où, trompé par le serpent maudit , il osa toucher à l'arbre de la science dont
la tempête m'a jeté à Mételin^ et je ne puis savoir «i mon compagnon de voyage est encore à Beyran^ s'il est revenu à Baba , ou s'il est en route pour venir me rejoindre j j'espère néanmoins que notre séparation ne durera pas long-temps, et que le destin, qui a mis entre nous un bras de mer, n^ tardera pas à nous rapprocher.
M. Granier, agent consulaire de France, a cher^ ché à me consoler de notre triste mésaventure ; il m'a reçu dans sa maison , et comme il a pensé que les ruines avaient pour moi un grand attrait, il s'est empressé de me montrer celles de Mételin, Le premier jour de mon arrivée, nous avons fait une promenade au nord-ouest de la ville ; il m'a fait voir, au milieu des champs , les restes d'un tem- Jple de Jupiter 3 plusieurs inscriptions grecques se lisent sur les marbres épars ^ mais aucune n'est entière : près de là , nous avons vu d'autres ruines dans un jardin i au milieu des marbres mutilés , où se reconnaît encore la magnificence de la Grèce antique, un âne tourne une roue qui sert à tirer l'eau d'un puits. Tout auprès, est une petite enceinte dans laquelle les bonnes femmes ont cru voir xm autel de la panagia. M. Granier m'a dit qu'on y trouvait souvent des cierges allumés qui étaient enlevés par des passans moins crédules. Cette super^ stition à coté d'une ruine, n'est-ce pas comme deux antiquités en présence l'une de l'autre! En rêve* nant vers la ville , nous avons visité les restes d'un
temple d'Apollon ; avec les débris du temple on avait construit dans le moyen-âge une église grecque " consacrée à saint Roch ; dans cette église s'est consservée une longue inscription qu'on ne déchififre qu'avec peiiie et qui présente un sens incomplet. Il en est des paroles que l'antiquité nous a laissées sur la pierre^ et qui restent à moitié effacées par le temps , comme des derniers cris d'un homme qui se noie ; on entend quelques accens confus ^ le reste se perd dans l'abyme des flots ^ et ne frappe pas l'oreille des vivans. 11 existe encore dans le même lieu une ancienne chapelle dont on répare maintenant les murailles; dans un enclos voisin de la chapelle, on enterre les catholiques et les. malfaiteurs; leurs ossemens sont confondus en-, semble et se mêlent à mille autres ruines ; voilà le monde tel que le font chaque jour les révolutions, le temps et la barbarie.
En rentrant dans Mételin, nous avons visité l'église épiscopale ; à la porte de l'église et dans une enceinte pavée, un siège ou un fauteuil de marbre attire l'attention des voyageurs : sur les deux bras du fauteuil on distingue des figures de griffons ou de sphynx, et des serpens , symboles de l'étude et de la science ; ce siège antique a par derrière une espèce de tiroir ou de niche , qui servait sans doute à enfermer des rouleaux de papyrus ou des tablettes; il est fort endommagé , et des parties disjointes en sont liées par des lames de fer; au bas du fau-
teuil^nous avons lu cette inscription en lapgç^^ grecque : siège de • Potamon , fils de Lesbonax..'P(>' tamon était né à Mithylène, et professait F^lo-. quence dans sa patrie. Il obtint de Tibère des let-N très-patentes par lesquelles cet empereur romain Je mettait- sous sa protection spéciale» Insulter Pota?^ mon , c'était insulter Tibère lui-même, et se rendre coupable du crime de lèse-majesté. Jamais la rhétprique n'avjait .olsjtenu ua pareil privilège. '. • Comme le pacha de Mételin fait bâtir un npurf vçau séraiji, on a remué et déplacé des telles,, ce qui a donné Ueu à quelques décoi^verto^^rsO^if trouvé plusieurs colonnes , restées dej^out ^foi^^içk circulaire et soutepant unevoùte j au IQilÎJgu.d^|ç^ colonnes, nous en avons remarqua ^qeaui.e|^(i9nr nelée, et dont le chapiteau porte, une jtê^rfd^Jhôpuf* Au milieu de la colonnade , on a retrouy^ Aipe n^pT saïque fort bien conservée, avec un^. coi^gii^f^ eqr marbre , soutenue par un pilier élégs^i^^ bçauççnup de marbres antiques et de fragmen£iide'<v?lo9^€^ sont confondus avec les décombres*; le kiai^ <lu gouverneur, qui dirige les travaux, nousa.larsM voir^ tout ce qu'il y avait de curieux, etnous apron posé de fumer un chibouc sur tous ces débris : qui ne lui disent, ijien , et ne sont pour lui cpie dcîs mar térii(]^X de. coosjtruction. Lès ouvriers ont déçioiir vert .beaucoup de médailles avec la tête de is^iir glier.et la lettre JU signes distinctifs de TançiQni^ Mitbylène ; . mais toutes ces médailles, sur|;aiit HT. 20
(kUlkbs qui sont .d'or où d'argent , deviennent là proie de la cupidité ignorante. Ainsi les restes les jrii]^ )préeieti:s des ancien^ temps reparaissent tih moment au grand jour , pour être' enfouis parmi ks trésôtfe de ràriaHce , ott pour tester à jamais eh->« sérèlîs sous les Vôûttes d'ùii fiarèikoù ^ûti kiciiqtié nïustilnian. On croît gétiétâlemeht qtie YéâSBcé dont oh a trouvé les ruines, étéfit ùtt tetUpIé de Vënus. Parmi tes objets ^ ont été récàeiHHs idùônts tei fouilles, on a remarié plusieurs pètitèé figàfés de ttii« ftïîte, représentant la tètè d%ne fértimé où tfitt'eriflBktot. Tèùteà celles qif on hbùs à fait voit, tiëtié^ik piMi d'une grande peifectibii de travaH , «t dôUrëât appartenir aût meïReÙi^s temps de là sétffpttiré ' gi-eccifuèi
' ^BëkÈ une d6 nos promenades ati sud-ouest dé fa ville ^ noiis âVôns vu sur le cfaemiil qui condtirt à Vlétyitiiiè 'y \ia grand tombeau formé d'une serïle pîtthi^e. Ce tbmbeau était tout-à-fait enfoui dans )à tëtiféi VLTi ébôùïement de terrain l'a fait reparaître; co^asfùe il était ouvert , nous avons ptl examiner ce qtfM renferme ; ce sont des ossemtëns defeséchés , dtes yases de terre ^ quelques dâ>ris de charbon , et iiti petit peighe en bois de cèdre avec fequel les féftimes dé l'ancienne Grèce avaient cotftume de tèiiPir leurs Cheveux attachés. On nous a parié tftme Hiédaibe; niais elle avait dispaiii : plus d'un voya- |;tôor aurait profité de cette découverte ^our an**
hoiicér à l'Europe q^i'on avait retrouvé k e^hiticil
^e Sapho^ ce tombeau n'était pas loin du temple de Vénus ; le tertre sur lequel on l'avait placé im^ gardait la mer du côté de Leucate; n'y a-t-il pas là de quoi se laisser entrainei" 9U moins à quelquçâk illusions ! Mais aucune inscription n'aocompagniç 1^ mausolée ; le silence des piérides ii'autorisie pas Id moindre conjecture; la seule opinion à laquelle oïl puisse s'arrêter ^ c'est que le totpbeau que nou^ layons vu , est celui d'une femme , et qu'il eut trèd ancien.
Dans les temps reculés^ les deux portes d^. l^ Ville de Mételin se, joignaient par un canal ; mainr tenant le caqal est comblé. Nous sommes ^onté^ sur la colline qui s'avance dans la mer^ et sur laquelle est bâtie la citadelle de Castro. U y avait là autrefois un kiosque délicieux, réservé au capitan*pacha ^ lorsqu'il faisait sa tournée dans l'ÀrchipeL Ce kiosque qt les belles fontaines qui l'entourent ^ Be ressentent de l'absence du grand^amiral , et iota* bent en ruines. La citadelle qu'on aperçoit de loin est comme tous les cjbàteaux des Turcs , qui offrent aux voyageurs une perspective pittoresque ^ mais qui ne sont pas à l'épreuve d'un coup de main. Dans les dernières guerres contre les Grecs , on a «u ridée d'entourer la ville de murailles. Ces murailles, cotuitruites à grands frais, et aux dépens des habitans de l'île , souvent rieblanchies à neuf, ressemblent beaucoup moins à des fortifications qu'à la clôture d'un parc ou d'un jardin»
Sur la colline du château, se trouvent plusieurs» tombeaux musulmans; parmi ces tombeaux, on dis^ tingue celui de Méhémet-Effendi , ancien pacha de Smyrne^ décapité en iSaa. Méhémet-Effendi avait été dénoncé au divan , comme ayant des relations suspectes avec les janissaires qu'on voulait détruire , et avec les chrétiens dont on se défiait ; le sultan prononça un arrêt de mort , et ce fut le fameux Hosrev^-pacha y alors capitan pacha , aujourd'hui seraskier, qu'on chargea de l'exécution. Celui-ci arriva avec une flotte dans la rade de Smjme ; sa présence éveilla d'abord les soupçons ; pour dissiper les défiances y il resta quelques jours sans descendre à terre ^ et comme il avait été l'ami d'enfance du mutselin, il lui adressa plusieurs messages remplis des souvenirs de sa vieille amitié. A la fin , il quitte son vaisseau amiral^ et se rend chez Méhémet-Effendi , accompagné d'un petit nombre <ie serviteurs ; il est reçu à bras ouverts , et passe quelques jours dans le sérail du mutselin, au milieu des fêtes et des soins de la plus touchante hospita^ lité ; en quittant son ancien compagncMi d'étude y Hosrev\r-pacha lui donna comme ga^e de ses sentît mens^ un beau fusil anglais et un cheval arabe d'un grand prix ; toute la ville de Smyrne avait pris part à cette réunion des deux amis. Le mutselin y touché des procédés de soti hôte , veut aller le visiter dans le vaisseau amiral. Quelques amis prudens cherchent à l'en détourner j les uns voient une
trahison dans toutes les démonstrations amicales d'Hosrew-pacha, les autres croient à sa fidélité / et se persuadent qu'en donnant au mutselin un îasil et un cheval , il lui a conseillé de prendre la fuite, ou de se mettre en défense ; le gouverneur de Smyme n'écoute point ces avertissemens/et plein de confiance dans les expressions affectueuses du capitan pacha , il se rend au vaisseau-amiral ; il est d'abord reçu avec les honneurs dus à son rang; mais à peine est-il entré dans la grande cabine, que les portes se referment sur lui et qu'il se trouve entouré d'une ^garde nombreuse; bientôt il est jeté dans un brick, chargé de le conduire à Mételin , et lorsque le brick entrait dans le port , la tête du pauvre mutselin était tombée sous le glaive du tchiaoux ; le gouverneur de l'île, tremblant pour luimême , vint recevoir les tristes restes du pacha de Smyme , et se dépouilla de son manteau pour les couvrir; la tête de Méhémet-Effendi fut portée à Stamboul , et son corps resta sur la colline de Castro; voilà quelle est la justice des sultans, voilà par quels exploits Youssouf-Hosrew , qui gouverne aujourd'hui l'empire ottoman , a mérité le surnom d'Ulysse des Turcs j et s'est maintenu dans les plus grandes dignités de l'état.
M. Granier m'a conduit sur les collines qui s'élèvent derrière Mételin ; on aperçoit de ces hauteurs les cotes d'Asie, couvertes d'un nuage bleuâtre; j'attendais avec in^atience des nouvelles de M. Poujou^
lat^ét mes regards sont restés attachés sur la montais gne de Beyrham dont le sommet couvert de ruines BOUS apparaissait au fond du golfe d'Adramitty . En. descendant des collines y M. Granier m'a montré un couvent de derviches ; on n'y voit plus que desi tombeaux ; le monastère est désert ; plus loin , toujours en descendant , nous avons vu une tour abaii-. donnée , près de laquelle le pacha de Mételin fit décapiter, en i8ai, quatre-vingts ou cent Hellènes, fugitifs que la tempête avait jetés sur la cote de File, plusieurs Grecs qui travaillaient près de là, nous ont raconté cet horrible massacre ; tels furent les„ çommencemens d'une révolution ou d'une guerre , qui a fait couler tant de sang, et dans laquelle les passions humaines se montrèrent plus cruelles, plus inexorables que les écueils et les orages de la mer. Un autre spectacle non moins triste est venu affli- . ger nos regards, c'est le village qu'habitent les lépreux ; on est persuadé dans le pays que la lèpre est contagieuse, et cette opinion élève un mur d'airain entre les habitans de l'île et les malheureux atteints de la maladie. On fait souvent des quêtes, pour venir à leur secours, ce qui ne les préserve point de la plus affreuse misère. Non loin delà, s'élève un édifice assez vaste, dans lequel on enferme les femmes de mauvaise vie; cette prison , in'a-t-on dit, n'est jamais vide, caries vices qui y conduisent ne manquent pas à Mételin ; il est vrai que les Turcs ne se donnent pas la peine de juger
les femmes qu'ils enferment de la sorte; ils font souvent des rondes dans la ville; toutes les fois qu'ils entendent du bruit dans une maison^ ou qu'ils y trouvent des hommes et des femmes rassemblés , ils arrêtent tout le monde ; les femmes arrêtées sont envoyées dans la maison de police; le bourg de Molivo (Métymne) a aussi une maison de correction pour les femmes , qui est surveillée et dirigée par des refig^cfUseis.
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