‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 92 sur 141 · IV · texte numérisé non relu

IV

ai une autre assurance : c'est tout le bien que votre sœur

et vous m'avez habitué à penser de vous deux.

Adieu, mon cher Henri ; faites de ma part mes compliments de condoléance à tous les vôtres et surtout à l'amie de mon enfance, votre bonne grand'mère, que j'embrasse ainsi que vous tous, et croyez-moi, tout à vous de cœur, votre vieux cousin.

Judith, aussi affligée que moi, partage tous mes sentiments pour vous.

A MONSIEUR ALEXIS MUSTON

26 février 1855.

Je vous remercie, mon cher monsieur, de l'envoi des premiers chants imprimés de votre poëme. Yous pouvez croire que je vous ai relu avec attention. Les corrections que vous y avez faites et que j'ai constatées ne sont pas suffisantes encore. Le début cependant vaut mieux. Ces vers :

Dans un rude branchage, Les hameaux m'ont taillé cette lyi"e sauvage, Dont la corde inégale a retenu le bruit Du vent dans les sapins, etc.,

remplacent avantageusement l'invocation antique. Mais cette poésie est si nouvelle pour nous, que c'était une nécessité d'autant plus impérieuse d'obéir aux exigences des formes généralement adoptées, et je vois avec regret que vous persistez dans votre système de rimes. On vous accusera d'impuissance ; que n'éticz-yous ici ! En un jour je vous aurais débarrassé de cet inconvénient.

Croyez-moi, revoyez ce volume, retardez la publication

du reste, travaillez à vos heures, sans précipitation, mais avec persévérance, con amore, comme dit votre langue, et vous pourrez arriver à illustrer la lutte héroïque de vos coreligionnaires, au milieu d'un monde qui les connaît à peine.

J'ai toujours votre ancien manuscrit. Depuis près de deux mois, sans qu'alors même je fusse malade comme je le suis aujourd'hui, on annonce dans Paris que je suis mort. Cela me fait penser à une mesure de précaution. Je mets dans mon secrétaire vos cahiers sous enveloppe avec votre nom et votre adresse ; en cas de mort réelle, mes héritiers vous les remettront.

Pour fuir le monde, je me suis retiré au Marais, où je demeure, rue de Vendôme, n° 5. J'y reçois cependant encore plus de monde qu'il ne m'en faudrait; mais enfin j'y peux borner mes dépenses à mes petits revenus. C'est beaucoup.

Je relis ma lettre que je trouve d'écriture et de style fort embrouillés. Voilà des signes de décrépitude. Vous reverrai-je encore? Dieu seul le sait. Toute occupation prolongée me pèse. Ne vous étonnez donc pas si j'écris si peu souvent.

Adieu, mon cher monsieur Muston. Croyez à mon estime comme à mon amitié.

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