‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 99 sur 141 · A MONSIEUR HONORÉ BONHOMME · texte numérisé non relu

A MONSIEUR HONORÉ BONHOMME

11 octobre 1855.

Recevez, monsieur, mes remercîments bien sincères pour l'épître que vous avez eu la bonté de m'adresser et dont j'aurais dû vous accuser réception plus tôt. Au reste, faute de date à votre lettre si aimable, je ne sais de combien je suis en retard avec vous.

Quand on rime avec autant d'esprit et de facilité que vous, monsieur, on ne doit pas perdre son temps à recueillir les paperasses des autres ^ Il serait mieux, ce me semble, de réunir vos improvisations en un bon et beau volume, que de courir après les chiffons de papiers de ceux qui ne sont plus de ce monde.

Malgré ces réflexions, je voudrais pourtant satisfaire à votre caprice. Mais, monsieur, j'ai peu d'ordre dans mes papiers, et de temps à autre je fais comme Campistron, secrétaire du maréchal de Vendôme, dont peut-être aujourd'hui j'occupe le logement dans les combles du château des enfants et petits-enfants de Gabrielle. Vous savez qu'il répondait aux lettres adressées au maréchal en les jetant toutes au feu. Aussi, monsieur, n'ai-je que très-peu de lettres précieuses. Toutefois si, quelque jour, il m'en tombe

* M. Bonhomme a publié des œuvres inédites de Piro:i. Il est amalour et colleclionneur d'autographes.

sous la main, je les mettrai de côté pour vous les offrir en échange des éloges que vous voulez bien me prodiguer, bien que malheureusement je sache tout ce qu'il y a de faux dans cette monnaie. Plaignez-moi. Qu'est-ce qu'un pauvre poëte qui ne croit plus aux flatteries littéraires?

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