IV
3o0 CORRESPONDANCE
Croyez à tous les vœux que je fais pour vous et pour ceux qui vous consolent. Croyez aussi à ma profonde et inaltérable estime.
GCLXXIII
A MONSIEUR DAUVIN
18 mars 1856.
Voilà bien longtemps déjà, monsieur, que j'aurais dû vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire, car j'ai lu votre poëme aussitôt son arrivée. Mais j'ai voulu le relire, après réflexion, et, quoique ce soit la première fois que votre nom arrive jusqu'à ma pauvre cellule, j'ai remarqué dans ce morceau, à travers quelques taches, un avenir de talent auquel je me fais un devoir d'applaudir.
Un style plus également soutenu, des vers moins brisés au hasard, et un laisser aller qui semble quelquefois de l'affectation, n'empêchent qu'il y ait de bonne et franche poésie dans votre œuvre, remarquable d'ailleurs par l'équité des jugements, ce que je ne devrais peut-être pas dire, car vous faites de moi un éloge qui, toute modestie à part, dépasse de beaucoup le mérite de l'humble chansonnier.
Revenons-en à vous, monsieur, que je voudrais louer comme vous le méritez, selon moi. Vous me semblez un homme d'avenir, et moi, qui n'ai plus que quelques jours à vivre, c'est votre avenir qui m'a préoccupé en vous lisant et en vous relisant.
Si par hasard le morceau que vous publiez aujourd'hui n'a pas le succès qu'il devrait avoir, ne vous en préoccupez pas ; regardez plus loin. Ou je suis bien trompé, ou vous y verrez votre place marquée.
DE BÉKANGEU. 331
Je le souhaite du moins, moi qui n'ai pas l'honneur de vous connaître, mais qui ne désespère pas encore de l'avenir de notre patrie en littérature.
P. S. Pourquoi donc dites-vous si peu de choses de notre grand poëte Hugo?
CGLXXIV
A MADAME BLANCïlECOTT E
Vendredi matin.
Ma chère enfant, je ne puis vous donner de conseil dans l'affaire dont vous me parlez. Vous le pensiez, j'en suis sûr, en m'écrivant. Vous avez mieux que moi pour vous éclairer dans une circonstance pareille. Toujours est-il que je désirerais que vos amis vous trouvassent une position qui vous mît à l'abri des inconvénients de votre position actuelle.
J'espère que cela arrivera d'un moment à l'autre, sans que vous ayez besoin d'aller chercher un morceau de pain loin de votre pays.
Que devient le prix académique? Je commence à craindre que messieurs les académiciens ne veuillent pas entendre ce que je me tue à prêcher. Que ces messieurs donnent des prix aux bonnes publications annuelles au lieu d'indiquer des sujets de concours.
GGLXXV
À LÀ MÊME
Samedi soir.
Je commence à espérer pour l'Académie. Hier, *** m'a donné de bonnes nouvelles. Nous espérons même avoir pour
352 COKIIESPUNDANCE
vous M. Guizot. C'est le prix Latour-Landry qu'il nous fauL emporter. Est-ce que notre ami de l'Hôtel de ville ne pourrail pas nous donner un petit coup de main? Ne parlez pas de tout cela, mais agissez si vous pouvez. Yillemain sera bien, m'assure-t-on.
Je suis toujours soulïrant et ne puis faire de courses.
CGLXXVl
 LA MÊME
5i mars au soir.
Ma chère enfant, je ne puis faire avec vous la course de l'Institut; je suis toujours souffrant et faible des jambes.
J'écris à Yillemain pour lui annoncer votre visite. Je lui dis que je ne crois être pour rien dans la faveur qui vous est faite; je ne l'en remercie pas moins et lui parle en termes qui, j'en suis sûr, lui feront plaisir, en l'engageant à vous recevoir.
S'il vous reçoit, venez me rendre compte de votre conversation.
GCLXXVII
A MONSIEUR JOHN P. LÉONARD
5 avril 185G.
La chanson que vous m'envoyez a couru quelque temps à Paris sous mon nom, mais l'erreur n'a pas duré.
11 y a six ans au moins que je ne fais plus de vers, non que j'y aie renoncé, mais l'âge a complètement tari ma pauvre veine.
DE BÉliAiXGER. 355
Votre compatriote ' ne sait pas que je n'ai chanté Napoléon T"" qu'après 1815. Quand on parle d'un individu, si peu qu'il soit, encore devrait-on savoir ce qu'il a fait.
Ne vous occupez pas, du reste, de cette niaiserie qui n'a pas fait de dupes à Paris.
Je ne vous en remercie pas moins bien sincèrement de l'intérêt que vous prenez à une vieille réputation aujourd'hui bien usée.
CGLXXVIII
A MADAME BLANCHECOTTE
Vendredi 5.
Que devenez-vous, ma chère enfant, au milieu de votre triomphe qui, sans doute, vous assourdit un peu?
J'espérais que vous me rendriez compte de votre visite à Villemain, que ma lettre avait préparé autant que cela est possible avec un semblable esprit.
Où en êtes-vous de vos autres affaires? Allez-vous toujours en Italie?
Si vous ne pouvez venir, donnez-moi au moins de vos nouvelles. Je vais un peu mieux depuis avant-hier.
GGLXXIX