‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 8 sur 141 · A MONSIEUR PIERRE DELAUNE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR PIERRE DELAUNE

Passy, 22 avril 1849.

Je vous remercie, monsieur, de ce que vous me dites de flatteur. En effet, j'ai souvent été prophète; mais croyez que c'est un triste avantage, ne fût-on pas traité comme Cassandre. Voir venir de loin l'orage, l'annoncer sans être cru, et

* Les anecdotes disent seulement : « Un vieillard du parterre. »

en recevoir sa part avec tous les incrédules, c'est en souffrir plus longtemps et plus qu'eux. Heureux encore si on ne vous accuse pas de l'avoir provoqué !

Aujourd'hui, monsieur, mes lunettes se sont furieusement embrouillées, et je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez, qui n'est pas long; je m'en console en pensant que les avis que j'ai prodigués n'ont été utiles à personne. Ne faites donc pas trop de cas de ma prescience, et contentons-nous de faire ensemble des vœux pour notre chère patrie.

Passy, 24 avril 1849.

Je commence, monsieur, par vous remercier de vos bonnes intentions et de vos flatteuses paroles, en vous avouant toutefois que je n'en comprends pas bien le but. Je n'ai jamais voulu me mêler de mes biographies; et si c'est une biographie en vers que vous avez la bonté de faire, je prétends l'ignorer jusqu'au jour où vous m'en enverrez un exemplaire.

Vous me demandez si j'ai changé de drapeau : la demande est peut-être étrange, adressée à un homme de mon âge et, j'ose dire, de mon caractère, auteur du Vieux Drapeau. Permettez-moi donc de ne pas y répondre. Quant au reste, monsieur, puisque vous me placez d'avance aux Champs-Elysées, je vous engage à user largement des libertés qu'on a le droit de prendre avec les morts. Je le suis en effet pour la politique, d'où je me suis complètement retiré depuis près d'un an. Je vous réponds ce peu de

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