‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 39 sur 141 · J34 CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

J34 CORRESPONDANCE

A. MONSIEUR BOULAY (dE LA MEURTHE)

U février 1852.

Le pauvre Meunier (Arsène), arrêté le 2 décembre, à cinq heures du matin, remis en liberté le 30, a été réarrêté le 29 janvier, sans aucun nouveau fait à sa charge, ainsi que je m'en suis assuré à la police, lorsque j'ai été le voir au dépôt. Son dossier et son interrogatoire ne laissent craindre aucun fâcheux résultat.

Il paraît qu'il n'a que moi à qui s'adresser, bien que je le connaisse peu. Aussi m'écrit-il aujourd'hui que la commission vient de le faire transférer du fort de Bicêtre à celui d'Ivry, ce qui annonce une condamnation. Croiriezvous, mon cher monsieur, que c'est sur son journal d'éducation, et sur l'activité qu'il a particulièrement déployée à cette époque, que semble se fonder la suspicion dont il est l'objet. Prenez garde à vous, qui avez fait bien plus que lui dans cette patriotique affaire, ainsi qu'il l'a publié dans un certain numéro où j'ai lu alors un article sur vous, qui m'a fait d'autant plus de plaisir qu'il ne contenait que de justes éloges.

Meunier a encore une chance : c'est à la commission de révision. Ne pourriez-vous, mon cher monsieur et ami, servir ce malheureux, que la déportation en Algérie menace, en lui accordant l'appui de votre nom, qui ne peut être que tout-puissant? Un mot de vous au ministre de la guerre sauverait sans doute le pauvre instituteur. J'ai fait l'épreuve depuis deux mois que je ne puisX^re utile à personne. On

m'avait accorde une commutation pour Lachambaudie ; et ce fabuliste, d'une santé déplorable, est encore en rade de Brest, à bord du Duguesclin\ ce qui me fait craindre qu'on ne soit revenu sur la décision à demi favorable qu'on m'avait fait connaître.

C'est le peu de crédit que j'ai sous ce gouvernement qui m'engage à vous supplier de vous employer promplement en faveur de Meunier, qui, si vous pouvez en parler au ministre de la guerre, évitera sans doute la déportation en Afrique.

Je présume trop bien de votre humanité pour vous faire mes excuses de cette démarche; mais je vous prie de me croire comme toujours, monsieur et ami, votre tout dévoué.

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19 février 1852.

Je suis bien en retard avec vous, mes chères amies; mais, depuis le 2 décembre, j'ai eu peu de temps à moi. Il m'a fallu m'occuper de bon nombre de ceux qui ont été emprisonnés ou proscrits. J'en connais beaucoup; quelques-uns sont même de mes amis. Voilà donc deux mois et demi que je cours les ministères, que j'écris, etc., etc., et tout cela malheureusement sans beaucoup de succès. Quand on ne s'est pas rangé sous le drapeau du vainqueur, on n'a que peu de crédit à mettre au service des vaincus. Enfin, j'ai fait et fais encore tout ce qui m'est possible pour les malheureux qui s'adressent à moi.

* Ce vaisseau de. ligne s'est perdu, il y a peu de temps, dans le voisinage du port de Brest.

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1 '">''•'" de la presse périodique.

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