A MONSIEUR SAINTE-BEUVE
50 octobre 1856.
N'ayant pas votre adresse, mon cher Sainte-Beuve, je ne savais comment répondre à votre lettre. Mais Perrotin se charge de vous la faire parvenir (ma réponse), et je vous envoie ce petit mot.
Il serait peu convenable que je me permisse d'apostiller la demande de madame Blanchecotte, où elle met mon nom en avant. De plus, il faut avoir titre pour apostiller les demandes à un ministre qui peut ne pas vous connaître. Ah! si j'étais académicien, passe encore. Mais vous savez que je n'ai pas cet honneur. Avec Fortoul, je n'étais pas obligé d'y regarder de si près : avec le ministre actuel, c'est bien différent.
Que n'avez-vous eu l'idée de faire signer par plusieurs hommes de lettres la demande en faveur de notre jeune muse? Certes, alors je me serais empressé de signer avec tous ceux qui auraient voulu prendre part à cette bonne œuvre. Madame Blanchecotte n'en peut pas douter.
Toutefois je me serais permis une observation : elle vient de toucher son prix; elle a une gratification de l'Empereur : ne faudrait-il pas attendre un peu avant de solliciter de nouveau la bienveillance de l'administration? Cette observation, je vous la soumets complètement.
Enfin, je vous dis ce que je pense sur cette affaire et me mets à voire disposition pour toute demande qui rentrera dans les règles que ma position m'impose.
Vous ne me saviez pas aussi fort sur l'étiquette, n'est-ce pas? Elle a du bon, croyez-m'en.
Je le répète donc : une demande de plusieurs hommes de lettres en faveur de notre chère muse, et je signe aussitôt que vous le voudrez.
Pardonnez à tout ce bavardage, et croyez-moi tout à vous.
CCXGVI