LETTRE LXXX
cmo ET &E« cnrcukpiw.
]^ bord de ta ^fUbar^ la Truite , 7 décen^K i830.
Naus voilà embarqués pour les cotes de Syrie , nous avon# mis à la voile le 2 décembre ^ quand nous sommes sortis de larade^ la neige couvrait le§ hauts sommets des montagnes ; le ciel de Smyrne , qui avait été si pur et si serein pendant tout notre séjour^ ressemblait à notre ciel de Paris dans le cœur de Fhiver. Toutes les rives du golfe avaient pris un aspect sombre ; ce spectacle donnait à notre départ quelque chose de mélancolique; avant de quitter les rives du Melès , nous avions reçu des nouvelles de France, et ces nouvelles rendaient plus tristes encore nos derniers adieux à la terre de rionie.
Conime les . vents ét^denf; inoei^taîas^ ;qoi^ avoii$ fait peu de chemin dans Ia ppemièr^ journée; v^rs les sept bQUjfes du aoir^ I^ T^itoa jetèrsuotcre tti iface de Folieri^le lendemain matin , ûow avons pu voirJ€$ilols et lea roches gri^Ures^ qui e»t0Ureat la nouvelle Phocée , autrefois célèbre par aesi mixieh d'lPilui),^'Qi(ploita;lQPg^mpârtndustnedesGiéi^^^ J'aocièniiA Phoisée était bàûe siar^la côt^fà quélqjoes lîeûesi delàî:lft-yQyegear peut k peiiiQ àujourd'hu& i^trôuver quelques Téstigès. d'une ville qui^ ^dans rantiG[uité y > avait loiidé des «oloniesi jusque dans les Giaules.tNoiis avons coottnuéhotréroutè^ ir^ant à. notre gaucdfieile cap Cana-AôurnoU ou- iè' cap Pioir dont' lia cime se perdait dans les tmkffès. Htm^ n'ivons' pas tardé à voir Vâe de Chio ; l-ancienBe capitale de l'ile paraissait devant nous^ au milieu d'une plaine voisine de la mer^ derrièm la ville «'élèvent des montagnes ^des^ semblahtes à èelks qui dominent la plage de Toulon.. Les voj^ageurs qui ont parcouru ces parages^ il y a quelques années^ évaluaient la |»pulalÂon ide l'île. <dd Chio à<oent dis mille àmes^ cette )*popafaiiition étmt lieuveusej elle avait autant de liberté qu'on peut en avoirdans uAîpflry'S gouvi^né par fies Turcs; la prodactîoii du inaatîo, u& commeroejéteiido^ Tamaur du travail.^ ajoutaientxhâqué: jour àifa prospérité deil'âe; on vantait la beauté^ les^gràceg :et lu tlécence des fbm^ «K^ideàQtto^rla viUeavaîtpkisieurs écoles^ renoms mées en Orient; mob les sévohitîoiis sonf venues.
et toute cette ppospérité , toute cette gloire s'est évanouie comme Fombre. La plupart des fsuxiilies grecques sont tombées sous le fer des Turcs ; les épouses et les filles gémissent maintenant dans les harems de Stamboul^ de Brousse^ de Goutaiyé et d'Erzeroun.
Nous avons pu voir d'assez près les nmrailles blanches de la cité à moitié démolie et restée sans habitans. Au milieu de toutes ces images de la destruction^ on ne demande plus à Toir l'école d'Homère y ni la maison où naquit le père de la poésie^ ni la vigne dont le nebtar échaufilait son génie encore en£sùit. IjCs plus beUes antiquités doivent perdre de leur pmx^ lorsque^ pour les voir^ il £siut marcher sur des^ cadavres. Il j a maintenant à Chio un pacha, naguère mutselin de Smyrne , qui fait tout ce qu'il peut pour réparer les malheurs de la révolution ; mais comment rendre le désert industrieux ^<et les ruines florissantes? Comment rebâtir une ville /quand on n'a pour cela que du sable et des pierres ! Comment, repeupler un pays dont la pc^ulation tout entièi^e a été mise à mort ou ven^^ due à l'étranger!
Dans la soirée du 4 décembre, le vent a faibb; nous avons eu quelque peine > à traverser le canal qui sépare les îles Formis de l'île de Nicarie. Le 5, la matinée était belle ^ nous nous sommes trou* vés au milieu des Çycladès ; nous avions autour de nous le plus magnifique spiectacle.
3e voudrais vous parler de toutes ces iles^ et vous les montrer telles que je les ai vues ; ce sont la plu* part des coins de terre , jetés au milieu des eaux ; elles ont quelques coteaux fertiles ^ quelques plaines riantes ^ puis on ne voit que des montagnes stériles, des roches nues , de$ précipices. Toutefois^ mille souvenirs poétiques viennent animer ces^ tristes aspects y et le voyageur ne peut en détacher ses regards. Qui peut refuser un hommage à Paros! cette île^ à peine habitée aujourd'hui, fournissait ces l>çaux npiarbres qu'animait ledseau de Phidias et de Praxitelles ; les temples de Th^ée et de Mi* Hervé , la plupart des monumens que nous avcma vus encore debout dans la ville de Cécrops, furent tirés des carrières de Paros; c'est à Paros que fiit trouvée, parmi les décombres, cette chronique qui précéda toutes les histoires, chronique écrite sur la pierre et connue aujourd'hui sous le nom de Marbres d'Anuisdel. Paros n'a plus que son port^ sa grotte et ses cavernes de marbre. Si j^étais poète, je saluerais Délos par mes chants; Délos, File d'Apollon, était consacrée à tous les dieux; on craignait d'en profaner la sainteté par la sé^ pulture des morts ; à chaque pas qu'on faisait dans File sainte, on rencontrait un temple; c'était le ' temple de Diane, celui d'Apollon, celui de Jupi-* ter, etc. Ici on voyait un gymnase, là un amphi-t théâtre, plus loin un portique; partout des statues^ des colonnes, des pilastres; maintenant les tem-«
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pies sont venverséà sur* les temples; tout est confondu ^ tout est dispersé; de t&ùÈ eèiês en Toitdes oiArbres épars, sur les(|uels respire eiïeor^ t&génf€^ des arts^ et qui disent aux ToyagM^ : k Moi^ ]& Sas un dieu; moi^ je fus un héros^ moi ^ |e fus tm «âge. i> Cette iie^ qui attirait les pelles à ses^o-^ lennités^ personne ne Thabite plus; mk ne Toit plus sur ses rivages que des pirates qui TieBnem? y partager leur butin ;i ou des maçons qur enlèvent lés marbres d'un temple on d'un palais i là ^ d^ kqpina creusent leur terrier dans te- sanctuaire de^ quelque divinité, et les serpens sifflent dans les Meux où retentissaient les hymne» des filles de la Grèce.
Notre bàtim^it s*est souvent approché de Naxos ; nous avons vu sa montagne de Jupiter ou de Dia, le rocher où s'éleva le temple de Bacchus, la vallée où coule encore la fontaine d'Ariane. Dans l'antiquité , Naxos fut renommée fentre les iles de l'Archipel; au temps des croisades^ protégée par l'étendard de Saint-Marc et par la croix des pèle-
Tins y elle fut encore la reine de la mer Egée, et l'histoire des ducs de Naxos se mêla à celle de Bysance. Parmi les îles qui s'offrent à notre vue, je pourrais vous citer encore Tino , connue par l'industrie de ses babitans ; Miconi^ célébrée par Ovide; Nio, où mourut Bomère; Nicaria, Léro, CulymnoSj pourraient aussi trouver leur place dans ee vaste panorama ; la mer que nous parcourons
n'a pas un ilôt y n'a pas un rocher qui n'ait eu ses jours de gloire^ qui n'ait eu hes marveiUes à raconter; mais les ma&ieurs des derniers temps ont effacé toute cett^ poésie de l'antiquité^ tous ces vieux souvenirs de l'histoire. Poursuivies par l'image de la liberté, ces îles ont les yeux fixés sur la- Morée^ sur Nâupli; elles se passionnent pour des partis , elles s^échauffent pour des idées nouvelles; il n'y'a'plus aujourd'hui que le voyageur qui se souvienne de leurs temps poétiques, et qui sache qu'elles furent le berceau des dieux et des sages, le théâtre où s'acccom^rent lens pcodi^ies des siècles fabuleux.
Comme le vent ne soufflait point, nous sommes restés dans le même endroit toute là journée du dimanche 5 décembre. Le soleil nous a éclairés jusqu'au soir, et nous avons eu le plaisir de le voir se coucher sur file deDétbs. Pendant la nuit, le vent est venu du sud , soufilant avec une grande vie^ lence ; nous étions dans la mer où Icare fit naufrage avec ses ailes, et nous pouvions craindre le même sort. Notre commandant a résolu de chercher un asile dans un des ports du voiaînage ; nous sommes, entrés le 6 au matin dans la rade de liatchéta^
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