LETTRE LVI
BES isTusss OBsx Lss Tumc^a.
Péra , octobre i 85^,
Lorsqu'on veut étudier la physionomie d^un pays , on se demande d'abord quelles sont les lumières répandues dans le peuple ; on se demande quelles sont les sciences qu'on y cultive, les doctrines qu'on y enseigne, comment on y élève la jeunesse. Toutes ces questions vont être l'objet de mes lett|^.
Chez un peuple où la religion est tout, la théo*logie doit occuper le premier rang parmi les sciences. Les Turcs appellent la théologie j Vart de par^ 1er conv&mhlemeni de Dieu^ et cette définition me paraît assez juste. Chacun des quatre-vingt-dix-
neuf attributs de la divinité a donné lieu à des milliers de volumes, que doivent lire les théologiens musulmans. Je ne m'arrêterai point ici à réfuter sérieusement les dogmes de Fislamisme, comme on le faisait au moyen-âge et dans le temps des croisades ; je veux laisser en paix les docteurs de Stamboul comme ceux du Grand-Caire et des villes saintes de la Mecque et de Médine.
A côté de la théologie, marche une autre science, c'est Tétude du Coran et de la tradition religieuse, considérée comme la loi civile et la loi politique, comme la règle souveraine qui prescrit à chacun ses devoirs, qui garantit à chacun ses droits ,* qu'on invoque dans tous les différens , et d'où émanent toutes les décisions de la justice. Comme ces lois religieuses n'ont pas toujours un sens précis et positif, qu'on en a fiait mille applications diverses , qu'elles ont été commentées de cent façons , leur étude n'est pas facile , et toute la vie de l'homme y suffit à peine. Nous admirons , chez nous , la compilation laborieuse de d'Ohsson ; mais je doute qu'avec un pareil travail on pût obtenir ici les derniers grades de Solimanieh^
Il ne faut pas perdre de vue la volonté du prince qu'on regarde aussi comme la volonté de Dieu et comme la loi suprême. On apprend aux Turcs qu'il serait impie de désobéir au sultan , et qu'ils doivent rester soumis aveuglément au successeur des califes. Les codes de Soliman , d'Achuîet et plu-
sieurs autres^ enseignés comme les Comnuinde^ mens dut Seigneur, n'ont jamais cessé d'obtenir lé respect des Osmanlis ; mais tous ces codes qui n'édaircissent rien, n'offrent souvent qu'une difficulté de plus pour Fétude de la législation ottomane, et la jurisprudence reste souvent indécise entre la volonté de Dieu et la volonté du pouvoir absolu.
On a fait sur le pouvoir législatif des sultans une remarque qui est bonne à répéter, car elle nous révèle l'écrit et la nature du despotislne en» Turquie. Il n'est point de pays où les ordonnance» tombent flM facilement en désuétude ; cela vient sans doute de ce qu'on en publie trop; chaque' jjoui- voit naître un règlement, une prohibitios» nouvelle; au premier moment, tout est d'obliga* tion, la moindre contravention est quelquefois punie par la peine capitale ; mais bientôt l'autorité elle-même oublie ce qu'elle a défendu, et tout le monde agit comme si la loi n'avait pas été portée ^ on m'a cité un proverbe souvent répété parmi le peuple , (/ue les firmans ne durent que trois jours. Ce qu'il y a de curieux à observer , c'est que le pou-, voir suprême nest point offensé et ne souffre point de cette apparente désobéissance. Les sujets ne croient pas manquer ainsi au souverain , parce que l'habitude et l'expérience leur ont appris que le gouvernement tient lui-même peu de compte de ce qu'il a fait ; le despotisme tel qu'on le^:onnait ici.
le despotisme véritable^, le despotisme claesique y ressemble aux révoltiti^)»!!» èm teaipS' ppé^eût ^ qui ne subsistent que paf des principes' générslurXset par des déclapations vagues«y qui. ne veulent ni règle fixe, ni législation positive, qpii ne peuvent souffrir aucune loî^ établie, pa6 même celles^ qui sont leur ouvrage ; les révdlutionsy comme le despotisme, ne tiennent pas à ce' qu'elles cnit fiait , màid à ee qu'elfes font, et surtout à: ce qu^ellca veulienft fiatre; il ne s'agit pas db ce qiiifelles/voulaienit hier, mais de ce qu^eites veulem steijouro^hui^ de ee (Qu'elles voudroM demain'. Le comunemsesneiiit d'une diose établie, d'une chose qui peut avoir qudique durée, serait la fin d'une révofcrtioii ,: et peut-^ètre a^fôsi du pouvoir arbitraire d!nnl despote.
On enseigne la philosoplaîe chez les Tores ; mais dans la piiilosopliie jeomm» dans la/polîtiquie , c'est le Coran qui est la base et le principe de tout; on ne s'occupe guère , par exemple , de prouver l'existence de Dieu, FimmortaHté de l'àme t il fauC y croire parce que le Prophète l'a dît; mais quelles sont les pceuves de la véracité du. prophète? On se garde bien 4e laisser cela^ en supposition ; uone chose est vraie, parce que le Coran l'a dite, et que le Coran est un Kvre divin. Voilà tout le raisonnement des Turcs. Toutefois y les théologiens turcs n'ont pa£^ négligé d'employer les armes tranehantes de la logiqlfe^ qu'ils appdUent la sei&hce de ia ha^
lance, fis eonnaissetit kt iogique d'Arisfeofte, qu'ils
ont adaptée à leur manière de raisonner. Aristote n'a pas été parmi les Osmanlis^a source d'une foule de discordes et de querelles scholastiques^ comme dans notre Occident au moyen-âge; le précepteur d'Alexandre est, dans les médressés, le très-humble disciple du Prophète. Au reste, une religion qui ne s'est propagée que par le sabre, ne devait guère laisser dans les esprits Fhabitude de subtiliser et de triompher par les armes du syllc^sme. J'aime assez cette maxime des docteurs de la Turquie : Faites du bien a tout le monde, et ne disputez^ point avec les ignorons. On m'a parlé d'un de leurs livres , intitulé : Adabe-il'Bahz ( règles de la discussion ) , qui enseigne la manière de disputer avec politesse et avec esprit tout à la fois. Je voudraia qu'on fit une bonne traduction de cet ouvrage, et qu'on la répandit dans les écoles de notre Europe civilisée.
lia métaphysique a fait peu de progrès chez lea Turcs. Quoique leur maintien soit grave et qu'ils aient un air réfléchi , leur esprit n'est pas porté ]>c>ur cela aux idées spéculatives. Un OsmanH rêye plutt\t qu'il ne médite^ et dominée par Ja folle du logis ^ SA raison ne va guère au-delà de ce que les «cns pouvonl découvrir, et profère toujours ce c|u\>n peut iniaginor à ce qui doit être approfondi. Aussi 1rs K>is du mouflc inlelloc^lûel n'occupentiAWh qu^ tn\s»pou los savans do StamboM. Les raisons t|u\>n pont on donuor no sont |>as seulement
tirées du caractère national , mais des préceptes et dç l'esprit du Coran. La religion musulmane a matérialisé Thomme : il y a, dans les croyances des Turcs , des souillyres pour le corps comme pour lame, et ces souillures sont également des péchés. Beaucoup de cérémonies, prises au figuré et regardée» parmi nous comme symboliques, sont prises à la lettre et dans le sens le plus matériel parmi les disciples du prophète de la Mecque. La manière dont ils prient, la plupart de leurs acteis religieux, la persuasion oii ils sont que les morts souffrent ou se réjouissent daps la tombe, les félicités de leur paradis , montrent une tendance évidente à matérialiser le monde intellectuel ; c'est en cela surtout que l'islamisme diffère de la foi chrétienne qui tend partout à spiritualiser les sociétés humaines. Ce caractère de la religion musulmane est peutêtre ce qui a le plus contribué à retenir les esprits dans une espèce de barbarie ; et s'il est vrai , comme on l'a dit et comme je le crois , que lé christianisme ait civilisé le monde, il est vrai aussi que l'islamisme a dû arrêter les progrès de l'intelligence chez la plupart des peuples de l'Orient.
Si la logique et la métaphysique sont peu avancées, il n'en est pas de même delà morale; la littérature lui doit ses plus nobles pensées, ses plus sublimes inspirations ; l'imagination turque semble avoir transporté dans le monde moral toutes les couleurs, toutes les merveilles du pays où nous
sommes. C'est dans les livres des Orientaux qpe k vertu*^ qike la raison même devient une magnifique poésie;, c'est là que la morale est belle coaHEie la nat^Oire^ brillante comme le firmament avec ses étoiles^, vénérable^ auguste comme les ruines de rantk|ue Asie. Que d'ingénieuses allégories^ que d^ fables riantes ^ que d'images vives, animées^ se mélenit ici à tout ce qu'on y dit des devoirs de Fhomme ! Quels modèles parfaits présenteraient au monde les nations d'Orient, si elles mettaient en pratique toutes les belles choses qu'on enseigne dans leurs livres de littérature et de philosophie l La physique, la chimie, les mathématiques^ Tastronomie, ne sont pas des sciences tout-à-£ait igno^ rées des OsmanUs; mais la physique des écoles est encore celle qui s'enseignait dans la chrétienté avant la prise de Constantinople ; les docteurs dissertent encore sur la propriété des corps ^ sur le mouvement, sur l'espace, sur le repos et les modifications diverses de la matière 3 la physique d'Arîstote, l'optique d'Euclide, l'histoire naturelle dé Pline, quelques autres ouvrages traduits des lan* gués d'Europe , s'ils ne sont connus dans les écoles des Turcs, se trouvent du moins rappelés dans les catalogues de leurs bibliothèques. Quant à la chimie, elle se réduit à la transmutation des métaux^ c'est-à-dire à l'alchimie ; cette science , long-temps eidtiTée par les AraJ)es, Ji'a plus guère de partisans à Standx)ul. U faut dire, à la louange des Turcs ^
qu'ils ne s^cupent guère maintenant de fdîpe de for avec du chaAon. Constantinople n'a pflus d'autres chimSstes que les apothicaires de Péra , et les distillateurs quiîontTeau de rose du sérail. Comme la connaissance des tnatliémaftiques est nécessaire dans la marine, dans rartillerie et dans quelques professions, llétude de cette science n^a jamais été abandonnée ; rîmprimerie impériale a pu^ié dans ces derniers temps quelques ouvrages de géométrie et d'algèbre. On enseigne -sui^tout les mathématiques dans des écoles spéciales; on les enseigne d'après les oûwages »de Bezout et de Aeynaud ; comme ces ouvrages sont mal traduis, les élèves et même les professeurs, ne connaissent i^tabie^ ment que les figures qui «s'y trouvent jointes, et sont condamnés à deviner le reste; d'où il résulte que l'enseignement est très-imparfait.
li'dbbé Toderini nous vante beaucoup les progrès que l'astronomie a faits chez les Osmanlis ; je suis porté à croire qu'il y a un peu d'exagération dans ce que nous dit à ce sujet le savant voyageur; on a pu traduire en langue turque Iles ouvrages de Cassini et les élémens d'astronomie de Lalande; mais il est protable que ces traductions sont peu connues des savansde Stamboul; 'le sérail a pourtant son astronome; j'aurais bien voulu voir l'observatoire et les instrumens de eet officier du sérail à qui le sultan a donné le département du ciel 5 mais je n'ai pu satisfaire sur ce point ma curiosité;
3aiB{n€s. C'est dans les livres des Orientaux qpe la vertu^ qiute kb rais<m même de> ieat une magnifique poésie;, c'est là que la morale est belle comsie la natiore^ brillante comme le firmament avec se» étoileS'^ vénérable^ augviste comme les ruines de l'antiGj^e Asie. Que d'ingénieuses allégories^ que de fables riantes^ que d'imagées vives, animées^ se m^ei^ti ici à tout ce qu'on y dit des devoirs de Fhomme ! Quels modèles pavfiaits présenteraieiït au monade les nations d'Orient^, si elles mettaient ea pratique toutes les belles choses qu'on enseigne dans leurs livres de littérature et de philosophie l Laphf^sique, k chimie/ les mathématiques^ Tas* tronotîpiie, ne sont pas des sciences tout-à-&it igncK rées des Oismanlis ; mais la physique à&s écoles est encore celle qjui s'eiîiseignait dans la chrétiienté ata»t la prise de Constantinople ; les docteurs dissertent «icore sur la propriété des corps , sur le mouvement^ sur l'espace, sur le repos et les mo^difications diverses de la matière; la physique d'Aristote^^f l'optiqUe d'Euclide, l'histoire naturelle dé Pline, quelques autres ouvrages traduits des laa* gués d'Europe y s'ils ne sont connus dans les écoles des Turcs^ se trouvent du moins rappelés dans les catalogues de leurs bibliothèques. Quant à la chimie, elle se réduit à la transmutation des métaux, c'est-à-dire à Falchimie ; cette science ,, long^temps eultirée par les Aral>es, n'a plus guère de partisans à Standboul. H faut dire, à la louange des Tuarcs^
qu'ils ne ^occupent guère maintenant de faripe de for avec du chaAon. Constantinople n'a plus 4'autrès chimistes que les apothicaires de Péra , et les distillateurs qui font 'Feau de rose du sérail. Comme la connaissance des tnafliëmatiques est nécessaire dans la marine , dans l'artillerie et dans quelques professions, Fétude de cette science n'a jamais été abandonnée ; l'imprimerie impériale a publié dans ces derniers temps quelques ouvrages de géométrie et d'algèbre. On enseigne ^ui\tout les mathématiques dans des écoles spéciales; on les enseigne d'après les ouvrages de Bezout et de ^Reynaud ; comme ces ouvrages sont mal traduits, les élèves et même les professeurs, ne ccmnaissent véritable^ ment que les figures qui «'y trouvent jointes, et sont condamnés à deviner le reste; d'où il résulte que l'enseignement est très-imparfait.
Ij'dbbé Toderini nous vante beaucoup les progrès que l'astronomie a faits chez les Osmanlis ; je stris porté à croire qu'il y a un peu d'exagération dans ce que nous dit à ce sujet le savant voyageur; on a pu traduire en langue turque îles ouvrages de Cassini et les élémens d'astronomie de Lalande; mais il est probable que ces traductions sont peu connues des savansde Stamboul ; le sérail a pourtant son astronome; -j'aurais bien voulu voir l'observatoire et les instrumens de cet officier du sérail à qui le sultan a donné le département du ciel ; mais je n'ai pu satisfaire sur ce point ma curiosité^
je n'ai pas même pu me procurer l'almanach que publie chaque année l'astronome impérial , et dans lequel sont indiquées les saisons^ les éclipses de la lune et du soleil^ et les jours malheureux ou propices. Je vous dirai comme chose curieuse, que Fauteur de cet annuaire est un des personnages les plus considérables du divan ; c'est à peu près comme si un de nos puissans monarques de la chrétienté ap~ pelait à son conseil le rédacteur de VAlmanach d^ Liège ou du Messager boiteux; on assure que les astronomes de la cour ont eu souvent plus de crédit que les grands-visirs et les muphtis. Le Nostradamus du sérail a pu diriger parfois la politique ottomane, en interrogeant les astres du ciel, et ses oracles n'inspiraient pas moins de confiance et de respect que ceux de Calchas dans le conseil d'Agamemnon ; nous voyons dans l'histoire qu'une éclipse de lune ou de soleil, commentée par l'astronome du sérail, a suffi quelquefois pour bouleverser la capitale et les provinces. Cependant les Turcs d'aujourd'hui ne paraissent pas beaucoup s'occuper des phénomènes du ciel^ nous venons d'être témoins, ces jours derniers, d'une éclipse de soleil , et les Osmanlis sont restés dans leur calme habituel; au moment de l'éclîpse, j'étais au champ des morts de Péra ; quelques Turcs étaient assis sur les tombes des Arméniens^ ou accroupis sur des nattes autour du café^ les Francs qui restaient là paraissaient tout préoccupés du spectacle j pour les
<3sfnariUs , ils ne tournaient les yeux vers le ciel que pour suivre la fiimée ascendante de leur chibouc ; il ne s'agit pas pour eux d'étudier le phénomène en lui-même, mais desavoir ce que l'astronome aura prédit.
Chez les peuples enfans et chez les peuples encore barbares, on recherche surtout dans les sciences les secrets de l'avenir; comme les choses positives sont toujours celles qui ont le moins d'empire sur les esprits, on aime mieux s'en tenir à. des connaissances vagues qui peuvent frapper l'imagination. Après avoir interrogé les astres du ciel sur les événemens futurs, les Osmanlis aiment aussi à interroger les rêves et les visions de la nuit ; l'interprétation des songes est la science la plus accréditée à Stamboul, une science dont tout le monde s'occupe ; on dit que les visions prophétiques ont souvent dirigé la politique de Mahmoud, et que dans les momens difficiles, il ne consulte pas moins ses astrologues ou ses devins, que ses ministres; il ne les consulte pas seulement sur les affaires de l'état, mais pour ses plaisirs et ses promenades sur le Bosphore.
Un peuple qui n'a des yeux que pour l'avenir, ne doit pas mettre beaucoup de prix à la connaissance du passé; aussi les médressés n'ont-ils point de chaires pour l'histoire ; toutefois les sultans, en même temps qu'ils ont leurs astrologues ou leurs ^prophètes , ont aussi leurs historiens ou leurs his-
torio^phes ; quoique la cbarge d'historien 9oit moins importante que <^He de ^'astronome de ist couTj elle n'est pas tout à fait sans fonction ; les actes importans de chaque «règne y les traités^ les lois ^ les réglemens sont exactement remis à ]%iûtoriographe en titre , <jûi est chargé de les mentionner dans son histoire. On n'a pas besoin ^ je crois, d'avoir iu de pareilles annales^ pour être assuré qu'elles n'ont pas cette impartialiité, cet esprit de critique y cette philosophie que nous adirarons dans les grands historiens. Plusieurs (Choses en Turquie s'opposeront toujours à ce qu'on pousse bien loin la science de l'histoire ; d'abord le pouvoir absolu ne donnera jamais de gi*ands encouragemens à ceux qui diront la vérité ; le second .câ>stade est dans l'islamisme ; la religion musulmane est née dans des temps barbares , dont elle a , surtout chez les Turcs, conservé les préjugés et le caractère. Elle n'a point vu l'antiquité , et ne saurait en parler convenablement ; aussi le langage des ruines et des vieux monumens est-il inconnu à ses disciples ; ajoutez à cela que Mahomet, en racontant l'histoire ancienne qu'il ne savait pas , a tout brouillé ; et jcomme ses erreurs sont devenues des articles de foi, le Coran se trouve placé comme une barrière invincible sur le chemin des grandes vérités historiques. 11 serait impossible de faire à Stamboul un cours d'histoire véridique^ sans <léplaire d'un côté au sultan; et de l'autre,sans donnef
quelques démentis au Prophète de la Medqwe ^' ce qui ^poserait tous les jours un professeur / ami' de la vérité, à être livré aux griffes de la strangn-^ lation.
Plusieurs des sciences dont je viens de parler^ne sont plus enseignées dans les écoles. Le gouvërttement n'encourage aucune connaissance ; mais orf doit dire qu'il tolère toute sorte d'enseignemens ;» un Musulman , quel qu'il soit ', s'il veut enseigner une science, obtient facilement la permission* d'enlever une chaire dans une mosquée et d'y réunirt des auditeurs ; cet enseignement est regardé commue une action pieuse, et l'opinion du peuple en tient compte comme d'une chose agréable à Dieu. J'tfi demandé à plusieurs personnes éclairées , si • on profitait beaucoup de cette liberté ; on m'a répondu qu'on n'en voyait plus d'exemple depuis que l'empire est livré aux révolutions ; on peut en conclure que plusieurs sciences ont dégénéré chez les Turcs,, et que les lumières s'en vont avec tout le reste. En portant leurs regards vers l'Occident qui ne leur a rien appris, les Osmanlis ont oublié ce que leur apprenait autrefois l'Orient; ils n'ont point acquis nos connaissances , et ils ont oublié ce qu'ils savaient. .: M
Avant de terminer ma lettre ^ je vous dirai quel^
ques mots sur l'enseignement des langues. Les Ob^
manlis dont l'éducation a été soignée, parlent! le
persan et surtout l'arabe; la langue arabe étant
ui. 7
celle du Coran ^ a été conservée chez les Turcs pour le livre da prophète^ comme chez nous la Ilbgue laitinâ Ta été |K>ur TEvangUe. Vés langues d'Europe^ qui n'ont point de rapports et d'affinités avee lu §^DÎe el Ie$ mœitrs des ttiroê f ae ftront jamais de graM^pcogràs en Turquie. On aél9ibli à plusieur» reprises des écoles* pour la laïque française ; cesessais ont tcmjours^été mâlheuretst ) je vous ai parié d# l'école dk l'arsenal ; on eti aviait établi une autre sqf)!^» la révohttioti greeqtie ^ la Porte ayant re* nonce dèt<-kirs à dboiair ses ioterpt ^es parmi le» Crreca du Pkanar ; cette école mNiviiUo faisait quel-» qitHs privés ^ mais ces progirès alarmèrent le drog-^ tMi en titire qdi ht dirigeait et qui parvint à \sb détnnire* Au moment où je voua éeria^ il est encore ^Maiidn d'établir une école de ûrmiçais; lorsque j'ai été présenté au seraski^^ il m'a parlé de son projet > et m'a prié de rester h Gonstantinople pour présider à cet établissement; il m^a fark beattcou|» d'instances y et m'a pris plusieurs fois par le mea^ ton , ce qui est chez les Turcs une grande dénuntsr* tration d'estime. J'avoue que j'étais tenté de mer rendre à sa prière^ car lorsqu'il s'agît de la langiM française^ je n'oublie pas les inspirations du fao^ teuil académique , et je suis volontiers de la propagande. Mais avant de commencer l'instruction des
Turcs^ je dois achever la mienne et profiter de mon séjour ici pour étudier le pays.
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LETTRE LVII. i
SES ÉOOIiES OBBB IiES TUmOS*
t>éra , octobre \ 830.
Dans ma dernière lettre ^ je vous ai parlé des sciences et de Fétat des lumières chez les Osmanlis ; je vous parlerai maintenant du mode d'enseignement et des écoles établies en Turquie. Je commencerai par les mekteb ou écoles primaires : la lecture, Fécriture, Farithmétique , les élémens de la religion musulmane, voilà ce qu'on enseigne dans les mekteb. Les premières lettres qu'épelle Fenfance sont celles qui composent le nom d'-4Zlah ; ce qu'elle apprend d'abord par cœur, ce sont les prières et le symbole des vrais croyans. Les élèves proi^oncent tous ensemble le même mot ; en
le prononçant ils s'inclinent tous ensemble et de la même manière. Ainsi ^ cette institution première leur pénètre en quelque sorte par tous les sens ; les mouvemens et les habitudes du corps se trouvent associés aux opérations de la mémoire et de l'intelligence : cet enseignement ressemble assez à notre enseignement mutuel.
Toutes les classes et tous les rangs se trouvent confondus dans ces écoles populaires. Les enfans des visirs et ceux des porteurs d'eau sont assis sur les mêmes nattes. On fréquente les mekteb depuis rage de cinq ans jusqu'à l'âge de douze à treize ans ; quelquefois les petites filles vont à la même école que les garçons; elles ont néanmoins des écoles particulières tenues par des femmes , mais du reste en assez petit nombre. Tous les mekteb se ressemblent, ce sont toujours les mêmes élémens d'étude et de religion , mêlés à quelques préceptes de morale , à quelques conseils sur la civilité et la manière de vivre dans la société des Osmanlis^ Chaque mekteb est dirigé par unkodja ou maître, particulièrement chargé d'enseigner le Coran j le reste est abandonné aux sous-maîtres. Chacune de ces écoles primaires est fondée par un legs pieux ; car en Turquie , c'est la religion et non point le gouvernement qui fait les frais de l'éducation publique. On compte à Stamboul jusqu'à douze cents mekteb, répandus en divers quartiers. Il y a des quartiers qui en ont jusqu'à douze ou quinze. Une
foule de voix cii&intines^ aigutji» iet monoiones vous avertissent du voisinage d'un mekteb. Je rencontre souvent dans les rues des enfans turcs qui vont à l'école ou qui en reviennent; point de dissipation, point de joies bruyantes parmi eux; leur maintien est calme ^ leur démarche lente et mesurée; ils ont déjà l'attitude et la gravité des vieux, Osmanlis.
Quoique l'enseignement soit gratuit , les parens donnent ordinairement une gratification ou bak-chis au kodja ; cette gratification varie selon les facultés des familles : il y a beaucoup de pauvres gens qui donnent à peine une piastre, six ou sept sous par mois. Il arrive quelquefois que les familles riches prennent un kodja, comme on prend chez nous un précepteur, pour donner à leurs enfans les mêmes leç^s qu'on reçoit dans les mekteb. Mais cela est assez rare; car de telles habitudes pourraient nuire à l'uniformité de renseignement ; on aurait l'air d'ailleurs de renoncer à la communion des fidèles. Cet adage reçu partout : // faut faire comme tout le monde , est chez les Turcs une véritable loi de Dieu.
Lorsque les jeunes Turcs sortent de l'école primaire , les uns prennent un métier, les autres vont dans les médressés ou collèges, établis auprès des grandes mosquées. Des maîtres, choisis parmi les principaux ulémas^ enseignent dans ces médressés la syntaxe et la rhétorique, la langue arabe et pcrsanne, la philosophie, la théologie, le droit^ elc.
C'est aux dépens des mosquées, comme je vous Paî dit, que subsistent les médressés ; chaque mosquée fournit à l'entretien d'un certain nombre d'élèves qui sont nourris par l'imaret et logés dans le collège. Comme l'étude est une chose toute religieuse, les élèves se rassemblent souvent dans les sanc-« tuaires musulmans , et les leçons commencent après la prière de midi. Les administrateurs des mosquées ont le privilège de nommer les' profes-^ seurs, en soumettant leur choix à l'approbation du mouphti.
La plupart de ceux qui fréquentent les médre&r ses , se bornent à apprendre la syntaxe , un peu de rhétorique, et le turc choisi. A mesure qu'on avance dans les hautes classes^ le nombre des étudians diminue , soit que le^amilles ne puissent fournir aux frais de l'éducation , soit que la pli*^ part des Osmanlis aient peu de dispositions pour rétude , soit enfin , et c'est ce qui arrive le plus souvent, que les élèves se dégoûtent de l'application et du travail. On a chez les Turcs une telle idée des difficultés de l'étude , qu'on donne aux écoliers le nom de softa, qui veut dire brûlé on patient. Ceux qui no peuvent brûler et souffrir long-temps dsuds les médressés , embrassent les uns des professions mécaniques, les autres la carrière des armes; ceui^ qui ont une belle écriture se destinent à l'état de kiatib (écrivain). Les kiatib forment en Turquie uuo classe fort nombreuse , que la plupart d^
voyageurs n'ont point assez fait connaître. Quoique la plume du kiatib ne soit qu'un roseau grossier , Mahomet nous assure que Dieu a juré par œU» plume ; la gloire que donne la plume a ceux fui s^en servent, dit le Prophète de la Mecque^ durera pendant des siècles. Ces paitoles ^ que le génie âe la poésie ou de l'éloquenee pourrait prendre pour lui y et qui ne s'adressent; cependant qu'au simple kcUem du kiatib y sont écrites en lettres d'or sQr la porte du reis-effendi , chef et patron de la class(i^ des écrivains. Tous ceux qui copient le Coran eu d'autres livres^ et qui forinent fe corporation des libraires^ appartiennent à la classe des Matib ; C0 sont ces kiatib qui fournissent des eoàployés et des commis au gourernement. ToUites les pièces officielles^ tout ce qui s'écrit dans le divan est leur ouvrage ; chaque ministre^ chaque pacha ^ chiique mutzelin, chaque ti^^unal ^ a ses kiatib. Au ptiilieu des perpétuelles révolutions du ministère ottoman^ jce sont les kiatibs qui <x)nsjervent Id^ traditions du jsérail^ les coutumes et lés habitudes politiq«^e$ Ae chaque administration. Tous ces écrivains prêtent aussi leur talent au i^oramerce et à Findusnie j quelques-uns se consacrent au service d^ pidDiic ; dans le voisinage d'^ie grande mosquée y onvxHt presque tmijours l'échoppe d'un kiatib qui sert de secrétaire à tous les gens àa quartier ; il n'est point; de £amille turque qui ne â%onore d'appartenir a un homme exerçant la noble profession du mlem.
En nous promenant aux champs des morts , nous ayons souvent vu sur des pierres sépulcrales- une plume et uu^e écritoire, ce «ont les tojnbeauit des kiatib^ .
Les softas qui suivent la carrière des études n'arrivent aux derniers degrés du doctorat qu'après de longs travaux et de rudes épreuves ; on n'admet tous les ans qu'un petit nombre de candidats pour chaque grade.; ceux qu'on admet, sont ordinairement les plus insti^uits ou les mieux protégés ; les autres sont obligés d'attendre, quel que soit leur âge 5 il est arrivée, m'a-t-on dit, que des muderis ou docteiu's n'ont pu obtenir tous les grades de la science qu'à Fàge de soixante ans. C'est danfe les médressés de Bajazet et de Soliman , que s'achèvent les études, surtout l'étude du droit; la solimanieh est l'école la plus célèbre de l'empire; on pourrait la comparer à nos anciennes universités d'Europe.
Voilà donc , pour ce qui a rapport à l'enseignement , la jeunesse turque partagée en trois classes^ La première, la plus nombreuse, est celle qui est sortie des mekteb , après avoir appris la lecture^ l'écriture , le catéchisme musulman ; beaucoup n'ont appris que les formules des prières. La seconde classe, ayant fréquenté pendant quelque temps les médressés, a pu s'instruire dans la syntaxe, étudier le turc dioisi, se donner quelque teinture de la rhétorique , ce sont les kiatib; la troisième classe est celle des soflas ou brûlés , qui
poursuivent les hautes études^ c'est delà que sortent les ulémas, à qui est réservé l'empire du monde intellectuel en Turquie ; les ulémas représentent »ce qu'il y a de plus important et de plus^ élevé dans la nation , et forment à la foi$ la magis-^trature, le clergé et le corps enseignant.
On parle beaucoup aujourd'hui des ulémas, et ce serait peut-être une occasion de rectifier les idées fausses qu'on ii^en fait en Europe; mais peutêtre faudrait-il poiit cela faire un gros livre, et je n'en ai pas le loisir. Je vous dirai seulement que je trouve un peu d'exagération dans ce qu'on dit de l'opiniâtre opposition des ulémas aux réformes dé Mahmoud. Quelle résistance invincible pourrait opposer aux entreprises d'un réformateiu» habile une magistrature nomade, qui ne demeure jamais plus de deux ans dans la même place , et qui attend son avancement de la faveur impériale ? Le sultan des Osmanlis , en sa qualité de premier iman et de successeur des kalifes , ne doit-il pas conserver quelque influence sur un corps dont il est le chef suprême ! Ajoutez à cela que le mouphti, chef de la loi religieuse ^ peut être destitué comme un visir, et que la faveur du prince distribue souvent des grades de docteur; ce qui doit affaiblir l'indépendance du corps enseignant. Une observation générale qu'il faut faire avant tout , lorsqu'on étudie ce pays-ci, c'est que tout y dépérit peu à peu, et que, dans l'opposition comme dans le gouver-
oement^ on aperçoit partom des symptômes d» destruction et de décadence. Le .sérail a peitdu sa force m&mle y et n'est plus cga'une yaifte îiiHlge 4e la g;raadeur des soltaiiB ; les ulémas y depuis la diute des janisssÛFes, ont pu quricpiefois esqprimer leur raéconitentemeat ^ mms ^ énervés^ par les dpe^ trines de k fatalité^ ils n'ont pkis oe ianaîlisme qui court au^evant da martyre^ ce fanatianie qui agit et qui se montre atftrement que par des malé* dictons ; les iastitutions qui "rendaient ie de^[K>* tisme vedeutàUe au peuple ^ ceHes qui rend^tiit le peuple redoutable au despotisme > semUent tom*ber chaque jour une à une^ non pas précisémem par une «aite de la oarruption y mais idles scmt comme ces fruits détadhés de l'arbre avant le temps^ qui périssent di^rsés sur le sol qui ne les nourrit plus^ e:)qposés au soleil quiles dessèche et les br»^ sans les mûrir.
Toutefois^ cet esprit de décadence s'est mofns fait sentir dans les médressés et dans les mekteb que partout ailleurs* Le mode d'enseignen^ent •ost ce qui a le mieux résisté jusqu'ici au temps et aux révolutions. Je vous ai dit que les diaires des mos^ quées étaient ouvertes à tous ceux qui avaient quel« que chose à enseigner; peu de gens, il est vrai, usent de la permission ; mais il n'est jamais arriéré qu'une école ait retenti d'un paradoxe ou d'une opinion contraire aux idées reçues ; aussi ne paHe^ t-on point de la liberté de l'enseignement en Tuiw
quie; on ne parle guère de cette liberté que dans les pays livrés aux désordres de toutes les opi^ nions ) où l'aaardbie n'exîâte pas seuleiûent dans les idées ^ dans les spéculations de l'esprit, mais dans la morale et jUsques dans les moeurs du peuple. Chacun alors se fait une vertu à sa manière , se fait une patrie, une religion, une conscience; comme la société se trouve dans un véritable état de dissolution, il ne reste plus que des individus, que des partis qui. s'agitent dans le cahos , et chacun brûle de faire une société nouvelle avec ses systèmes ou ses doctrines particulières. DauB un pareil état de choses^ la liberté de l'enseignement est la grande afifaîre, le grand mobile de toutes les oppositions ; mais n'est-on pas plus près alors de la barbarie que d'une éducation publique qui puisse obtenir l'assentiment de la raison ou les suf-*frages du peuple.
Une même pensée préside à Téducation des Tiu'cs, et le seul aspect de la société nous révèle un enseignement uniforme. Il ne s'agit pas dans les col^ léges de ce pays, de faire des hommes, mai$ de faire des Tuix^s , et tous ces Turcs se ressemblent ; ils se ressemblent non-seulement dans les occa^ sions solennelles, mais dans les circonstances ordi-^ naires de la vie ; dans leur maintien et leur démarche, dans leur manière de parler, de saluer, do^ prier. La nation ottomane est jetée tout entière dans le même moule ; on a comparé quelquefois le^
peuples à un troupeau; cetl»e comparaison, qui, dans d'autres pays, n'est qu'une image de rhétorique, est en Turquie d'une exacte vérité. La nation turque est un immense troupeau qui s'avance silencieusement et sans lever la tête. Vous jugez quel parti on devait tirer de cette uniformité, lorsque la société était pleine de vie et qu'elle marchait à la gloire; mais lorsqu'on arrive au jour de la décadence , une pareille société ne présente plus qu'une multitude d'hommes, tombés dans un même engourdissement, qui s'endorment tous ensemble, rangés côte à côte comme au champ des mort». Comme il n'y a qu'un chemin étroit par lequel, tout le monde doit passer, on avance péniblement, et lorsque ce chemin étroit conduit à un abîme, il arrive que tout un peuple s'y précipite comme un seul homme.
Toutefois, l'éducation des Turcs, telle qu'elle est , a dans son organisation quelque chose qui me frappe, et me donne à penser. Les mekteb ou écoles primaires sont chargés d'apprendre à tous les membres de la famille musulmane ce qu'ils doivent savoir; vient ensuite une instruction plus étendue, une éducation supérieure ; celle-là ne se donne qu'à un petit nombre ; personne en Turquie ne peut ignorer ce qui doit le conduire dans la vie publi-* que et privée ; mais la société s'en tient là, et ne forme des savans, des hommes lettrés, qu'autant qu'elle en a besoin et qu'elle peut en entretenir.
-Cette s^esse de.s Turcs m'a fait quelquefois songer à notre pauvre France, où nous voyons précisément le^contraire de ce qui se passe en Turquie : ici l'éducation première qui appartient à tous est dans un état de perfection admirable ; l'éducation supérieure paraît beaucoup moins encouragée parce qu'elle est le partage du pçtit nombre, qu'elle est comme une excepjtiowV comme un privilège dont il importe àe^wÊèvrer bien plus que d'étendre les èffet$.et les limites. Chez nous, c'est l'éducation de tout le monde qu'on néglige et c'est l'éducation supérieure qu'on pt\rfectionne ; on s'occupe peu de la premières laquelle on semble n'appeler personne , et qu'on laisse aller comme il plaît à Dieu ; toute l'attention, tous les soins, toutes les dépenses sont pour la seconde à laquelle tous sont appelés comme au festin de l'Évangile; chez les Turcs, l'éducation publique se présente à moi comme une pyramide très-étendue dans sa base , et qui, à mesure qu'elle s'élève, va toujours en se rétrécissant; en France la pyramide est renversée , et sa base est bien plus étroite que son sommet.
Aussi qu'est-il arrivé depuis quelque temps dans notre pays? la grande manufacture des intelligences, pour parler le langage du jour, jette chaque année dans le monde une multitude d'esprits perfectionnés dont la société n'a que faire et qui ne peuvent y vivre ; que répondraient nos gouvememens , si cette multitude intelligente qu'ils se sont plu à
former, s'élevait tout à coup coatre eyx et leur disait : « Nous avons été élevés pour être quelque chose dans ce monde et nous n'y sommet^ rien ; la fortime devait être le prix de nos lumière» et nous restons misérables; que la société périsse ou que les pr<Hnes$es de notre éducation ne soient pas vaines. »
Mais au moment où je parle ^ les hostilités n'ont^ elles pas déjà commencé entre la société qui voudrait rester telle qu'elle est^ et la jeunesse impa^ tiente de la changer. Bien des gens cherchent la caUM de nos révolutions dans les idées, dans les erreurs qui s'accréditent, dans la corruption des mœurs ; tout cela peut être vrai jusqu'à un certain point ; mais la véritable cause, la cause principale de cet esprit d'agitation et d'incpiiétude , qui trouble In sociétés, modernes, c'est^ je crois, celle que je viens d'indiquer; je ne m'arrêterai pas plus long-temps sur une question aussi triste ; il est douloureux de signaler un péril qu'on ne peut prévenir, et d'avonr à parler d'un mal sans remède; chaque peuple porte avec lui les germes de sa ruine , comme dha<* que individu le principe de sa fin, et ce qu'il y a de plus fâcheux pour les sociétés humaines, c'est qu'elles prennent presque toujours les maladies dont elles doivent mourir, pour de la vie, de la prospérité et de la gloire. Malheur à ceux qui leur disent la vérité, car elles sont souvent plus disposées à lapider ceux qui les avertissent qu'à pro^
lit
fiter de leurs avis. Aussi se glorifie-t-on d'ajouter au mal , et tandis que toutes les voix s'élèvent pour célébrer le siècle des lumières, la destruction arrive comme un voleur de nuit, sicut latro.
Je ne vous parle pas des écoles spéciales, entretenues par le gouvernement ; parmi ces écoles , on distinguait celles de l'arsenal, de l'artillerie et du génie. La plupart des voyâgeuife ont parlé du collège des itchoglans, établi dans le faubourg de Péra ; c'est là que s'élevait la jeunesse cpii fournissait au sultan sçs seirdteurs les plus dévoués et les pkis> habiles ; cet étabUssement magnificpie est maintenant abandonné et tombe en ruines ; le gouvernement de la Porte avait d'abord eu le projet de le remplacer par une école militaire; mais, comme cela arrive souvent dans les révolutions , on s'en est tenu à détruire ce qui existait.
Les rayas n'ont à Stamboul que des écoles primaires qui ne sont pas aussi bien tenues que celles des Turcs ; les Osmanlis «qui n'ont pas encouragé pour eux l'éducation supérieure, n'ont pas dû la protéger pour les sujets tributaires. L'éducation perfectionnée d'un raya ne leur présentait que l'idée, d'un csnnemi plua difficile à soumettre, ou d'un esclave plus diffîcUe à contenir.
lu 'li II
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LETTRE I.Vm.
SUR LfiS MURAILLES EXTERIEURES DE COVSTikVTntOVIA ET SUR LA FRISE DE CETTE ITILLE PAR LES GROIS±S ET PAR LES TURCS.
Péra, octobre 4830.
Jê n*ai point eu jusqu'ici à parler des armées de la croix , si ce n'est pOur indiquer leur passage à travers les îles de la Méditerranée ; mais depuis que je suis arrivé à Constantinople , je n'ai point oublié que cette capitale vit plusieurs fois sous ses murs d'innombrables multitudes de pèlerins venus de l'Occident, qu'elle eut souvent à souffrir de leurs violences, et qu'enfin elle devint leur conquête. J'ai fait, à plusieurs reprises, le tour de la cité impériale pour examiner les lieux où campèrent les croisés, les lieux où se dirigèrent leurs attaques ^
j'ai relu les chroniqueurs et les histoiiens des croisades , en présence de ces murailles en minés qui furent témoins des misères y des excès et de Fa bravoure des soldats du Christ. Vous qui connaissez si bien les antiquités de Constantinople , vous aimerez à me suivre dans cette promenade avec les vieux croisés ; vous ne verrez pas sans quelque plaisir nos chevaliers de Flandre ou de Champagne entrer dans Constanfinople par des portes que vous swet découvertes vous-même 5 tout autre pourrait bieïi ^'ennuyer à la lecture de cette lettre; mais^ en m'adressant k vous, je me sens plus à l'aise, car je vais parler à vos souvenirs ^•
Nous commencerons par la première croisade. La grande armée de Godefroi de Bouillon avait traversé la Thrace ; elle arriva devant Bysancé par tes routes deSélivrée et d'Andrinople. Les tentes des croisés se déployèrent sur ce terrain ônduleux et découvert, coupé dans tous les sens par des routes la plupart pavées , où se trouvent aujourd'hui les i^illages de Vitros, de Maltépé, de Daoud-^ Pacha; j^ai souvent parcouru ce plateau, sur lequel on aperçoit des terres de labour , des vignes , une grande quantité de jardins , et quelques cimetières
' Cette lettre est adressée [à M. Lecheyalier que nous avons eu occasion <le citer plusieurs fois dans le cours de ce voyage ^ M. Lccfacvalier est, après Pierre Gilles , le premier qui ait su déblayer les décombres de la vieille Bysancé , et ses recherches nous ont beaucoup servi pour cette partie de notre travail.
plantés de cyprès. Après être restée quelques jours dans ces campagnes voisines de la capitale , l'armée de Godefroi traversa le Cydaris ( maintenant Kiatkana-souiou) sur un pont de pierre et se rapprocha de la rive occidentale du Bosphore.
Les tentes des pèlerins furent plantées dans les vallées de Belgrade et de Pirgos ; les soldats de la croix occupaient les beaux édifices bâtis par les Grecs sur les bords du canal. Godefroi de Bouillon avait son quartier général dans la vallée de Buyukderéj où le voyageur visite avec respect le vaste platane qui porte encore son nom. A la suite de quelques rixes sanglantes entre les Latins et les Grecs, Godefroi, craignant d'être enfermé dans un espace étroit, se hâta de repasser le Cydaris, et de reprendre sa position sur le plateau de Maltépé d'où il dominait la ville. L'armée des croisés se répandit de là dans les campagnes voisiner, et enleva tout ce qu'elle put trouver de vivres et de bestiaux. Guillaume de Tyr parle d'un combat qui fut alors livré près de l'église Saint-Côme et Saint-Damien et du palais des BlaquerneSy à l'angle nord-ouest de la ville. Anne Comnène ajoute que les croisés entreprirent de mettre le feu à une des portes de la ville, située près de l'église de Saint-Nicolas. Cette porte existe encore maintenant ; les Turcs l'appellent liaivan hissari capou ( porte du château des animaux). Elle se trouve en face de la pointe du havre, dans le quartier habité par les Juifs ^ il pa-
raît que de ce côté la ville n'avait point de fossés ; aussi les murailles étaient-elles bâties plus solidement y elles sont parfaitement conservées ; fondées sur le roc vif et fermées d'énormes pierres, elles présentent au premier coup-d'œil l'aspect d'une construction cyclopéenne.
Cependant la paix se rétablit entre les Grecs et les croisés ; Alexis , impatient de délivrer sa capitale du voisinage et de la présence de toutes ces armées qui arrivaient chaque jour de l'Occident , obtint des chefs qu'ils passeraient le détroit avec leurs troupes. D'après les traditions les plus probables, et d'après l'aspect des lieux, on doit croire que la plupart des pèlerins s'embarquèrent aux ports de Thérapia et de Buyuk'-déréj et qu'ils abordèrent aux endroits qu'on appelle l'Echelle du grand-seigneur {Soultanié Iskelessi) ; lé passage dut se faire en même temps à l'endroit où s'élèvent les deux châteaux, et sur plusieurs autres points de la côte depuis Buyuk-'déré jusqu'à la pointe de To^ phana.
Vous savez qu'après la prise de Jérusalem dans l'année iioi, il partit d'Europe d'innombrables bandes de pèlerins. Toutes ces bandes passèrent par Constantinople j elles avaient à leur suite la discorde, la licence, la misère et tous les désordres qu'elle enfante. Les Lombards et les pèlerins d'Aquitaine attaquèrent successivement la ville impériale, les uns du côté du palais des Blaquernes, les
autres près de ta porte oblique appelée aujourd'hui Egri-Capou. Ces attaques cpii n'étaient que Vœuvre de la discorde et de la séditioii , n'ofirent liea d'assez important pour que l'histoire s'y arréteç seulement^ on se rappelle avec wat intérêt de- cup>. riosité ces lions et ces léopards nourris dansles fossés de la ville ,. que l'empereur voulut ap£fOser à la bravoure des guerriers francs; dans^ cette, lutte étrange qui retraçait en quelque sorte une image des combats du cirque^ on vit .des croisés blessés ou déchirés sous les griffes ou sous la^ gueule^ de ces bêtes du désert, devenues en ce moment comme les gardiens de l'empire ; mais bientôt les lions y diti Orderic Vital , furent tués à coups de pieux et de javelots, les léopards ef&ayés s'enfuie rent en grimpant comme des chais, le long des mutSy. et les Latins, vainqueurs de ces animaux terribles^ ^ remplirent d*épouvante la capitale d'Alexis.
Lorsqu'on relit les chroniques contemporaines^, et qu'on y voit la haine qui animait les guerriers de l'Occident contre l'empereur grec, lorsqu'on, voit d'un autre côté quelle était leur multitude^ quelle était leur audace , on s'étonne que Bysance ne soit pas tombée au pouvoir des Latins dès le temps de la première croisade. Dans la seconde guerre sainte, la cité impériale eut encore à souf-*" frir de la présence de deux grandes armées. L'ar^ mée des Allemands, à son arrivée devant Constan-tinople, campa non loin de la capitale^ v&rs ces
douces retraites où Vaii vient oublier tes ennuis de la ville, Ueux enchantés où les fleurs exhalent partout leurs parfums, et ijue dés arbres touffus cornèrent de leurs frais omhrages . Cinnam dont j'emprunte ici les expressions, désigne par ces paroles la Talléc des «aux douces déjà renommée à cette époque comme un site dbarmant et comme le rendez»frVous des habitans de la capitale. L'histoire ne dit pas que les Allemands aient commis aucune violence envers les Grecs ; les croisés français conduits par Louis VII , quoi({u'iis eussent été mieux accueillis que les Allemands, montrèrent moins de modération; pendant qu'ils campaient sur les bords du Cydaris, un tremblement de terre renversa une partie des murailles de la villedu coté de la campagne : l'évéque de Langres proposa aux chevaliers et aux barons d'entrer dans Bysance par le chemin <jue la Providence venait de leur ouvrir. L'empereur Manuel Comnène qui régnait alors, eut beaucoup de peine à déterminer les pèlerins de France à passer le Bosphore, et lorsque ceux-ci furent campés sur la rive asiatique, il$ se repentirent avec amertume d'avoir laissé derrière eux une ville ennemie. Dans la troisième croisade , les Français et les Anglais prirent la route 'de la mer ; les Croisés allemands traversèrent seuls l'empire grec; Frédéric Barberousse qui les conduisait avait ravagé la Tlirace, et s'était emparé de toutes les villes situées sur son passage; l'erapereur Isaac Lange ^ après avoir
opposé une vaine ostentation à la marche triomphante de Frédéric, s'occupa prudemment de détourner l'orage qui menaçait la capitale, et détermina l'empereur d'Occident à s'embarquer avec son armée à GallipoK. Ce n'est que douze ans après la troisième croisade que devaient s'accomplir les menaces des guerriers latins et que la superbe Bysance tomba au pouvoir des Vénitiens et des pèlerins venus de la Champagne et de la Flandre.
Nous allons suivre ici pas à pas un chroniqueur, témoin oculaire et compagnon d'armes des croisés. La flotte de Venise qui portait les guerriers de TOocident, aborda à Calcédoine, puis à Scutari que la chronique appelle Scutaire; l'armée des croisés débarqua sur cette partie de la côte , et campa pendant quelques jours dans cette vaste plaine que nous voyons aujourd'hui couverte de tombes et de cyprès. Les chefs de la croisade, dit Villhardouin , tinrent leur parlement y et ce parlement fut tenu à cheval, au milieu des champs. Ils voyaient devant eux, d'un côté, Bysance avec ses hautes tours, de l'autre , la colline des Figuiers , appelée mainte-' nant la colline de Péra, où l'usurpateur Alexis avait fait assembler une armée. Ce spectacle ne fit qu'exciter leur enthousiasme guerrier ; les trompettes donnèrent le signal, et les croisés^ rentrant dans leur flotte , débarquèrent* sur le rivage d'Europe 5 la partie de la rive où ils firent leur débarquement est celle qui s'étend entre Bechiktach et
la pointe de Tophana; les Grecs n'osèrent point attendre les croisés et revinrent dans Gonstantinople sans combattre ; les Latins vinrent camper devant la tour de Galata , où aboutissait la chaîne qui fermait le port, et bien virent les barons se ils ne prenaient cette tor et se ils ne rompaient cette chaîne^ ils étaient morts et mal baillis. Les croisés/ après avoir passé la nuit dans le quartier habité alors par les Juifs, se disposaient à livrer un assaut à la forteresse; les Grecs qui la gardaient, firent une sortie et furent repoussés ; les guerriers latin» les poursuivirent et entrèrent dans la tour; ainsi fu le cha^stiaux de Galathas pris y et li port de Constantinaple gagné par farce. La flotte de Venise put alors brider chaîne et entrer dans la corne d'or.
La tour de Galata, long-temps occupée par les» Génois sous les empereurs grecs, avait été conservée jusqu'à nos jours. Depuis la domination des Turcs, elle servait de fanal et de lieu d'observation pour les incendies ; un incendie l'a détruite il y a quelques mois. On s'occupe maintenant d'en abattre les décombres, pour rebâtir une tour nouvelle qui aura là même destination. Le lieu où aboutissait la chaîne qui fermait le port, a été reconnu par Pierre Gilles, qui nous dit que de son temps on appelait ce lieu, Porta Catena; la porte de la ville à laquelle cette chaîne était attachée, existe encore sous le nom de balouk-basar ( la porte du marché aux poissons ).
Maîtres de Galata , les croisés xésoluîenl: ^VlUa— quer la ville impériale par terre et par mer;. la flotte vénitienne s'avança vers le fond du havre ; les croisés français traversèrent le Cydaris sur |ii^ pont de pierre , et vinrent camper entre le palais des Blaquernes et le chq^stel d§ Bohexnondy fiui ère Hne abaye close ijL^ murs ( le Cosmidium ou le monastère de Saint-Côme et Saint-Damien). Le maré^ chai de Champagne , en racontant les événen^ns du $iége , nous dit que Tarmée des chevaliers et de^. barons ne put assiéger qu'une des postes de Constantinople ; et ce fut malt grant ni^fveille y que poiii^ un homme qui éioit m Vost, étoient-ils deux cents en la ville. Le chroniqueur ne désigne pas daQS çop récit la porte qui fut assiégée ; mais on doit croi|*e que les Français , dans leurs attaques , se rapprochèrent le plus qu'ils purent de la floUe de Yenise j leurs échelles , dit Villhardouin , furent drjesses h, une barbacane einpi'ès lu mer. L'historien grec Nicétas rapporte que les Flamands et les Champenois 8'avancèrent du coté du monastère de Saints Côme et Damien , et qu'ils vinrent camper auprès de la colline^ d'où s'apercevait le palais des Blaquernes^ les habitans voyaient du haut des murs (c'est toujours Kicétas qui parle), les tentes de leurs ennemis, et pouvaient entendre jxirler ceux qui campaient à GtniXislemur j, dont ils ne se tn>uvaient séparés que jxir le it^mpiui • Il faut cimclure des récits de Niwtas et de Villelwnlouiu que les tentes
des croisés couvraient l'espace occupé aujourd'l^ par le village ou le faubourg à^Eyoub , et qu'elles s'étendaient viers l'extrémité méridionak du port.
Le poiQt d'attaque qu'avaieni; choisi les croisé^ français él^JLt celiii qui présentait le plus de diffi wités pour un assaut; les murailles devant lesquelles ils étaient campés , ^t qui existent encore en partie^ s'élévaieat plus haut que partout ailleurs 3 les Greics ne leur laissaiept point de repos , et sortaient p^r une porte située au-dessus du palais des 31aquernes ( vraisemblablement la porte oblique ou la porte Karsia Poli , appelée aujourd'hui Egri Çapou ). Dans un assaut général ^ quin;se guerriers français seulement parvinrent au sommet d'une échelle , et deux d'entre eux furent faits prisonniers. L'attaque des Vénitiens, du coté du port, fut plus heureuse; la Qotte s'étendoit h troi$ arbaletées, le long des remparts. Les mangonau^ firent une large brèche , par où les assaillans se précipitèrent sur les pas de leur doge , qui vieil home étoit et goûte ne veyoit. Vingt-cinq tours qui gardaient la ville du côté du port y tombèrent au pouvoir des Vénitiens. Les Grecs accouraient de toutes parts pour repousser leurs ennemis victorieux j ceux-ci mettent le feu aux quartiers voisins des murailles , et se retranchent derrière un vaste incendie.
Ce fut alors que l'empereur Alexis sortit avec toute son armée, par autres portes situées bien loin d'iuie lieue de Vost. Ces portes ne pouvaient êlre
que la porte Dorée , la porte Selivrée et la porte Bouchée {Kapaneu, Capouni) ; Bien sembloit périllose chose , ajoute Villhardouin , que les croisés françois^ n'avoient que six batailles , et les Grecs en avaient bien soixante. Le doge de Venise , averti du danger où se trouvaient les chevaliers et les barons , accourut avec les siens. L'armée impériale s'était approchée à la portée du trait; mais l'empereur Alexis y soit qu'il fût satisfait d'avoir suspendu l'attaque des Vénitiens , soit qu'il n'osât combattre les guerriers français , se retira tout à coup vers Philopas. Philopas ou Philopatrium , était un palais impérial bâti'hors de la ville, près de la porte Selivrée. Il n'en reste plus aucun vestige; les Grecs ont eu long-temps en ce lieu une chapelle qu'ils appelaient Balukli , ou l'église des poissons ^ .
Cependant l'usurpateur Alexis résolut d'abandonner sa capitale, et toutes les hostilités furent
' Beaucoup de voyageurs ont parlé de ce caloyer qui faisait frire des poissons le jour de rentrée de Mahomet II à Constantinople : comme on lui annonçait le triomphe des Turcs , « Bah ! s'écria-t-il , je croirais plutôt que ces poissons vont ressusciter et sortir de la poêle. » Et ausitôt le cénobite incrédule vit les poissons sauter dans un baquet d^eau qui était près de là. L''église , bâtie en mémoire de ce miracle , a été détruite par les Turcs au commencement de la révolution grecque ; mais la légende veut que les poissons , qui datent de la conquête de Mahomet II , aient survécu à ce dernier désastre. Nous avons vu au milieu des ruines de Téglise grecque un pauvre caloyer qui entraine le voyageur auprès d'un petit bassin , pour lui redire encore : Jilhos psari , eJJ'endi; Voici les poissons ^ monsieur. Il faut dire en pas-* sanl que celle histoire est une fable conmie on en raconte beaucoup ca
suspendues. Lorsque, plus tard, la guerre recommença y les croisés n'attaquèrent point la cité impériale du côté de la terre. Les Vénitiens et les Français réu^irent tous leurs efforts contre les remparts qui bordaient le havre j on avait disposé les attaques de telle manière, qu'au rapport de Vil- Ihardouin , le premier assaut s" étendait a une demilieue française. Cet assaut dura jusqu'après l'heure de nones ; on se battait mult dur en plus de cent lieux à la fois. Les croisés ayant été repoussés, les chefs tinrent parlement^ et décidèrent qu'on recommencerait l'attaque; le second assaut fut plus vif que le premier, et dans le choc du combat, il semblait que la terre se fondit. L'attaque dura ainsi longuement, tant que notre sire Jésus-Christ fit lever un vent qu^on appelle boire (borée ou le vent du nord ) et bota les nefs et les vessiaux sur la rive plus qu'ils n'étaient devant. Deux nefs liées ensemble, dont l'une avait nom la Pèlerine^ Vautre li Paradis^ approchèrent a une tor l'une d'une part^ l'autre de l'autre; bientôt un Français et un Vénitien parviennent à la tour j ils sont suivis par les plus braves de leurs compagnons; on dresse ensuite les échelles contre les murs; quatre tours sont prises ; on abat trois portes de la ville ; telle est la relation abrégée
Orient \ à Pépoque du siège de Constantinopic par les Turcs , toutes les campagnes voisines devaient être occupées par les armées dn Croissant , et les guerriers musulmans ne devaient guère laisser au\ caloyers qui élaienl aw\ portes de la capitale , le loisir de faire frire des poissous.
du maréchal de Champagne; Nicétas tjui traGonte les mêmes événemens^ rapporte <pae deux soldats^ montés sur une échelle vis^-vis du Pitnottyatkofr^ tèrent dans une tour; en même tçmps un soidat nommé Pierre, qui avait la taitte d'un :géaat et dont le casque était comme une tour^ entra par la porte 4jui était pi^ du Pitrî(m > Cette porte a été oonservée, et les Turcs l'appellent Pétri ca^MmsH- £ile était dans le quartier désigné par Phransès sous le nom de regio Pétri. Les trois portes doot parle Villfaardouin ^ et qui fur^ent prises d'abord par les croisés, étaient sans doute la Porte sainte ^ cdle de Petrionj et la porte impériale ; elles existent «noore toutes les trois; la première est appelée Aia^ka-poussij la seconde, comme je viens de le dire^ Pétri capoussi; la troisième Balart ou Paiat (porte du palais). Nicétas dit qu'il se fît un grand carnage à cette dernière porte et dans le voisinage du palais des Blaquernes. Alexis Mursuffle, qui avait usurpé la pourpre, voyant les Latins maîtres de la ville, cfcevaucha^ dit Villhardouin , par plusieurs rues , le plus loin qu'il put, de eelle de VOst, et vînt à une porte qu'on appelle porte Oirée ( porte Dorée) par laquelle il déguerpit de la cité, m Ainsi Constantinople fut prise par les croisés Fan 1 2o4, le lundi de Pâques-fleuri.
La porte Dorée par laquelle sortit l'usurpateur Mursuffle, est située à l'angle oriental de la ville. Ce fut de ce coté là et par cette même porte, que
les Grecs rentrèrent dans la cité impériale, soixante ans après la conquête des Latins. Une maison de ce quartier, située près des remparts, avait une issue secrète dans la campagne; quelques soldats de Jean et de Michel Paleologue pénétrèrent par cette issue, abattirent à coups de hache la porte Dorée, et la ville fut reconquise. J^ai passé plusieurs fois devant la porte Dorée, qui fut mu:ée dans les derniers tempfi^ di» Bas^Empire ht cause de certaines prédictions et qui n'a pas été rouverte par les Turcs.
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SUITE
DE LA LETTRE LVIfl.
SitoE ET PRISE DE COMSTJkHTntOrLC PAR IXS TUmUS^
Péra, août 1830-
Le siège à la suite duquel les Turcs s'emparèrent deBysance, commença au mois d'avril i453, et dura plus de cinquante jours. « Un matin ^ dit l'historien Cogia-effendi , pendant que l'armée lumineuse du soleil s'avançait pour s'emparer du château des ténèbres y Vamnt-garde victorieuse du grand sultan ( Mahomet II) arriva sous les murs de Constaèiti-" nople; bientôt l'armée impériale, semblable a une mer sans limites et a mille torrens impétueux , se précipita sur ses traces et vint assiéger la place du côté de la terre. » Les murailles de la ville furent atta-
quées dès le commencement du siége^ sur toute la ligne qui s'étend depuis la porte Dorée jusqu'à l'angle qui domine le fond du havre, ce qui comprend un espace de cinq ou six mille anglais. Dans les attaques des Latins, on avait employé toutes les machines de guerre connues des anciens ; dans le dernier siège, on joignit aux moyens de destruction en usage jusqu'alors, tous ceux qu'avait inventés le génie des modernes. Le terrible appareil des béliers et des catapultes sy déploya avec celui de l'artillerie dont l'usage venait de s'introduire en Europe ^ et que les Turcs ne dédaignèrent point, quoiqu'elle fut une invention des chrétiens. La flamme vomie par ces instrumens au corps d'airain^ a la bouche enflammée y jetait la douleur et le trouble /?armi les mécréans; la fumée qui s'en échappait, rendait le jour semblable à la nuit sombre, et la face du monde devint aussi obscure que la noire destinée des infidèles. En même temps, les flèches, partant de l'arc comme des messagers du trépas, annonçaient aux ennemis le jugement des destins j lesbalistes envoyaient aux gardiens des tours et des remparts les arrêts du Coran. J'ai vu sur toute la ligne les brèches qui furent faites aux murailles dans ces terribles combats , et la reine des cités est encore là^ étendue sur le champ de bataille , couverte de ses armes émoussées et de ses mortelles blessures 5 la plupart des inégalités de terrein que nous voyons autour de nous, sont aussi le résultat de ce siège si formi-
dable^ qui^ semblable à plusieurs tremblemetis de terre, abattit les tours ^ ébranla les remparts, et bouleversa jusqu'au sol foulé par les armées.
Cependant les efibrts et la milltitude des assiégeans, toutes les foudres déployées contre la ville^ n^avaient pu la réduire; les fossés, les hautes' murailles, le courage des Grecs , semblaient avmr lassé l'ardeur impétueuse des Musulmans. Ce fut alors que la flotte de Mahomet fut transportée par terre des eaux du Bosphore dans celles du havre. Les Musulman& (je copie ici le récit des historiens turcs), tirèrent de la mer sur le sol , leurs vaisseaucc aussi grands que des montagnes; après les avoir frottés de graisse et pavoises , ils les Grentglissièr sur lat&tre deats tes descentes et les numtéesj et les lancèrent swr les flots qui baignent les murs de la cité. J'ai stidvi le chemin que prit la flotte musulmane, partie de la vaWé^ de Dolmak'bachi^ s'avançant derrière lé champ des morts, gravissant- la colline de Péiraf, ^ redescendiant par la vallée profonde de Saint-Diiâttrie jusqu'au quartier appelé Kassan-packê^. iLes Musulmans puï^nt alors attaquer le côté de la xîlie par lequel étaient entrés les croisés italiens et français.
J'ai souvent interrogé les Turcs sur la conquête de Constantinople ; pour toute réponse , ils m'ont montré les boulets de granit, placés comme des trophées sur la porte Top Capoussi, autrefois la porte de Saint-Romain. Ils n'en savent pas davan-
lage^ çt paraissent ignorer les attaques faites sur d'autres points ; les énormes brèches qu'on rencontre presque partout^ attestent cependant que la ville fut pressée de tous les côtés, et que les remiparts du côté de la terre, furent attaqués depuis la porte de Selivrée jusqu'à la porte Oblique, tandis que le phanar, défendu vaillamment par le grand duc Notaras^ se trouvait en butte à des assauts opitiiàtres. Les traditions des Turcs s'attachent ainsi exclusivement à Mahomet II ; ils ne s'occupent que des lieux où il était présent, et ne voyent dans tous ces combats que la porte Saint-Romain devant laquelle le sultan avait planté ses pavillons victorieux. Un souvenir, un spectacle plus touchant occupe l'attention des voyageurs européens. Qui ne se rappelle avec attendrissement le sort du dernier des Constantin , se dévouant à sa patrie en péril , et périssant sous les ruines de son empire ? On voudrait connaître ses demiéres actions, ses dernières paroles; on voudrait savoir surtout en quel endroit il succomba; comme la plupart des historiens contemporains s'accordent à dire que Paléologue défendait la partie des remparts attaqués par Mahomet II , on en a conclu généralement qu'il était mort devant la porte Saint-Romain, comme le brave Hector, qu'il avait pris pour modèle, était mort devant les portes Scées. Un arbre magnifique, dit un voyageur anglais, élève en ce lieu ses rameaux sur une muraille écroulée , comme m. 9
pour marquer la place où tomba le dernier des hé» ros grecs. L'aspect des lieux et la lecture apprcM fondie des historiens ne me permettent point de partager cette opinion^ je vais vous exposer en peu de mots mes motifs.
Cogia-effendi, quoique son récit soit fort incomplet, et quelquefois inexact, peut cependant nous fournir quelques lumières et nous conduire à la vérité. Si on en croit l'historien turc, l'empereur grec chargea les Génois et les Vénitiens de réparer la partie des remparts située au midi de la porte d'Andrinople. Il y eut là d'effroyables assauts livrés par les Turcs : pour ne pas laisser aux assiégés le temps de réparer leurs murailles démolies, les Musulmans poursuivaient leurs attaques pendant la nuit , et portaient des flambeaux au bout de leurs lances , ce qui , selon l'expression de l'historien ottoman, faisait ressembler le champ de bataille a un jardin semé de roses et de tulipes. Ce fut dans un de ces assauts, que Justiniani, chef des guerriers francs, fut atteint d'une flèche, et que le désordre se mit dans la troupe qu'il commandait. Dans le même temps, (c'est toujours le récit de Cogia-effendi ) l'empereur grec, entouré de ses soldats les plus braves, était dans son palais ^ situé au nord de là, porte d' Andrinople y et cherchait à en défendre les avenues contre les guerriers musulmans. Lorsqu'il apprit que l'ennemi avait franchi les murailles de la ville, il quitta sa deineure royale pour secourir
ceux qui fuyaient, et plusieurs des assiégeans qui couraient au pillage, tombèrent sous ses coups ; après plusieurs exploits^ il fut renversé de son cheval sur la terre ensanglantée, et périt de la main d'un soldat turc y blessé lui-même , et gisant parmi les morts. Les auteurs grecs ajoutent à ce récit que les assiégés^ poursuivis par les Musulmans, se pressèrent en foule à la porte Carsia (Egri-capou,) et que, de ce' côté, on vit paraître Constantin , monté sur un cheval fougueux; comme les Turcs venaient d'envahir le quartier du Phanar^ et qu'ils entraient p^u: la porte et les brèches d^ Egri-capou ^ l'empereur et les compagnons qui lui restaient, se trouvèrent tout à coup entre deux troupes d'ennemis , toutes deux victoiieuses ; il ne put leur résister , et ce fut sans doute dans l'horrible désordre qui dut suivre cette double invasion des Turcs, que disparut Paléologue ; on voit encore près de la porte d'Egricapou^ les restes assez bien conservés d'un palais que les traditions ont appelé jusqu'ici le palais de Constantin; ce palais est situé dans un lieu élevé et domine toutes les ruines du voisinage 5 on pouvait suivre de là tous les mouvemens du siège et veiller sur tous les points menacés ; la construction de cet édifice ne paraît pas remonter plus loin que le règne de Paléologue, et tout nous porte à croire qu'il fut bâti par ce prince peu de temps avant l'attaque des Musulmans. Je ne crois pas qu'il faille chercher ailleurs la place où succomba le
dernier des empereurs grecs ; pour ceux qui Veïi-* lent honorer la mémoire de ce héros du pauio-^ tisme^ quel plus beau mausolée, quel plus digne monument que ces nobles ruines qui portent en-=' core son nom ?
Je viens de vous faire l'histoire des murailles de Constantinople, au moins pour ce qui regarde le» croisades et la conquête des Turcs. J'ai visité trèssouvent ce qui reste de ces remparts extérieurs de la ville, qui avaient fini par enfermer dans leur enceinte tout l'empire romain; aujourd'hui les ueiurailles de la ville du côté du port, sont presque pa]>tout détruites ; plusieurs des portes , placées de ce côté, n'existent plus, ou sont en ruines j en rere-^ nant du fond de la corne d'or, à la pointe du sérail , on voit des murs rétablis et rebâtis à neuf, d'api^ le plan de l'ancienne construction : lorsque Fétranger voit par dessus ces murailles reblanchies, la pointe dorée des kioskes, la [cime verdoyante' des cyprès, il juge facilement que de pareils remparts ne défendent plus que des jardins solitai-^ res, et les voluptés jalouses des sultans. Du côté de la Propontide, les murs extérieurs de la cité n'ont jamais été exposés aux assauts de l'ennemi ^ et n'ont eu à souffrir que des ravages du temps, du voisinage des flots, et des tremblemens déterre. Lorsqu'on regarde du côté de la mer cette partie de Iq ville, on ne voit çà et là que de vieux remparts montrant leurs briques et leurs pieires grisâtres ;
des tours délabrées, qui paraissent comme suspens, dues au rivage , des créneaux à demi démolis, et de %'ieilles maisons de bois, mêlant eixsemble leurs, ruines. Vers l'angle méridional de la ville, on peut voir encore debout Tare de triomphe de la porte Dorée, et le château des Sept-Tours, jadis une prison redoutée des chrétiens, des janissaires, même des sultans, maintenant un édifice solitaire et presque abandonné.
Je reviens aux murailles extérieures qui regardent la campagne ; en suivant la route qui borde la cité , on ne se lasse point d'admirer d'un côté les forêts de cyprès qui couvrent les cimetières , de l'autre , des touffes d'arbousiers, d'oliviers sauvages, sortant des masures , s'échappant du flanc d'une muraille, ou couronnant le sommet d'une tour; si j'avais le talent de la peinture , au lieu de vous écrire une lettre, je vous ferais un tableau ; je vous montrerais les fossés d'une capitale, à moitié convertis en jardins , les bois verdoyans , la parure des saisons, croissant suèdes brèches faites par le boulet , et montant sur les créneaux de la porte du Canon; ce tableau de la nature agreste et des tours qui furent le théâtre du carnage , pourrait servir de pendant à ce bouclier d'Achille si poétique , où le génie d'Homère mêle partout , aux images sanglantes des combats, l'aspect des vertes campagnes, l'aspect des vendanges et des moissons.
\\ suffit d'avoir vu les murailles de Constanti-*^
nople, telles qu'elles ont été conservées jusqu'ici , pour se convaincre que les Grecs regardaient leur capitale comme leur dernier asile , et leur dernière espérance de salut; aussi tout le patriotisme des empereurs consistait-il à faire bâtir ou réparer les portes et les murailles de la ville 5 rien n'était plus glorieux pour les successeurs de Constantin que d'ajouter quelque chose aux fortifications comme aux embellissemens de la cité impériale. Les travaux de ce genre étaient comparés par la flatterie des Grecs à ceux de Minerve et d'Apollon j quelquefois, on invoquait, dans une inscription gravée sur la pierre, le Dieu qui mourut pour sauver le monde. L'opinion commune attribue au feu grégeois la conservation de Bysance -, c'est un préjugé historique , que Montesquieu n'a pas dédaigné d'adopter dans son livre immortel ; nous ne voyons pas dans les sièges dont nous avons parlé que les Grecs aient fait un grand usage du feu grégeois, pour défendre leur ville ; la vérité est que Bysance plaçait principalement son salut dans la hauteur de ses remparts, dans le nombre de ses tours; Nicétas, après avoir raconté la prise de Constantinople, ne parle pas du feu grégeois, mais il s'en prend aux murailles de la cité qui n'ont pas rempli l'espoir des empereurs et du peuple . Lorsque j'eus franchi la porte Dorée, nous dit cet historien, et que je fus sorti de la ville livrée aux fureurs des Latins, je me plaignis aux murailles de ce qu'elles demeuraient in-'
sensibles aux grandes calamités publiques , et quelles se tenaient é)icore debout au lieu de fondre en lannes. Ainsi les Grecs regardaient leurs remparts, comme les dieux termes, comme les véritables gardiens de l'empire.
Les Turcs ne paraissent pas avoir la même pensée, et leur préjugés nationaux ne leur permettent pasdecroire qu'ils puissentjamais être attaqués dans Stamboul la bien gardée. Dans le dernière guerre des Russes , l'armée de Diébitch s'approchait de la capitale ; l'idée ne leur est pas même venue de relever les tours démolies et de fermer une seule brèche des murailles. Ces murs /depuis l'entrée de Mahomet dans la ville, n'ont subi aucun changement, n'ont jamais été réparés; si jamais les chrétiens rentraient victorieux dans la cité de Constantin , ils pourraient passer par les brèches qu'avait faites l'artillerie des Turcs, et trouveraient les remparts, les tours, les portes de la ville telles qu'elles étaient au jour de la conquête des barbares.
P. iS. Je dois vous avouer, avant de terminer ma lettre, que j'ai reconnu une erreur grave dans laquelle je suis tombé , et dont il m'importe d'avertir mes lecteurs; j'ai dit, dans la description que j'ai faite de Bysance , que les fossés de la ville se convertissaient en un canal large et rapide , et que cette ville artificielle pouvait être alternativement en-vironnée par les eaux ou par le continent. Il suffît d'a-^
voir vu le terrein, exhaussé sur lequel la ville est bâtie du côté de la campagne^ pour être assuré que jamais les fossés n'ont pu être remplis d'eau; ces fossés se trouvent au-dessus du niveau de la mer et des rivières qui se jettent dans le port. J'avais commis cette inexactitude topographique, d'après une assertion d^Émanuel Chrysolorns y adoptée par Gibbon; cet Emanuel Chrysoloras, venu de la Grèce en Italie , m'avait inspiré trop de confiance; il est arrivé quelquefois à des rhéteurs , mais je ne le savais pas alors, de sacrifier des vérités trop simples aux ornemens de la rhétorique ; mes voyages me font revenir chaque jour de ma crédulité.
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