‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 96 sur 141 · A MONSIEUR JULES MARCHESSEAU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR JULES MARCHESSEAU

Paris, 22 août 1855.

Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir tant tardé à vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire : j'avais perdu votre lettre du 21 juin, qui me disait en quel lieu vous habitez. Enfin, j'ai retrouvé hier la précieuse lettre et me dépêche de m'excuser.

J'ai lu votre volume avec un véritable plaisir : car je suis de ces vieux poètes qui n'en veulent pas à ceux qui sont chargés de les enterrer. Si vous le voulez, monsieur, il ne tiendra qu'à vous de marcher un jour en tête de ceux qui feront oublier moi et beaucoup d'autres des rimeurs de nos temps. A la suite des Hugo, des Lamartine, des Musset, qui (ceux-là doivent survivre) occuperont la postérité de leurs œuvres, il me semble que vous pourrez vous placer, si vous voulez improviser un peu moins. Il y a dans votre volume d'essais des morceaux qui mériteront d'embellir les volumes qui lui succéderont sans doute. Laissez de côté les distinctions de romantisme et du classicisme. Toutes ces distinctions doivent tomber à l'eau, comme insignifiantes. Oui, monsieur, si vous voulez donner une direction à votre verve, bien jeune encore, je ne doute pas que vous ne preniez une place éminente dans les poètes dont notre avenir littéraire se glorifiera ; alors, pour que mon nom me survive, n'oubliez pas, je vous prie, d'instruire la postérité du nom de celui qui se l'ait un plaisir et un devoir de vous encourager dès vos brillants débutsT

CGLIX

A MONSIEUR PERROTIN

Mon cher Perrolin, j'apprends que vous avez eu l'idée de faire paraître une réfutation des invectives dont j'ai été assailli dernièrement *.

N'en faites rien, je vous prie. Que dans les journaux on ait répondu aux attaques, rien de plus simple. J'aurais souhaité qu'on pût soutenir cette petite guerre ; le pouvoir en a jugé autrement. Restons-en là, je vous prie. Point de brochure.

Si vous avez, dans les journaux, des amis, voyez ce que vous en pourrez faire; mais, encore un coup, point de brochure.

Remerciez de ma part l'auteur ou les auteurs qui avaient proposé de me défendre.

Vous savez que je sais être reconnaissant de pareils ser vices.

GGLX

Paris, 19 septembre 1855.

Je ne suis pas si antipathique au clergé que les journaux cléricaux veulent bien le dire. J'ai plusieurs prêtres de mes amis qui meurent d'envie de me donner l'absolution; mais leur absolution ne me tente pas. A tort ou à raison, j'ai cru devoir prouver que les hommes d'église

• Par MM. de Pontmartin cl VcuiHol.

sont comme nous, des hommes de chair et de nerfs, et que le saint manteau dont ils se couvrent ne les défend pas contre les tentations du diable. Le peuple commence à comprendre qu'un prêtre n'est qu'un homme, et c'est là un grand point. Après cela, je ne nie pas que l'Eglise ne puisse rendre des services; mais il faut qu'elle change de route, qu'elle se renferme dans l'Evangile et renonce franchement aux pompes de ce monde. Le jour où un pape ira prêcher dans les rues, les jours où il sera un apôtre, tout le monde se prosternera et recroira. Mais nous n'en sommes pas là. Le clergé veut régner ici-bas, et il s'arrange de façon à se faire fermer le royaume du ciel, qu'il ne semble pas estimer autant que ceux de la terre.

Je vous remercie de votre charmante chanson contre Yeuillot. Je ne vous conseille pourtant pas de la lui envoyer.

CGLXI

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