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de tous, il n'est pas le plus aisé. Vous ne l'avez pas appris; de là les fautes de mesure et de rimes que j'ai remarquées dans les strophes flatteuses que vous m'envoyez et dont je suis très-vivement touche, malgré ces fautes, peut-être mt'me par rapport à ces fautes.
Vous m'avez prié de vous faire des observations; les voilà faites. Vous les indiquer une à une n'est pas nécessaire. J'aime mieux vous recommander de lire que d'écrire. Défiez-vous du plaisir qu'on trouve à rimer. Il a tourné bien des têtes et a nui à des études plus utiles.
Malgré mes remarques, que vous trouverez sans doute bien sévères, croyez, mon cher enfant, que c'est de tout cœur que je vous remercie de votre envoi.
A MADEMOISELLE BÉGA
Passy, 27 février 1850.
Chère enfant, j'aime à te voir triompher des ennuis de ta position avec courage et gaieté. Tu as fait danser tes élèves; tu t'es toi-même amusée de leur plaisir; et la mélancolie, grande maladie de ton âge, a fait place au contentement de toi-même. Agis toujours ainsi. Fais souvent usage de ce qu'il y a d'enjouement dans ton caractère pour éloigner les dégoûts, l'abattement, le chagrin même ; apprends ainsi à faire emploi de ta volonté, faculté immense que ne cultivent ni l'instruction ni l'éducation chez nous.
Tu en as la disposition et lu me le prouves bien par la confidence que tu me fais et dont je me réjouis, tout en me demandant néanmoins comment il te sera possible d'exécuter un pareil projet sans quitter la pension. Tu me diras
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au reste quels sont tes moyens de parvenir à ton but, et, si j'y puis quelque chose, tu sais que tu peux compter sur moi.
Mon Dieu, ma pauvre Pauline, que je voudrais te voir un établissement quelconque, car je suis sûr que cette voie, une fois ouverte, te conduirait au mariage, ce à quoi fillette pense toujours et ce à quoi les parents ne peuvent trop penser. Malheureusement, dans ce monde d'argent, beauté, jeunesse, esprit, instruction ne suffisent pas; il faut des écus ! En as-tu beaucoup économisé? As-tu même un livret de caisse d'épargne ? Ah ! si on n'eût pas voulu faire de toi une demoiselle, il n'en serait sans doute pas ainsi. Les papas et mamans croient faire pour le mieux quand ils mettent un habit de drap fin ou une belle robe sur le dos de leurs enfants, qui, un jour, payent souvent bien cher ces futiles avantages. J'espère qu'il n'en sera pas ainsi pour toi, et que ton courage et ton intelligence t'aideront à te maintenir où l'éducation t'a placée. Tu as de bonnes pensées et un noble cœur ; il ne te faut plus qu'un peu de patience.
Nous causerons de ton projet la première fois que tu viendras. Adieu, chère fille.
A MADAME BUISSOT-TIII VARS
28 février 1850.
Brissot me dit dans sa dernière lettre qu'il pense à faire un voyage dans la capitale. Eh ! bon Dieu ! que viendra-t-il faire ici? vous le savez sans doute; moi, je ne m'en rends pas compte. Il faut que ce soit pour quelque chose de grave; sans cela je ne pense pas qu'il voulût venir faire parade
do sa personne dans les ministères et à l'Elysce, au risque d'y être en butte à des difficultés sans nombre, sans compter ses propres maladresses. Pourquoi viendrait-il occuper de lui tout un monde d'affamés, qui le dévoreront des yeux et finiront i)ar demander sa place et le traiteront de rouge, en lui reprochant d'être un reste de hi queue du Gouvernement provisoire. Avant de venir, qu'il consulte au moins son ami Garlier'.
Celui-ci aurait bien besoin aussi de conseils^, tout homme d'esprit qu'il est. Je crains qu'il ne soit la dupe du jeu qu'il joue pour les autres. Au fond, bien que je n'aime pas la police brutale, j'en serais fâché, car je ne le crois pas plus mauvais qu'un autre. J'en ai même des preuves : il a rendu deux personnes à la liberté sur ma recommandation ; et, dernièrement, il a fait du malheureux Raynal un commis à 1,200 francs, au greffe de la Force : je lui en suis vraiment reconnaissant.
LYIII
A MONSIEUR RLiNAUDOT
l'assy, 28 lévrier 1850,
Mon cher monsieur, j'ai reçu et lu vos chansons avec autant de plaisir que celles de vous qui les ont précédées dans mon ermitage. Je ne conçois pas que vous ayez tiré d'aussi graves conséquences d'une observation que je vous fis à })ropos du malheur arrivé à votre compagne ; cela voulait dire uniquement que je ne connaissais personne en
* Alors iiri'fet de iiolicc.
- Le 4 février, la police avait fail aliallrcen |iliisiciirs eiulroils les arlires de liberté, et telle opéralinii ]Milili(|uc avait élé loiidiiile de maiiicro à LkiSjcr au cœur une grande jiarlic de la iMi|iulalion parisienne.
France aussi déterminé à tout chanter, puisque vos malheurs mêmes n'échappaient pas à la cadence de vos refrains. J'en parlais par envie, je vous assure. J'ai sur vos dernières chansons une remarque que je crois déjà vous avoir faite. J'aime la rime exacte, riche même, et peut-être ai-je contribué à en faire reprendre le goût en France ; mais je ne veux pas que la rime ait un air de recherche; c'est, selon moi, ce qui arrive quelquefois dans vos chansons. Cela produit à plus d'un vers l'effet du bout-rimé. La rime avant la pensée ! Il y a de cela dans \eNain. Le mot de fœtus n'est d'ailleurs pas heureux pour le refrain ^ Celui du Franc-Pineau aurait pu être plus piquant. Le Coucher du soleil est celui des trois que je préfère.