A MONSIEUR ARTHUR ARNOULD
U février 1857.
J'espérais vous voir, mon cher Arthur, et vous dire de vive voix tout le plaisir que m'ont fait vos Contes \ Mais vous n'êtes pas venu, et moi je suis encore confiné pour longtemps au boulevard du Temple. J'ai de plus eu la maladresse de voir une fois ou deux madame Blanchecotte, et n'ai pas eu l'esprit de lui remettre un mot pour vous. C'eût été pourtant un plaisir pour elle.
Grâce à tous ces contre-temps, je ne vous ai pas encore dit tout le plaisir que m'a fait votre volume, ce premier volume toujours si précieux aux débutants.
Je vais donc laisser sur ma table un mot pour vous, qui vous certifiera du plaisir, de la joie, que m'a causés votre début littéraire, et j'attendrai un bon vent qui vous porte mes félicitations; car, bien que ce certificat ne vous puisse servir, je tiens à honneur qu'il vous arrive.
Courage, mon jeune ami ! il y a du bonheur pour toute votre famille, et elle mérite si bien de vous en devoir !
Encore une fois courage !
P. S. Je vais attendre quelque colombe pour vous por- Uiv mon message. Il doit m'en venir de votre côté.
* Les Contes humouristiques (iii-l6, 1857, Denlu).
CGC
A MONSIEUR DE MERCEY
2 mars 1857.
C'est encore moi, monsieur, qui viens vous tourmenter pour mon pauvre et excellent graveur. D'après tout ce que vous en pensez, je sais n'avoir pas besoin d'insister pour votre appui, que notre cher Pascal sollicite de nouveau. Grâce à vous cette affaire va sans doute se terminer, et vous parviendrez, je l'espère, à la faire régler à 25,000 francs, qui me semble un prix bien convenable. Mais vous, cher monsieur, en jugerez-vous ainsi? Je le souhaite bien pour mon pauvre Pascal, qui ne compte que sur vous.
Si je n'étais malade depuis trois mois, j'irais vous assail lir de mes sollicitations ^
Rendez grâce au ciel d'en être quitte pour mes lettres, et recevez l'assurance, cher monsieur, de toute ma considération et de toute ma gratitude.
ceci
A MADAME BLANCHECOTTE
Mercredi, H.
Ma chère enfant, on ne se porte pas mieux ici que chez vous.
* M. Pascal était le graveur de prédilection de Déranger; mais ce n'est pas Déranger seul qui estimait haut le talent si particulier de cet artiste. Lamennais en faisait aussi le plus grand cas ; et voici ce qu'Ary Scheffer écrivait sur la marge d'une de ses gravures : a Dans un temps où les œuvres consciencieuses deviennent si rares, la gravure de M. Pascal mérite une double admiration : une exécution aussi parfaite qu'originale et une interprétation si heureuse des maîtres feraient honneur aux époques les plus brillantes de l'art. »
M. Pascal, après avoir gravé h Madeleine de Greuze, \c portrait de Cervantes, et la Vierge, Jésus, saint Etienne, saint Ambroise ci saint Maurice du Titien, s'occupe de l'une des plus belles pages d'Annibal Ganache, la Madeleine du Louvre, qui n'a pas encore été gravée, et qui est un si fler morceau de peinture.
La force me manque pour marcher. Je ne pourrai pas aller chercher de vos nouvelles. Tenez-moi donc Lien au courant de votre maladie, qui, je l'espère, ne sera pas longue. Surtout, prenez le temps de vous soigner raisonnablement, et point d'imprudence.
Quant à nous, nos maux semblent augmenter. J'ai été plusieurs jours fort malade. Judith est encore plus maltraitée que moi'. Je crains beaucoup pour elle; elle ne quitte guère plus le lit.
Dépechez-vous de vous guérir, et venez nous rassurer et nous consoler. Tout à vous.
CCGII