‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 88 sur 141 · A MONSIEUR DE V · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE V

16 juin 1854.

J'entends tous les jours de prétendus hommes politiques me parler du parti légitimiste, du parti républicain, du parti orléaniste et même du parti socialiste. Il font certainement, de ces partis, un total de mécontents assez important, mais qui ne saurait en rien effrayer le gouvernement de Napoléon. Les légitimistes, habitués pour la plupart à faire de l'opposition par ton, à vivre commodément en dehors de toute préoccupation populaire, me semblent peu capables de montrer de l'énergie dans un temps donne. Napoléon les laisse jouer leurs petites trames, bâtir dans leurs salons leurs petits complots; il ne les craint pas le moins du monde. Ils peuvent lui causer quelque ennui ; ils peuvent le froisser dans son amour-propre de parvenu ; mais là s'arrête leur pouvoir. Les républicains pourraient être plus redoutables s'ils savaient s'entendre et sacrifier au profit de leur opinion leurs communes ambitions, mais ils sont encore loin d'en arriver là, et par conséquent loin de pouvoir culbuter le trône que leurs sottises ont aidé à rebâtir. Le parti orléaniste a quelque pouvoir; il compte dans ses rangs plusieurs hommes connus et dont les noms ont pris racine dans la mémoire du peuple. Les orléanistes sont les seuls hommes qui pourraient tirer avantage d'une circonstance; mais, cette circonstance, ils ne la feront point naître. Le parti socialiste est sans crédit dans l'opinion. Il n'est pas arrivé encore à l'état d'armée. Quand il sera sorti de ses rêves, qu'il aura mûri ses théories, ce qui

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