‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 88 sur 116 · CCLXXIII · texte numérisé non relu

CCLXXIII

A VONSJBOR CLOTIS MICHAUI

Paris, 43 mars 1856,

Depuis plus de quinze jours je remue tous mes papiers (et Dieu sait de quelles paperasses je suis entouré) pour retrouver votre bonne lettre, afin de vous dire tout le bien que

DE BÉRAN6ER. 301

je pense de votre volume. Aujourd'hui le plus heureux hasard me remet sous les yeux votre chère missive, et je me hâte de vous adresser tous les remercîments que je vous dois pour le plaisir que m'a procuré la lecture de vos œuvres.

N'allez pas croire, cher magistrat, que vous avez devant vous un coupable, s'ingéniantà tromper le juge qui l'interroge. Non, monsieur le juge, je vous dis la vérité, et la preuve, c'est que j'avais force éloges à vous donner. Il y a dans ce volume des morceaux excellents, d'une véritable poésie, et de ce genre de vers auquel «ma jeunesse m'a habitué : car moi qui n'ai fait aucune classe, je suis cependant né classique. N'en dites rien à nos» jeunes gens, mais je me figure toujours qu'il y a du bon, du très-bon même dans Corneille, Molière, Racine, la Fontaine, etc., et je crois que Voltaire était de cet avis.

Vous en êtes. Vous, j'en suis sûr, et votre volume me l'a prouvé. Aussi l'ai-je lu consciencieusement, et, si vous n'étiez pas ce que vous êtes, il serait peut-être encore meilleur. Hais un homme comme vous fait marcher le devoir avant toute chose, et cela fait qu'on néglige par-ci par-là quelques vers qu'un peu de temps pris sur la justice eût sans doute amenés à la perfection. Eh! mon Dieu, il y a peut-être des gens aux galères parce que leurs juges étaient pressés d'aller diner. Quel blasphème j'écris là 1 Pardonnez-le à un vieux condamné récidiviste, qui peut-être encore récidiverait s'il n'avait que quarante ans, mais je cours à soixante-seize ans, et je deviens sage.

Gela doit donner plus de prix aux éloges que je crois deviiir à votre publication, dont je souhaite d'autant plus le succès que vous avez besoin de distractions.

Croyez à tous les vœux que je fais pour vous et pour ceux qui vous consolent. Croyez aussi à ma profonde et inaltérable estime.

A MONSIIUA DACTl!!

18 mart 1856.

Voilà bien longtemps dëjà| monsieur, que j'aurais dû vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire, car j'ai lu votre poème aussitôt son arrivée. Hais j'ai voulu le relire, après réflexion, et, quoique ce soit la première fois que votre nom arrive jusqu'à ma pauvre cellule, j'ai remarqué dans ce morceau, à travers quelques taches, un avenir de talent auquel je me fais un devoir d'applaudir.

Un style plus également soutenu, des vers moins brisés au hasard, et un laisser aller qui semble quelquefois de l'affectation, n'empêchent qu'il y ait de bonne et franche poésie dans votre œuvre, remarquable d'ailleurs par l'équité des 'jugements, ce que je ne devrais peut-être pas dire, car vous faites de moi un éloge qui, toute modestie à part, dépasse de beaucoup le mérite de l'humble chansonnier.

Revenons-en à vous, monsieur, que je voudrais louer comme vous le méritez, selon moi. Vous me semblés un homme d'avenir, et moi, qui n'ai plus que quelques jours à vivre, c'est votre avenir qui m'a préoccupé en vous lisant et en vous relisant.

Si par hasard le morceau que vous publiez aujourd'hui n'a pas le succès qu* il devrait avoir, ne vous en préoccupez pas; regardez plus loin. Ou je suis bien trompé, ou vous y verrez votre place marquée.

Je le souhaite du moins, moi qui n'ai pas l'honneur de vous connaître, mais qui ne désespère pas encore de l'avenir de notre patrie en littérature.

P. S. Pourquoi donc dites- vous si peu de choses de notre grand poète Hugo?

A MADAME BLANCHKCOTTK

Tendredî natin.

Ma chère enfant, je ne puis tous donner de conseil dans TafTaire dont tous me parlez. Vous le pensiez, j'en suis sûr, en m'écriTant. Vous aTcz mieux que moi pour tous éclairer dans une circonstance pareille. Toujours est-il que je désirerais bien que tos amis tous trouTassent une position qui TOUS mit à Tabri des incouTénients de Totre position actaelle.

J'espère que cela arriTcra d'un moment à l'autre , sans que TOUS ayez besoin d'aller chercher un morceau de pain loin de Totre pays.

Que dcTient le prix académique? Je commence à craindre que messieurs les académiciens ne Tcuillent pas entendre ce que je me tue à priêcher. Que ces messieurs donnent des prix aux bonnes publications annuelles au lieu d'indiquer des sujets de concours.

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